Date : 27 décembre 2025
Même en cas de réchauffement politique, les investisseurs ne sont pas prêts à investir avant plusieurs années.
Malgré les déclarations de certains représentants de l’entourage du président américain concernant les perspectives économiques possibles pour la Russie après la fin de la guerre contre l’Ukraine, ces idées sont accueillies avec beaucoup de prudence dans les milieux d’affaires américains, rapporte le Wall Street Journal .
D’après cette publication, les envoyés spéciaux de Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, considèrent la Russie comme un pays aux vastes ressources naturelles susceptibles d’intéresser les entreprises américaines en cas de réorientation politique. Selon eux, le retour de la Russie dans l’économie mondiale pourrait ouvrir de nouvelles perspectives aux investisseurs et contribuer à une stabilisation plus large des relations avec l’Europe et l’Ukraine.
Cependant, la plupart des financiers et des experts ne partagent pas cet optimisme. Ils soulignent que même une levée hypothétique des sanctions ne résoudrait pas les problèmes fondamentaux de la Russie : la faiblesse de ses institutions, l’absence d’une justice indépendante et un risque élevé d’ingérence politique dans les affaires. Dans ces conditions, tout investissement à long terme demeure extrêmement risqué.
Charles Hecker, analyste des risques géopolitiques et spécialiste de la région depuis des décennies, prévient que l’économie russe est loin d’être un vivier d’opportunités. Même après la fin probable de la guerre, Moscou ne renoncera pas à sa politique de confrontation envers l’Occident, ce qui représente une menace constante pour les investisseurs.
Les économistes soulignent également les faiblesses systémiques de la Fédération de Russie : déclin démographique, dépendance aux exportations de matières premières et épuisement des réserves pétrolières facilement accessibles. En termes d’échelle, l’économie russe n’atteint actuellement que le niveau de certains pays européens et ne présente pas de potentiel de croissance rapide.
Alexandra Prokopenko, ancienne responsable de la Banque centrale de la Fédération de Russie, estime que parler d’un retour massif des entreprises étrangères relève davantage du fantasme politique. Selon elle, seul un intérêt limité de la part des exportateurs, qui n’envisagent pas d’investir des sommes importantes, est réaliste.
Les investisseurs eux-mêmes partagent ce scepticisme. Michael Calvey, ancien gestionnaire de fonds chez Baring Vostok, qui a par le passé subi des persécutions en Russie, affirme sans ambages que même un réchauffement formel des relations ne se traduira pas par des investissements importants et pluriannuels.
Le WSJ rappelle que, durant la guerre à grande échelle, le Kremlin n’a fait que renforcer son contrôle sur l’économie, confisquant des actifs d’une valeur de plusieurs milliards de dollars et les transférant à des structures proches du pouvoir. De ce fait, selon les experts, parler de « nouvelles opportunités d’affaires » en Russie est extrêmement douteux.