La voix de l'opposition russe et de la résistance ukrainienne

France, Ukraine

Comment les mathématiciens ont fait tomber le Kremlin, libéré le dissident ukrainien Leonid Pliouchtch, et qu’est-ce que l’Ukraine moderne a à voir avec cela ? par Kateryna Gladka

Réunion à Kiev en juin 2025.

Commentaire de Robert :

Cet épisode dans lequel nous avons été acteurs comme trotskystes et internationalistes fut un moment très fort de notre jeunesse militante. Il faut tout de même faire observer pour dire toute la vérité historique à celui qui a rédigé cet article qu’il y a eu un front commun en France entre un comité des mathématiciens, association professionnelle de scientifiques qui jusqu’à cette affaire n’intervenait pas sur le champs politique, et l’OCI (Organisation Communiste Internationaliste), forte en France d’une avant-garde de plusieurs milliers de militants. Michel Broué, militant trotskyste à l’époque, était le fils du grand historien Pierre Broué, lequel, après l’entrée des chars russes en Tchécoslovaquie en août 1968, publiait un ouvrage intitulé « Le printemps des peuples commence à Prague ». Nous étions investis dans le combat pour les libertés démocratiques en URSS et les pays satellites et le Samizdat, ouvrage de plus de 600 pages, publiait en 1969 les écrits de l’opposition au régime stalinien. Sans le comité mondial des mathématiciens cette campagne n’aurait pas abouti certes, mais sans l’OCI de l’époque non plus. Le meeting dans une mutualité pleine à craquer devait voir intervenir Pierre Juquin au nom de la direction du PCF, qui à l’époque pesait encore 20% dans l’électorat de notre pays. La réalisation de l’Unité pour libérer Pliouchtch jusqu’à la direction du parti de Georges Marchais, fit céder le Kremlin. Ce fut une grande leçon de notre histoire, que nous continuons aujourd’hui avec Samizdat 2. Faire écho à la voix de l’opposition démocratique opprimée par le régime néo-fasciste de Poutine et soutenir la résistance armée du peuple ukrainien, sont les enfants légitimes de ce combat.

7 juillet 2025

Comme précédemment annoncé s’est tenue à Kyiv une réunion mi juin 2025 sur Pliouchtch avec la projection du film de Mathieu Schwartz. Le site ukrainien LB en rendu compte hier. Voici un extrait de l’article.

En juin 2025, une histoire vieille de près de 55 ans s’est à nouveau rappelée à l’esprit : Le réalisateur français Mathieu Schwartz est venu à Kyiv avec un film sur son grand-oncle Laurent Schwartz, l’un des mathématiciens qui ont libéré Pliouchtch. Cet événement unique mérite d’être replacé dans son contexte, que je vais tenter de relater ici.

Mi-juin, la Maison du Cinéma de Kiev était bondée : artistes, militants, défenseurs des droits humains, diplomates… des dizaines d’yeux intrigués attendaient la projection du film. Olivier Jacquet, représentant de l’ambassade de France en Ukraine, montait sur scène.

En France, à cette époque, existait une association de mathématiciens qui défendait la science et n’intervenait pas dans les affaires politiques. Jusqu’à l’arrestation de Léonid Pliouchtch. L’Occident apprit par le physicien russe et prix Nobel Andreï Sakharov que deux mathématiciens – Léonid Pliouchtch et Iouri Chikhanovitch (né à Kyiv, travaillant à Moscou) – avaient été emprisonnés par le KGB pour propagande « antisoviétique » en 1972 et que leurs vies étaient en danger. Par lui, une psychologue française d’origine russe, Tanya Maton, en entendit parler et se tourna vers Laurent Schwartz, déjà célèbre à l’époque. Des mathématiciens français rejoignirent alors une campagne presque irréaliste pour la libération de leur collègue ukrainien. Ils créèrent le Comité pour la libération de Léonid Pliouchtch, dirigé par Laurent Schwartz, Henri Carpan et le jeune Michel Broué. 

Car il ne s’agit pas seulement de l’histoire française, mais aussi de l’histoire ukrainienne – ce chapitre de notre histoire commune avec la France au XXe siècle, que nous avons manqué sous l’URSS et que nous n’avons jamais rattrapé depuis : l’histoire de la libération, en 1975-1976, par les mouvements de gauche occidentaux, du mathématicien ukrainien (devenu philosophe et critique littéraire) et dissident Léonid Pliouchtch, d’un hôpital psychiatrique soviétique. Le principal détective politique des années 1970, qui ont marqué le début de la chute du mur de Berlin, est recréé en détail, mais c’est aussi une leçon pour l’humanité d’aujourd’hui : il est possible – et nécessaire ! – d’échapper à l’hôpital psychiatrique dans lequel notre civilisation est entraînée tête baissée par les serviteurs du mal été injustement négligée dans notre expérience, mais compte tenu de la guerre actuelle et du contexte politique général, elle est à nouveau d’actualité.

Tatiana et Leonid Pliouchtch, libéré après 4 ans dans un hôpital psychiatrique, arrivent en France.

https://lb.ua/culture/2025/07/07/685441_yak_matematiki_nagnuli_kreml.html?fbclid=IwY2xjawLZHhpleHRuA2FlbQIxMQABHmZb4NsrsHL_FTt6pn0RTb6KZFY