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Un lecteur abonné au journal l’Indépendant (Pyrénées Orientales) nous envoi cet article du 22 janvier 2026
L’armée ukrainienne a abattu un drone russe Geran-5, révélant des composants occidentaux malgré les sanctions. Ce drone, plus rapide et difficile à intercepter, repose sur des microprocesseurs européens et américains.
Au début de l’année 2026, l’armée ukrainienne fait une découverte inquiétante. Dans le ciel, ses forces abattent un nouveau type de drone russe : le Geran-5. L’engin porte un nom familier. Comme le Geran-2 avant lui, il s’inscrit dans la lignée des drones russes inspirés des modèles iraniens Shaehd, produits par le même industriel et à partir d’une technologie similaire.
Mais la ressemblance s’arrête là. Alors que les versions précédentes adoptaient une forme triangulaire rudimentaire, ce nouveau drone affiche l’allure d’un missile de croisière lui permettant d’être plus rapide et difficile à intercepter. Capable d’atteindre 500 à 600 km/h, soit près de trois fois la vitesse du Geran-2, il complique très sérieusement le travail de la défense aérienne ukrainienne.
Des composants occidentaux toujours présents
Début janvier, deux exemplaires sont abattus : l’un dans l’oblast de Kyiv, l’autre près de Dnipro. Si le premier est trop endommagé pour être exploité, le second est récupéré presque intact. Tout du moins, suffisamment pour dévoiler ses secrets.
Kyiv Independent, qui a eu accès à l’inventaire détaillé des composants, dresse un constat troublant : l’électronique du Geran-5 repose en grande partie sur des microprocesseurs fabriqués selon des technologies occidentales, par 3 groupes américains (Texas Instruments, CTS Corporation et Monolithic Power Systems) et une entreprise allemande (Infineon Technologies).
Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022, les fabricants de semi-conducteurs américains et européens ont officiellement quitté le marché russe. Toute exportation directe vers Moscou est interdite. Et pourtant, les flux continuent, en quantité. « Sans ces composants occidentaux, la Russie n’aurait pas pu produire le volume d’armes nécessaire pour plonger l’Ukraine dans la crise énergétique actuelle, laissant des millions de foyers sans chauffage ni électricité en plein hiver », estime le Kyiv Independent.
Un circuit d’approvisionnement opaque
Selon Vladyslav Vlasiuk, commissaire du président ukrainien chargé de la politique de sanctions, la Russie aurait importé environ 2,2 millions de composants électroniques en 2025, dont une part importante d’origine occidentale. « La capacité de production des drones Geran et d’autres missiles russes dépend directement de ces importations », affirme-t-il.
Les registres douaniers consultés par le média ukrainien révèlent un réseau opaque d’intermédiaires, principalement basés en Chine et à Hong Kong, mais aussi aux Émirats arabes unis ou au Kirghizistan. Ces plateformes serviraient à contourner les régimes de sanctions et à alimenter l’industrie de défense russe.
Interrogée, l’entreprise allemande Infineon Technologies affirme avoir « pris toutes les mesures nécessaires pour respecter strictement les sanctions », rappelant la fermeture de sa filiale russe dès 2022 et l’arrêt de ses livraisons, « y compris lorsque certaines transactions restaient légalement autorisées ». Les entreprises américaines Texas Instruments, CTS Corporation et Monolithic Power Systems n’avaient, elles, pas répondu aux sollicitations du média ukrainien au moment de la publication.