La voix de l'opposition russe et de la résistance ukrainienne

France, Russie, Ukraine

Déni de guerre, déni de débat, déni d’intelligence et de sécurité collective

Commentaire de Robert :

La conférence organisée par Guillaume Ancel à l’université Jean Moulin de Lyon sur le thème du « déni de guerre » de l’Historien Stéphane Audoin-Rouzeau a été empêchée d’aller à son terme par une bande de prétendus « extrémistes de gauche ». Lyon c’est la ville où un jeune fasciste a été roué de coups et a été tué par une autre bande « d’extrémistes de gauche ». Dans un cas comme dans l’autre il s’agit d’utiliser la violence physique contre les démocrates, les humanistes, les militants syndicaux ou de gauche normaux qui ont pris position pour soutenir la résistance ukrainienne contre un envahisseur fasciste, le régime dictatorial de Poutine. Dans le contexte politique français il y a une seule force qui a pris position ces derniers mois ostensiblement en faveur du régime poutinien et déclare Zélensky illégitime, c’est la direction de France Insoumise. Ajoutons que nous ne sommes pas dupes que les réseaux poutiniens du FSB agissent dans l’ombre. Dans certains syndicats de l’enseignement récemment ce sont des militants qui, refusant de mettre un trait d’égalité entre Zélensky et Poutine, sont agressés physiquement par d’autres prétendus « extrémistes de gauche », alors qu’ils agissent dans le cadre de leurs mandats syndicaux. A gauche cela commence à devenir irrespirable pour la démocratie et nous disons à ceux, qui sont en responsabilité politique et parlementaire et qui, objectivement, attisent les foyers de guerre civile, nous ne les laisserons pas faire.

Le 12 février 2026 à l’université Jean Moulin (Lyon 3) dans l’auditorium André Malraux, nous avons commencé une conférence publique sur le « déni de guerre » avec l’historien Stéphane Audoin-Rouzeau qui vient de publier un libellé sur le sujet (Seuil) et Sylvène Edouard, doyenne de l’Université.

Le débat démarre immédiatement devant un public de près de 200 personnes, étudiants, professeurs, hommes et femmes de tous âges intéressés de comprendre comment le mot « guerre » résonne dans notre société, alors qu’il a été enterré jusqu’au déni pendant des décennies.

Réfléchir au déni de guerre pour comprendre comment se défendre

L’enjeu est de taille, d’autant plus sensible qu’arrive paradoxalement en 2026 la fin de cette guerre menée depuis 2022 par la Russie (de Poutine) contre l’Ukraine. La fin probable de la guerre et, en l’absence d’un vainqueur et d’un vaincu, le risque qu’une paix durable soit hors de portée. Il faut donc s’intéresser d’ores et déjà au « jour d’après ». Est-ce que ce sera un « conflit gelé » qui monopoliserait une partie de nos forces militaires, comme cela a été le cas pour l’armée française en Allemagne de l’Ouest face au Pacte de Varsovie pendant 45 ans, où une large partie de cette armée stationnait en permanence ?

La menace sécuritaire la plus probable pour les pays d’Europe est que, si cette guerre s’arrête sur un accord aux concessions douloureuses pour l’Ukraine mais avec de véritables garanties de sécurité pour celle-ci – concrètement le déploiement de forces militaires sur son sol –, la Russie de Poutine soit tentée d’ouvrir un autre front dès qu’elle aura restauré suffisamment son armée, très abîmée par quatre années de cette guerre impitoyable.

Se préparer « au jour d’après » de la guerre en Ukraine

Le scénario le plus emmerdant auquel le continent européen pourrait être confronté serait une nouvelle « opération militaire spéciale » russe contre un pays balte cette fois, Estonie, Lettonie ou Lituanie. Une opération suffisamment rapide pour ne pas laisser le temps aux armées européennes (avec trop de « s ») de réagir efficacement et d’empêcher Poutine de s’en emparer en quelques semaines. Dans les projections actuelles de l’OTAN, sans les Etats-uniens, les pays européens auraient besoin de plus d’un mois pour déployer une force militaire suffisante dans les pays baltes.

En effet, face à un corps expéditionnaire russe de seulement 100 000 militaires (celui contre l’Ukraine en a compté plus de 500 000), il faut théoriquement au moins 30 000 soldats sur place pour lui résister (1 contre 3 attaquants), mais plus de 300 000 (3 contre 1 « défenseur ») pour le contre-attaquer et le faire reculer une fois qu’il aura pris pied.

Dans ce contexte de post-guerre ukrainienne et de menace persistante de la Russie de Poutine, cela impliquerait que les pays européens mobilisent suffisamment de moyens pour dissuader toute nouvelle attaque contre l’Ukraine (entre 30 et 50 000 militaires européens stationnés sur place ou à proximité immédiate) et à peu près autant pour l’ensemble des pays baltes, avec une capacité à renforcer très rapidement la Finlande (même si elle dispose déjà d’une capacité de mobilisation de masse que les Russes ont appris à craindre).

Quant à la Pologne, elle a considérablement renforcé sa défense sans avoir besoin de convaincre une société qui garde un souvenir brûlant de la période de soumission à l’URSS dont Poutine est l’héritier.

Dans les faits, avec les relèves tous les six mois et les périodes de préparation, un tel déploiement permanent de forces européennes représente la mobilisation annuelle de plus de 300 000 militaires et ce, sans compter les forces nécessaires pour sécuriser les pays d’origine qui feront l’objet de menaces importantes et multiformes.

Les pays européens doivent investir pour se protéger des empires menaçants

Concrètement, cela veut dire qu’au-delà du soulagement immédiat qu’apportera forcément une sortie de guerre en Ukraine, les pays européens doivent investir de manière massive dans une force militaire commune, suffisamment dissuasive pour tenir à distance l’empire menaçant de Poutine. Cela sans oublier désormais ne plus pouvoir compter sur l’empire du chaos que sont devenus les Etats-Unis de Donald Trump.

« en sachant désormais ne plus pouvoir compter sur l’empire du chaos que sont devenus les Etats-Unis de Donald Trump »

C’est dans ce contexte qu’il est crucial de bien comprendre ce qui nous attend, en évitant notamment ce déni de guerre si « puissant » dans les sociétés européennes, afin de nous préparer à défendre « la paix » sans avoir peur de se battre. C’est exactement ce sujet que notamment Stéphane Audoin-Rouzeau et moi-même portons, et qui n’est pas sans contrarier les extrémistes qui font de l’asservissement à Poutine ou à Trump une visée politique.

Tandis que je dénonçais la dangerosité de l’extrême-droite en France qui espère conquérir le pouvoir et nous laisser vassaliser par Poutine, des extrémistes de gauche sont venus les aider en empêchant notre débat de continuer. Un petit groupe de singes hurleurs force les portes de l’amphithéâtre qui nous reçoit et hurle dans des mégaphones tout en jetant des fumigènes rouges. La conférence est interrompue par la force, le public quitte l’amphi et la faculté nous prie de nous retirer. Les manifestants, largement « auto-filmés » pour cet « évènement » soigneusement mis en scène, finissent par se replier aussi faute de public et quittent à leur tour l’amphi Malraux.

Quand les extrémistes de gauche aident ceux de droite à nous vassaliser

Mais, dès que ce groupe de singes hurleurs (et masqués) comprend que le public a l’intention de revenir dans l’amphi parce qu’il a envie d’entendre ce débat continuer, il rapplique en brutalisant les agents de l’université et il réoccupe par la force la scène, jusqu’à ce que la police soit obligée de les faire évacuer. Il est alors trop tard pour reprendre ce débat, (dont j’espère qu’il fera ultérieurement l’objet d’un podcast ), le public dépité a fini par repartir, devant ce déni non pas de guerre mais de débat, un déni à l’intelligence aussi.

J’ai été tenté, puisque les manifestants utilisaient de puissants fumigènes, de les éteindre à coup d’extincteur et de gentiment asperger les hurleurs, mais la faculté m’a demandé de ne pas agir contre ces « manifestants » qui cherchaient manifestement une occasion d’affrontement. Je dois souligner une fois encore combien les extrémistes qui polluent notre vie politique se rejoignent dans les faits quant à leurs objectifs et leur manière de faire : empêcher les débats, dénier toute intelligence collective sur les sujets qui conditionnent notre sécurité et notre avenir.

J’apprends par des sources bien informées que cette poignée « d’activistes », dix fois moins nombreux que les participants à ce qui aurait dû être un débat, a probablement été instrumentalisée par un réseau pro-poutinien qui s’inquiète de ce que Stéphane Audoin-Rouzeau et moi-même pouvons expliquer à notre société pour l’éclairer. Ce serait presque un honneur de nous accorder autant d’intérêt, s’il n’était consternant d’observer leur manière de faire et inquiétant de comprendre l’objectif recherché.

Ne pas s’arrêter aux beuglements des uns et aux manœuvres sournoises des autres

Au premier rang de l’assistance, se tenait un ami d’enfance, pacifiste convaincu, qui attendait cette conférence pour nous poser des questions – pertinentes – sur le rapport de notre société avec son armée et avec la guerre. Mais il en a été privé, comme nous tous, par des extrémistes qui ne sont pas sans me rappeler ces Khmers rouges avec qui j’ai commencé ma carrière opérationnelle d’officier au Cambodge. Ces Khmers rouges prétendaient « libérer » leur peuple en lui imposant leur manière de voir et lui ont fait subir un régime de terreur innommable en guise de « libération ».

Mon site d’information s’appelle « Ne pas Subir », et je vais donc continuer à écrire et à débattre sur ces sujets de sécurité et de défense de notre société démocratique, sans m’arrêter aux beuglements des uns et aux manœuvres sournoises des autres. Je pense notamment à ces réseaux qui croient pouvoir nous imposer leur loi « du plus fort » alors qu’ils seront faibles si nous consacrons suffisamment d’effort et d’intelligence à les dévoiler et à les empêcher de nuire. Ils craignent la lumière, n’hésitons pas à les éclairer !

Pendant ce temps, les négociations sur la fin de guerre en Ukraine avancent dans la douleur, elles « progressent » inexorablement sous la férule impitoyable d’un Donald Trump que les Européens ne savent pas encore contrer et arrêter. Surtout, n’arrêtons pas de nous y intéresser.