La voix de l'opposition russe et de la résistance ukrainienne

Russie, Ukraine

La bifurcation est mise de côté. Vladislav Inozemtsev : Cette symbiose, bien sûr, ne pouvait que conduire à l’état actuel…

Commentaire de Jean Pierre :

On sait que l’histoire ne repasse pas les plats et Poutine n’a pas jugé que le carrefour qu’il vient de laisser derrière lui était certainement le plus important du dernier quart de siècle.

Mise à jour : 03-01-2026

Le principal résultat de 2025 a été l’immuabilité du cours du Kremlin pour poursuivre le SVO en Ukraine. Tout au long de l’année, je n’avais presque aucun doute qu’elle ne se terminerait pas de sitôt – mais dans ses dernières semaines, le monde semblait extrêmement proche. L’échec effectif des efforts de Donald Trump m’a surpris, non pas parce que la partie ukrainienne s’est montrée très ferme ou parce que les Européens ont adopté des positions assez radicales, mais parce que Vladimir Poutine a décidé de ne pas saisir l’occasion d’un compromis et a plutôt choisi d’aggraver la situation.

Bien sûr, on peut dire que les militaires ont convaincu le président de leur capacité à écraser la défense ukrainienne. On peut prendre au sérieux l’argument selon lequel le Kremlin a décidé de respecter la Constitution russe sur un point important, après l’avoir violée sur une centaine d’autres. On peut, d’une manière ou d’une autre, intégrer la tactique ukrainienne de Moscou dans sa grande stratégie géopolitique, mais dans tous les cas, toute cette situation comporte une multitude de circonstances imprévisibles.

La paix selon les conditions proposées par Kiev dans ses « 20 points » aurait pu s’avérer extrêmement attrayante. Bon nombre de ces points – comme l’ont souligné même les commentateurs ukrainiens – étaient déclaratifs ; les garanties de sécurité ne semblaient pas avoir été étudiées en détail ; mais le cessez-le-feu aurait signifié une nette amélioration des relations avec Washington et, à terme, une pression conjointe de l’Europe, ce dont V. Poutine rêve sans doute depuis longtemps. On ne sait pas très bien quelle pourrait être la « récompense » alternative, mais les actions de Moscou ressemblent fortement à l’« ivresse du succès » qui caractérise presque tous les conquérants qui ont réussi jusqu’à présent.

Je veux bien sûr parler de l’incapacité à s’arrêter. Si l’on considère la guerre comme le prolongement de la politique, il existe à un certain stade un rapport coûts-bénéfices optimal, après quoi un nouvel équilibre peut s’établir dans des conditions complètement différentes. Il n’est pas aussi facile qu’il y paraît de briser la résistance des troupes ukrainiennes ; en revanche, il est très facile de mettre en colère Donald Trump, qui rêve de lauriers de pacificateur ; il n’est pas non plus impossible de pousser les Européens, qui n’attendent pour l’instant que le moment propice pour mettre en œuvre leurs plans de militarisation, à se lancer sérieusement.

Tous les dictateurs qui se considéraient comme de grands commandants ont atteint un moment de leur vie où ils avaient le choix : s’arrêter à ce qu’ils avaient accompli ou passer à autre chose. Presque tout le monde a choisi le deuxième. Et ils ont trouvé une fin peu glorieuse. 

Pendant vingt-cinq ans, Vladimir Poutine a eu une chance incroyable. La conjoncture économique lui a été favorable ; il a croisé sur son chemin des dirigeants étrangers dépourvus d’imagination et de détermination ; il a toujours eu à sa disposition un peuple prêt à obéir à tous les ordres du chef du Kremlin. Cette symbiose ne pouvait bien sûr que conduire à la situation actuelle, mais personne ne sait dans quelle mesure elle est durable. Je ne suis certes pas certain que le moment soit déjà venu où la chance tourne le dos au dirigeant russe, mais il me semble que le carrefour laissé derrière était bien plus important que tout ce que le pays a traversé au cours du dernier quart de siècle…

https://www.kasparov.org/material.php?id=6958F501A72C2