Les violences contre les journalistes en Serbie, déjà dénoncées par Reporters sans frontières (RSF), ont atteint un triste record. RSF a relevé 34 attaques physiques commises en moins de deux mois contre des professionnels de médias par des militants ou les forces de l’ordre lors de leur couverture des manifestations anti-corruption. Ce nombre dépasse ainsi tous les bilans annuels des agressions physiques comptabilisées depuis 2020. RSF demande aux États membres de l’Union européenne (UE) et au Parlement européen de signaler clairement aux autorités serbes que leur passivité, voire leur complicité dans ces exactions n’est pas compatible avec leur ambition d’intégrer l’UE.
C’est l’une des attaques les plus violentes de l’été. Alors qu’ils couvraient, le 13 août dernier, une manifestation devant le siège local du parti au pouvoir, le Parti progressiste serbe (SNS), dans la ville de Novi Sad dans le nord de la Serbie, le rédacteur en chef du site d’informations Razglas, Zarko Bogosavljevic, et son confrère du site d’actualités Novi Sad 192, Nikola Bilic, ont été agressés avec des barres métalliques. L’agression par ces militants du SNS a été si violente que Nikola Bilic, blessé à la tête, a dû être traité aux urgences.
Ainsi, entre le 1er juillet et le 25 août, RSF a relevé 34 attaques physiques contre des journalistes, photojournalistes et journalistes reporters d’images (JRI) serbes. La grande majorité des professionnels de médias touchés couvraient les manifestations anti-corruption, déclenchées par l’effondrement meurtrier d’une gare à Novi Sad en novembre 2024.
Sur les 34 exactions, 14 ont été commises par des manifestants violents recrutés parmi les militants du SNS du président de Serbie, Aleksandar Vucic, qui ont attaqué aussi de nombreux manifestants pacifiques et certains agents des forces de l’ordre. En ce qui concerne les 20 autres agressions, les auteurs sont des agents de police.
Le nombre d’agressions au cours des deux derniers mois dépasse tous les bilans annuels des violences commises contre les professionnels de médias en Serbie depuis au moins 2020, selon les données de RSF, et représente le double des cas enregistrés en 2024 (17). Le bilan annuel de 2025 s’élève donc pour le moment à 65 cas, un niveau sans précédent depuis 2008, l’année du lancement de la base de données de l’Association indépendante des journalistes (NUNS). Si la Commissaire européenne à l’Élargissement, Marta Kos, a dénoncé mi-août les agressions des journalistes, elle s’est fait rapidement retoquer par la présidente du Parlement serbe Ana Brnabic, membre du SNS, qui lui a demandé de garder le “silence”.
En moyenne, un professionnel des médias serbe est physiquement agressé tous les deux jours en Serbie. 34 attaques en moins de deux mois ! C’est insupportable. Attendons-nous qu’un reporter soit encore plus gravement blessé ou tué ? Face à la passivité, voire la complicité des autorités serbes, l’UE doit se mobiliser. Nous appelons en particulier les États membres les plus influents comme l’Allemagne et la France, ainsi que le Parlement européen à fermement dénoncer le nombre record des violences sur les reporters serbes. Le gouvernement serbe doit comprendre que cette dérive est incompatible avec son ambition affichée d’adhérer à l’UE.
Pavol Szalai, Responsable du bureau UE-Balkans de RSF
Les journalistes serbes sont régulièrement menacés, voire attaqués, avec des barres métalliques, des briques et des pierres par des militants violents, tandis que la police les asperge arbitrairement de gaz lacrymogène. À plusieurs reprises, elle n’est pas intervenue pour les protéger, alors qu’ils étaient attaqués par des manifestants violents.
Ces attaques ainsi que de nombreuses menaces de mort visant les journalistes sont alimentées par les propos réguliers du président Aleksandar Vucic et de la couverture des événements faites par les tabloïdes pro-gouvernementaux. Depuis décembre 2024, les manifestants et certains médias indépendants y sont accusés d’organiser un “coup d’État” financé par des pays occidentaux. Fin juin, le chef d’État est allé jusqu’à qualifier de “terroristes” les chaînes de télévision N1 et Nova S, qui couvrent courageusement les manifestations malgré les dangers.
Liberté de la presse réprimée
Depuis le début des manifestations anti-corruption, RSF alerte régulièrement sur la montée des violences visant les journalistes et des pressions politiques sur les médias, que ce soit dans ses déclarations, lors d’une manifestation à Paris, ou dans sa contribution au rapport sur l’État de droit de l’UE sur la Serbie. RSF a également dénoncé le fait que les autorités préfèrent soutenir la propagande russe plutôt que de favoriser la liberté des médias.
Placée au 96e rang sur 180 pays et territoires au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2025, la Serbie occupe l’avant-dernière place dans la zone UE-Balkans.