Militant étudiant à l’université de Californie et marxiste-humaniste étudiant et participant à la politique syndicale américaine.
Mouvement lancé par des lycéen·nes, avec une tonalité nettement antifasciste et socialiste.
4 février 2026
Dans la semaine qui a suivi le meurtre d’Alex Pretti à Minneapolis, dans le Minnesota, des villes et des localités à travers les États-Unis se sont mobilisées pour protester contre la brutalité des voyous envoyés dans les villes américaines pour brutaliser celles et ceux que cette administration fasciste considère comme des immigrant·es « illégaux », des antifascistes ou des anti-américains. Alex Pretti est devenu la dernière victime en date, le 24 janvier 2026. Lorsqu’on lui a demandé s’il pensait que Pretti agissait en tant qu’assassin, le président Trump a répondu sans équivoque que non. Il a ajouté : « Cela dit, vous savez, vous ne pouvez pas avoir d’armes. Vous ne pouvez pas entrer avec des armes. Vous ne pouvez tout simplement pas. » Les journalistes ont insisté : « Et qu’en est-il du deuxième amendement, monsieur ? » Il les a fixés du regard pendant plusieurs secondes avant de répondre : « Nous trouverons une solution. »
Ce meurtre semble marquer le début d’un nouveau chapitre dans la résistance antifasciste contre l’administration Trump. Beaucoup de celles et ceux qui s’opposent farouchement à cette administration et à ses politiques d’immigration – ou peut-être à ses pogroms – sont néanmoins resté·es en dehors de la mêlée. Le meurtre de Pretti a changé la donne. Il est important de noter que Pretti n’était pas la première victime connue de ces raids fascistes, mais la huitième depuis juillet 2025 et la troisième depuis le dernier jour de décembre 2025. En réponse à la fusillade violente, impitoyable et digne d’un gang dont Pretti a été victime, à laquelle plusieurs agents de l’ICE ont pris part, une grève générale nationale a été déclenchée le 30 janvier 2026.
La grève comportait trois éléments : pas d’école, pas de courses [shopping], pas d’activité commerciale habituelle. Le premier élément revêt une importance particulière pour la manifestation à laquelle j’ai assisté à San Francisco, car ce sont les lycéen·nes qui semblent avoir pris l’initiative d’organiser la manifestation. Les enseignant·es et leurs syndicats ont également joué un rôle clé, tout comme les organisations socialistes et antifascistes.
La manifestation a commencé vers 13 heures le 30 janvier au Dolores Park, dans le quartier de Mission. La plupart des manifestant·es se sont rassemblé·es sur la pelouse à l’intersection de Dolores et de la 19e rue. Cependant, on aurait pu ne pas savoir qu’il s’agissait d’une intersection, car la plupart, voire la totalité, des panneaux environnants étaient recouverts d’autocollants sur lesquels on pouvait lire « Abolissez l’ICE » pour l’après-midi. Les pancartes artisanales brandies par les manifestant·es reflétaient le même sentiment uniforme. L’idéologie sous-jacente des pancartes et des participant·es était toutefois plus variée.
C’est sans aucun doute un excellent présage. Tout comme il était réconfortant de voir côte à côte des jeunes et des personnes âgées, des vétérans et des enseignant·es, des hommes blancs et des femmes noires, ou des étudiant·es et des serveuses, il est également réconfortant de voir un éventail de convictions politiques former un front uni contre ce régime fasciste. La plupart, sinon tous,/toutes des orateurs/oratrices qui ont pris la parole au début et à la fin de la manifestation étaient socialistes ; de plus, parmi les enseignant·es qui ont pris la parole, tous/toutes étaient membres d’un syndicat.
La marche entre Dolores Park et le Civic Center s’est déroulée dans le calme le plus total. Celles et ceux d’entre nous qui ont manifesté à San Francisco ont eu beaucoup de chance à cet égard. La police a bloqué certaines routes lorsque cela était nécessaire, et d’autres manifestant·es ont encadré la foule. Les personnes frappaient sur des tambours ; certain·es dansaient et bougeaient leur corps en rythme. Un vétéran en particulier dégageait une énergie incroyablement stimulante, à tel point que je me suis même surpris à bouger au rythme de la musique pendant un bref instant. Il y avait une flamme esprit d’espoir dont j’avais grandement besoin – et je reconnais que ce n’est pas la norme dans tout le pays. J’ai vu plus tard des images et des vidéos de la manifestation organisée par nos compatriotes californien·nes à Los Angeles. Le contraste ne pouvait être plus flagrant, notamment en ce qui concerne le rôle joué par la police dans les manifestations.
Lorsque nous sommes arrivé·es au point d’arrivée de la marche, le Civic Center, les discours ont repris. Les organisations qui ont aidé à planifier ou qui sont étroitement impliquées dans les mouvements anti-ICE ou antifascistes se sont installées avec leurs grandes bannières et ont sollicité des membres potentiel·les. Des vendeurs/vendeuses de « Street-Meat » ont envahi la place, fournissant de la nourriture à celles et ceux qui avaient faim.
C’est ici, vers la fin de l’événement, que j’ai entendu les discours les plus anticapitalistes de la journée. Bien qu’ils aient fait allusion à ces points à Dolores, à la fin de la manifestation, les orateurs/oratrices ne laissaient aucune place à l’interprétation : les milliardaires ne sont pas nos amis, et même s’ils ont l’argent et l’apparence du pouvoir, c’est nous, les manifestant·es, qui somme le peuple, le pouvoir du plus nombre. Elles et ls ont poursuivi en ajoutant que les immigrant·es n’étaient pas responsables de la baisse des salaires des travailleurs/travailleuses américain·es de naissance. Les élites riches en étaient responsables, et Trump et ses alliés capitalistes flagorneurs tiraient profit de la division entre les travailleurs/travailleuses de différentes classes, races ou origines nationales.
C’était là le but de sa rhétorique xénophobe, et l’ICE était censée éliminer le bouc émissaire : les immigrant·es « illégaux ». Il est clair que cela ne pourrait être plus éloigné de la réalité. Bon nombre des immigrant·es kidnappé·es par l’ICE sont ici légalement, certain·es demandent l’asile et suivent les voies légales appropriées. À San Francisco, comme ailleurs, j’ai entendu dire que l’ICE attendait à l’extérieur des tribunaux fédéraux d’immigration pour arrêter ces immigrant·es légaux. Ces arrestations, c’est-à-dire celles d’immigrant·es légaux qui suivent la voie prétendument « correcte », constituent la grande majorité des arrestations de l’ICE.
Bien sûr, il existe des personnes mal intentionnées dans tous les groupes ou toutes les classes sociales. Cependant, cette infime minorité d’immigrant·es, qui sont détenu·es et expulsé·es, est arrêtée par l’ICE dans les prisons d’État où ces criminel·les condamné·es purgent leur peine. Ce sont ces immigrant·es qui correspondent à la description que Trump fait de tous les immigrant·es ; cependant, elles ou ils ne représentent qu’une très petite partie de la population immigrée totale.
Au-delà de la rhétorique ouvertement anticapitaliste des orateurs/oratrices et des organisateurs,/organisatrices ce qui m’a le plus inspiré, ainsi que mes ami·es, dans cette manifestation, ce sont les participant·es et les organisateurs/organisatrices elles et eux-mêmes. Je ne saurais trop insister sur l’optimisme et l’espoir que m’a inspirés le fait que le premier orateur était un·e lycéen·ne qui a joué un rôle clé dans l’organisation de la journée. Les autres orateurs/oratrices l’ont également souligné. Les lycéen nes et autres étudiant·es représentaient une part importante des manifestant·es. Un·e ami·e avec laquelle/lequel j’ai participé à la marche m’a dit : « C’était vraiment incroyable de voir de jeunes lycéen·nes se battre pour les droits civiques de leurs camarades de classe. Elles et ils m’ont vraiment motivé ! L’éducation, est tout. Nous devons mettre fin à la ségrégation dans les écoles dès maintenant ! »
Ce mouvement de résistance, du moins tel qu’il s’est formé à San Francisco, est jeune et dynamique. Ce ne sera pas la dernière manifestation de ce type à San Francisco, et j’imagine que les jeunes continueront à jouer un rôle essentiel. Quand j’ai demandé à un·e ami·e ce qui l’avait marqué dans les discours, elle/il m’a répondu sans hésiter qu’un·e des orateurs/oratrices avait cité Che Guevara à propos de la jeunesse. Mon ami·e a récité ce qui avait été dit, du mieux qu’iel s’en souvenait : « Les jeunes ne sont pas l’avenir de quoi que ce soit, elles et ils sont le présent de tout. »
Retransmis par Entre les lignes entre les mots :
Traduit par DE