20 février 2026
Le général de division Roman Demurchiev, commandant adjoint de la 20e armée interarmes russe, informait régulièrement ses proches et ses collègues des meurtres et des actes de torture infligés à des prisonniers ukrainiens, militaires et civils, d’ après une correspondance personnelle datant de 2022 à 2024, obtenue par Skhemy et Sistema. L’officier y évoquait notamment des représailles contre des Ukrainiens, partageait des photos et des vidéos de mauvais traitements et présentait à sa hiérarchie des exécutions extrajudiciaires comme des missions réussies.
Par exemple, dans un message daté du 18 octobre 2022, le général s’est vanté d’avoir capturé quatre Ukrainiens et a joint une photo d’oreilles humaines coupées. Il a envoyé une photo similaire à sa femme. « Et qu’est-ce que je vais en faire ? » lui a-t-elle demandé. Ce à quoi il a répondu : « J’en ferai une guirlande et je la lui offrirai. »
Demurchiev a également proposé à plusieurs reprises des Ukrainiens capturés comme « cadeaux » à un officier du contre-espionnage militaire nommé Roman, en échange de tortures. « J’ai un prisonnier, je peux vous le donner. Le voilà, assis dans une fosse. Que dois-je en faire ? M’en débarrasser ou vous le donner ? » a-t-il écrit en octobre 2023. L’un de ces soldats a par la suite été échangé et a confirmé aux enquêteurs avoir été battu et soumis à des chocs électriques.
Roman lui-même envoyait également des prisonniers à Demourtchiev avec la demande de les tuer et d’effacer toute trace. Tous deux approuvaient ces actions. Ainsi, après avoir remis l’un des Ukrainiens au contre-espionnage, le général écrivit : « Il y en avait un autre. Il n’a pas survécu. Ce salaud », et reçut la réponse suivante : « C’est bien. Je suis personnellement pour leur élimination. Sinon, nous ne les vaincrons pas ».
En décembre 2024, le général a félicité d’anciens prisonniers, qui avaient tué à coups de pelles trois soldats des forces armées ukrainiennes qui s’étaient rendus, tout en filmant la scène. Selon la correspondance, Demurchiev a rapporté cet événement à son supérieur, le général Oleg Mityaev, commandant de la 20e armée, qui a ordonné de récompenser les auteurs, en ajoutant le commentaire : « Bien joué, continuez, continuez à les harceler, putain ! »
Demurchiev, âgé de 49 ans, est originaire de Kazan, diplômé d’une académie militaire et vétéran de deux guerres de Tchétchénie. En 2023, le président Vladimir Poutine l’a promu au grade de général de division.
La correspondance a été fournie par des militaires ukrainiens. Des journalistes en ont confirmé l’authenticité, notamment grâce à l’aide de spécialistes du Centre national américain d’expertise des médias et du centre international DARC ; ils ont également identifié plusieurs interlocuteurs et reconstitué le contexte des événements.
La Convention de Genève de 1949 qualifie de crime de guerre les traitements cruels infligés aux prisonniers de guerre. L’article 356 du Code pénal russe prévoit jusqu’à 20 ans de prison pour de tels actes. Les enquêteurs ont conclu que les données et les preuves recueillies indiquent que le commandement russe non seulement a connaissance de ces pratiques, mais les encourage également.