Yuri Rarog
Commentaire de Jean Pierre :
Certes l’évocation du poète Omar Khyyam ne conjurera pas le sort. Mais cela ne peut nous faire oublier le sens de son inoubliable message :
« Quand je serai terrassé sous les pieds du destin,
Et que l’espoir de vivre sera déraciné de mon cœur,
Veille à faire une coupe avec ma poussière :
Ainsi, rempli de vin, je revivrai, peut-être. »
Mise à jour : 16/03/2024
Un chef-d’œuvre tissé de millions de nœuds invisibles, aux couleurs vives, aux motifs exotiques et complexes, un somptueux bouquet de parfums orientaux. Le tapis persan, c’est la Perse même. Ancien pays mystérieux de savants, de guerriers et de poètes, qui a su réunir et fondre en lui-même de nombreuses cultures et civilisations, et qui, au fil des millénaires, a connu tantôt les fastes impériaux, tantôt la morosité désespérée des catastrophes nationales.
Cependant, au cours des dernières décennies, les couleurs vives et les parfums enivrants se sont considérablement estompés. C’est comme si une poussière grise et toxique s’était déposée sur cette création millénaire unique. À la suite de la révolution, des personnes étranges, selon les critères actuels, sont arrivées au pouvoir et ont tenté d’enfermer cette civilisation ancienne dans le « lit de Procuste » d’une sombre obsession religieuse. De plus, elles se sont acharnées à imposer leurs dogmes archaïques et destructeurs au-delà des frontières de l’Iran.
De tels jeux dangereux ne pouvaient pas se terminer avec du bien au fil du temps et du bon sens. Le pays était sous sanctions, isolement politique et confrontation militaire avec une coalition d’ennemis puissants, des millions d’Iraniens instruits et riches ont émigré. Certes, le régime théocratique montre toujours des exemples de survie, ne pas abandonner, casser avec des missiles et des drones, bloquer d’importants flux de pétrole. De plus, les autorités iraniennes, dans les conditions de supériorité militaire-technique complète des États-Unis et d’Israël, se sont en fait déplacées vers une position semi-souterraine.
Il faut toutefois garder à l’esprit qu’en politique, rien n’est jamais acquis ni immuable. Les arguments selon lesquels « on a déjà vu pire au cours des millénaires » n’ont aucune valeur. Tout se décide différemment à chaque fois, et le résultat dépend d’une combinaison extrêmement complexe de facteurs fondamentaux qui influencent la situation politique. Et la situation est telle que si les ayatollahs ne capitulent pas et qu’aucun compromis n’est trouvé en avril, et si l’opposition et l’armée ne prennent pas le pouvoir, Washington sera contraint de se tourner vers les Kurdes, ce qui signifie une forte probabilité de voir s’amorcer une désintégration sanglante de l’Iran.
Bien sûr, Trump pourrait se réfugier dans une réalité parallèle, proclamer une nouvelle « victoire retentissante » et mettre fin à la guerre, pour l’instant (ah, ce facteur subjectif). Mais une telle option ne résoudrait pas le problème, elle ne ferait que le « geler » et risquerait d’entraîner de graves difficultés politiques non seulement dans la région, mais aussi aux États-Unis mêmes. Aux États-Unis, la polarisation et la confrontation généralisées au sein de la société s’intensifient déjà, et une telle « victoire » ne ferait qu’ajouter de l’huile sur le feu de la confrontation civile.
Oui, ce tapis est solide, cette œuvre a mis des milliers d’années à se former. Mais si l’on ne le préserve pas par une politique avisée, alors, nœud après nœud, cette structure ancienne et unique finira par se désagréger. Sur les ruines de l’empire chiite, Dame Histoire se mettra à l’ouvrage, façonnant de nouveaux projets à vocation nationale, très probablement laïques. Comment ne pas se rappeler ici les tristes prophéties de l’inoubliable Omar Khayyam