Les vœux de début d’année sont l’occasion pour des députés de faire le point de la situation, y compris internationale, ce que celle-ci justifie grandement. À cette occasion, de nombreux députés LFI, faisant un tour d’horizon international, du Soudan au Groenland, en passant par la Palestine et le Venezuela, réussissent à ne pas prononcer le mot Ukraine.
Une guerre d’invasion qui entame bientôt sa 5ème année (durée supérieure à la seconde guerre mondiale pour l’armée russe), au cœur de l’Europe, à 2000 kms de la France, agression qui a fait plus d’un million de victimes. Pas un mot ! Cette attitude est malheureusement dans le droit fil de l’absence de toute initiative de la part de LFI en faveur de la résistance ukrainienne depuis 4 ans.
La revue Le Grand Continent a publié vendredi 23 janvier un sondage sur 8 pays européens dont la France voir ici. Le sondage[1] a pour objectif de montrer la coupure avec « l’allié » américain. Il révèle cependant qu’après la menace terroriste à 68%, c’est la menace russe 48%, puis américaine, « l’allié » ! 21%, qui préoccupent les Européens, y compris les Français. D’autres sondages indiquent par ailleurs que les Français, à 70% sont en faveur de l’Ukraine.
Un déni de la réalité
Chacun peut constater cette disparition de l’Ukraine et de l’agression russe dans les interventions des députés LFI, meetings, lettres, interventions télévisées, réseaux sociaux etc. Interrogé sur la raison de l’absence de toute mention de l’Ukraine lors d’une de ces réunions, un député LFI répond « tu as raison j’aurai dû citer le nom ». Révélant ainsi l’ampleur de l’incompréhension ! La question n’est pas de « citer le nom » de l’Ukraine, mais de prendre la mesure de ce que signifie une guerre d’invasion de plus de 4 ans au cœur de l’Europe. L’incapacité à citer l’Ukraine ne fait que révéler l’incapacité à intégrer ce fait majeur dans une analyse réaliste de la situation. L’Ukraine se bat pour son intégrité nationale, mais aussi pour refuser le type de société fasciste que représente le pouvoir de Poutine aujourd’hui. Dans ce sens ils se battent aussi pour nous. A priori les députés LFI ne sont pas plus stupides que la majorité de la population européenne et française qui elle a compris le danger du fascisme russe. Qu’est ce qui les fait mettre sous le tapis, une part aussi têtue (comme aurait dit Lénine !) de la réalité d’aujourd’hui ? Réalité dont la majorité des gens sont conscients ? Probablement parce que Jean Luc Mélenchon, lors d’une des rares fois où il parle de l’Ukraine, a repris la propagande de Poutine et Trump prétendant que le représentant élu de la nation agressée, Zelenski est « illégitime » à signer des accords de paix, (mais Poutine lui est légitime !). Au passage tous ces gens vont à l’encontre de la constitution ukrainienne, mais il est vrai qu’ils méprisent le droit, aussi bien international que constitutionnel ! Incapables de se démarquer de leur leader lorsqu’il dérape, n’osant cependant pas accabler l’Ukraine (ils se veulent de gauche quand même !), les députés LFI ont trouvé la solution : ils la zappent, l’Ukraine disparait. L’acceptation aussi facile de la disparition de pans entiers de la réalité ne donne aucune confiance dans le type de société que ces gens pourraient mettre en œuvre ! On ne peut s’empêcher de penser aux discours et descriptions hors sol lors de la dégénérescence de l’Union soviétique. Dans l’immédiat cette attitude :
Sape le soutien à la Palestine :
Le discours de soutien à la Palestine de LFI, mais qui zappe une partie aussi importante de la réalité, devient inaudible pour la majorité des gens. Ce discours réduit l’impact du soutien à la résistance palestinienne au tiers de la population française que le sort de la résistance ukrainienne ne préoccupe pas. Les autres deux tiers se demandent : « pourquoi ce deux poids deux mesures ? ». Sentiment encore renforcé face à l’argument parfois avancé pour justifier ce déni, « Zelenski n’est pas 100% net », comme si le soutien à la Palestine était empêché par la présence d’un Hamas encore moins « 100% net » !
Divise et empêche un front anti-imperialiste
Le fait d’axer la lutte anti-impérialiste uniquement sur les exactions de Trump c’est nier une bonne part de la réalité. Cette réalité qui fait que les idéologues russes, les Douguine, Karaganov, Kirill, Medvedev qui confortent l’agression de l’Ukraine (après celles d’Afghanistan et de Géorgie), diffusent la même idéologie que les idéologues américains, les Yarvin, Thiel, Andreessen, Miller, qui confortent les agressions de Trump : le suprémacisme, blanc, chrétien, colonialiste, militariste, pour un « pouvoir fort », et un homme providentiel. Cette idéologie irrigue les extrêmes droites dans le monde. Extrêmes droites dont les relations aussi bien avec la Russie de Poutine qu’avec les États-Unis de Trump sont bien documentées. De même le fascisme intégriste islamiste, identique aux deux précédents à une religion près, et dont les Français se méfient à juste titre depuis les attentats de Charlie et du Bataclan, est peu dénoncé. C’est pourtant du fascisme qui écrase en particulier les femmes, en Afghanistan, en Iran, sous Daesh ou sous le Hamas, et qui a un impact aussi parmi les immigrés dans nos pays. Ne dénoncer qu’un impérialisme, un fascisme, divise et empêche la constitution d’un large front antifasciste et anti-impérialiste.
[1] Ce sondage a cependant un biais : bien qu’indiquant que c’est de loin la menace russe qui inquiète les européens, le sondage ne teste ensuite que les menaces américaine, iranienne et chinoise, pas russe ! Le campisme est partout !
https://blogs.mediapart.fr/jacqueslancier/blog/270126/ce-que-la-negation-de-l-ukraine-dit-de-lfi