La voix de l'opposition russe et de la résistance ukrainienne

Serbie

Étudiants face aux milices et à la police : la nuit où la Serbie a basculé

Nuit d'émeutes

Le Courrier des Balkans > Le fil de l’Info > Étudiants face aux milices et à la police : la nuit où la Serbie a basculé |

Jeudi 14 août 2025

Mercredi soir, plusieurs villes de Serbie ont été le théâtre d’affrontements violents entre manifestants étudiants et partisans du SNS, soutenus par des forces parapolicières et militaires, mettant en lumière une escalade inédite dans le bras de fer entre la population et le pouvoir.

(Avec Vreme, Danas, RSE) – Mercredi 13 août, à Novi Sad et dans plusieurs villes de Serbie, les rues ont résonné de cris, de détonations et de projectiles. Les manifestations étudiantes, convoquées sous le slogan « Srbijo, probudi se ! » (« Serbie, réveille-toi ! ») ont rapidement dégénéré en affrontements violents entre manifestants, partisans du SNS et groupes paramilitaires improvisés, certains protégés par l’armée et la police.

À quelques mètres de la maternité Betanija, sur le boulevard Oslobođenja, à Novi Sad, des feux d’artifice et pétards ont explosé, certains tombant sur les terrasses environnantes. Des détonations si puissantes que des spécialistes alertent sur le risque de surdité permanente pour les nouveau-nés et de traumatismes psychiques pour les femmes en travail. Les images partagées sur les réseaux sociaux témoignent de la panique : des manifestants fuyant le bruit, des torches projetées dans la foule, et des jets de projectiles pyrotechniques venant de tous côtés.

Au plus fort des affrontements, un sergent de l’unité d’élite des Kobras, Vladimir Brkušanin, a tiré un coup de feu en l’air. Selon lui, ce geste visait à protéger sa vie et celle de ses collègues, encerclés par des manifestants. Officiellement, il assurait la sécurité de Miloš Vučević, président du SNS et conseiller du président Vučić. La présence de sept militaires pour protéger un responsable de parti a suscité de vives interrogations : où s’arrête la sécurité nationale et où commence la protection partisane ?

La nuit a été marquée par la violence : coups de bâton, jets de pierres, affrontements avec la police, souvent impuissante. Selon le ministre de l’Intérieur Ivica Dačić, 27 policiers ont été blessés, et des dizaines de civils également. Dans certains quartiers, des coups de feu ont été tirés en l’air par des partisans du SNS, tandis que des groupes cagoulés armés de barres métalliques provoquaient les manifestants.

Vučić sur le terrain

Dans ce climat, Andrej Vučić, frère du président et figure clé du SNS, est apparu au Ćaciland pour galvaniser ses partisans. Peu après, Aleksandar Vučić lui-même s’est montré, se filmant pour Instagram dans un message à la fois conciliant et menaçant. Cette apparition a été interprétée comme un signal clair : maintenir la pression et rappeler que le pouvoir reste aux commandes, malgré la colère qui monte dans les rues. Selon le journaliste Andrej Ivanji, de l’hebdomadaire Vreme, cette nuit marque une nouvelle phase de la contestation : la confrontation oppose désormais une partie de la société à l’État et à ses structures armées ; les forces de sécurité sont débordées, incapables de maintenir l’ordre dans plusieurs villes simultanément ; la peur des manifestants a cédé la place à la colère, et le risque d’escalade devient tangible ; la mobilisation paramilitaire et la présence publique de membres de la famille présidentielle montrent que le pouvoir militarise la protection de ses représentants. La Serbie est désormais entrée dans une zone de tension où la violence devient un instrument politique visible, et la contestation étudiante, jusque-là pacifique, est confrontée à une répression de plus en plus musclée. À l’approche de la rentrée politique, la question n’est plus de savoir si de nouvelles violences éclateront, mais où et jusqu’où elles iront

Les Vučić sur le terrain Dans ce climat, Andrej Vučić, frère du président et figure clé du SNS, est apparu au Ćaciland pour galvaniser ses partisans. Peu après, Aleksandar Vučić lui-même s’est montré, se filmant pour Instagram dans un message à la fois conciliant et menaçant. Cette apparition a été interprétée comme un signal clair : maintenir la pression et rappeler que le pouvoir reste aux commandes, malgré la colère qui monte dans les rues.

Selon le journaliste Andrej Ivanji, de l’hebdomadaire Vreme, cette nuit marque une nouvelle phase de la contestation : la confrontation oppose désormais une partie de la société à l’État et à ses structures armées ; les forces de sécurité sont débordées, incapables de maintenir l’ordre dans plusieurs villes simultanément ; la peur des manifestants a cédé la place à la colère, et le risque d’escalade devient tangible ; la mobilisation paramilitaire et la présence publique de membres de la famille présidentielle montrent que le pouvoir militarise la protection de ses représentants.

La Serbie est désormais entrée dans une zone de tension où la violence devient un instrument politique visible, et la contestation étudiante, jusque-là pacifique, est confrontée à une répression de plus en plus musclée. À l’approche de la rentrée politique, la question n’est plus de savoir si de nouvelles violences éclateront, mais où et jusqu’où elles iront.