La négociation initiée par Donald Trump en août pour mettre fin à la guerre en Ukraine rencontre de (très) nombreuses difficultés, mais est-elle condamnée pour autant ?
Cette négociation porte sur deux points essentiels, l’échange de territoires et les garanties de sécurité, qui sont les parties émergées de l’iceberg des questions à régler aussi bien entre les protagonistes qu’avec leur propre société. D’autres facteurs poussent en effet la Russie et l’Ukraine à chercher un compromis, même si son prix en sera forcément élevé.
En l’état, la Russie ne peut pas soumettre l’Ukraine par la force militaire et son économie a beaucoup souffert
Même si Vladimir Poutine prétend le contraire ou essaye d’en faire un non-sujet, l’économie russe est de plus en plus affectée par cette guerre qu’il a déclenchée. Les sanctions économiques minent sa santé déjà précaire, le passage en économie de guerre l’a mise sous cortisone, mais cela ne peut pas durer sans endommager gravement le niveau de vie des Russes. De plus, les frappes ciblées des Ukrainiens contre les installations pétrolières russes font monter les prix du carburant tandis que Poutine a besoin d’exporter du pétrole pour financer « sa » guerre…
La capacité militaire réelle de la Russie limite de fait ses ambitions
Le fait que Poutine affiche désormais « limiter » ses ambitions guerrières (et meurtrières) au Donbass ukrainien, alors qu’il voulait initialement soumettre l’ensemble de l’Ukraine, montre qu’il a conscience aussi des limites de son armée.
Cette capacité militaire russe limitée constitue l’autre point essentiel qui peut pousser le maître du Kremlin à négocier. Tout le monde a compris, même en Russie, que Poutine n’a que faire du niveau hallucinant de pertes dans l’armée russe, deux à trois fois plus que l’armée ukrainienne. La préoccupation du tyran russe est ailleurs : son armée est insuffisamment puissante pour espérer dominer la résistance ukrainienne et conquérir le pays.
Au mois de juillet, avec un effort considérable de ses militaires, la Russie n’a conquis « que » 500 km2 de l’Ukraine qui en compte 600 000. L’armée russe progresse au mieux à une vitesse inférieure à 1% du territoire par an, cela limite quelque peu les ambitions de Poutine sauf à estimer qu’il dispose d’un siècle pour persévérer… A contrario, l’armée russe dispose d’une capacité à se renouveler – en nombre plus qu’en qualité – qui lui donne un côté inépuisable, symétrique du point faible des Ukrainiens.
Les Ukrainiens ne manquent pas d’armes, mais de bras
La faiblesse chronique de l’armée ukrainienne est qu’elle manque de combattants bien plus que d’armes. L’esprit de résistance face à une menace existentielle, l’intégration massive de femmes et la supériorité qualitative de son armement ont compensé partiellement le déséquilibre de taille (30 millions d’Ukrainiens vs 150 millions de Russes). Dès lors, la crainte de l’Ukraine est l’épuisement de ses ressources humaines dans une guerre qui mobilise déjà l’ensemble de la société et qui l’essore, tandis que la population russe n’est que marginalement affectée par cette « opération militaire spéciale », à l’exception notable de ceux – un demi-million – qui se retrouvent sur le front…
Le seul déficit important en armement de l’Ukraine est sa flotte aérienne qui ne fait pas le poids et que les États-Unis n’ont pas voulu alimenter : l’armée ukrainienne ne dispose que d’une trentaine d’avions de combat opérationnels quand il lui en faudrait autour de 150, le même ratio d’ailleurs que le déséquilibre démographique…
Mais en dehors de ce sujet des avions de combat, la véritable fragilité de la résistance ukrainienne est l’épuisement du nombre de combattants, le risque de ne plus pouvoir physiquement s’opposer en nombre suffisant à une armée rouge qui semble quasi inépuisable.
Ce risque est assez important pour que Poutine veuille poursuivre le combat et continuer à faire matraquer la population civile pour contribuer à cet épuisement de la société ukrainienne, en recherchant un effondrement de l’Ukraine.
Les éléments clefs de la négociation, échange de territoires et garanties de sécurité
Sur le sujet de l’échange de territoires, la proposition de Poutine discutée lors du sommet d’Anchorage en Alaska consiste en un calcul froid, d’un cynisme qui n’étonnera personne mais qu’il faut entendre : il manque 6 000 km2 à la Russie pour finir de conquérir la région de Donetsk qui en compte 25 000. À la vitesse actuelle de l’armée russe, de l’ordre de 500 km2 par mois, cela représente entre un an et un an et demi de combats que la Russie a manifestement les moyens de mener. Donc Poutine a proposé d’éviter ces mois de guerre (et de pertes) intensive contre l’abandon volontaire de ce territoire.
Blog de Guillaume Ancel :