Date : 5 décembre
L’idée se répand parmi les partenaires européens de l’Ukraine que Kiev pourrait être contrainte à des concessions territoriales pour parvenir à la paix. Selon El País , citant des sources bien informées, cette idée, bien que non exprimée publiquement, commence à être évoquée dans les cercles diplomatiques comme un « moindre mal ».
D’après le journal, ces sentiments ont dominé la réunion à Bruxelles entre les représentants de la France, de l’Allemagne, de la Finlande, de l’Italie et du Royaume-Uni, et le chef de la délégation ukrainienne aux négociations de paix, Rustem Umerov. Certains représentants européens ont laissé entendre qu’une paix serait probablement impossible sans les concessions exigées par la Russie. Umerov a répondu en soulignant la difficulté d’une telle démarche en raison de ses implications politiques et émotionnelles, des préoccupations sécuritaires et des contraintes constitutionnelles.
Dans le même temps, comme le souligne El País, les concessions territoriales potentielles se heurtent à une forte résistance de la Pologne et des pays baltes, qui les perçoivent comme une menace pour leur sécurité. Le journal note également que plusieurs services de renseignement européens mettent en garde contre la possibilité d’une agression russe contre un pays de l’UE dans les cinq prochaines années.
Les interlocuteurs du journal ont également constaté un sentiment croissant d’impuissance en Europe et la prise de conscience que les pays européens devront probablement supporter le poids de la reconstruction de l’Ukraine. Parallèlement, on commence à entendre dans les capitales européennes que l’Ukraine a déjà « gagné la guerre » car la Russie n’est pas parvenue à atteindre son objectif initial d’établir un régime fantoche.
El Pais note que les négociations entre les États-Unis et la Russie sont dans une impasse et n’offrent aucun espoir de progrès rapide, la question clé étant désormais celle des garanties de sécurité que Washington peut offrir à l’Ukraine pour prévenir toute agression future.
La veille, Spiegel rapportait que les dirigeants européens, lors d’entretiens avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, l’ avaient mis en garde contre le risque de « trahison » de la part de l’administration Trump, qui cherche à conclure un accord parallèle avec le Kremlin, court-circuitant ainsi les alliés européens de l’OTAN. Selon le magazine, le président français Emmanuel Macron aurait déclaré à Zelensky que Trump « pourrait trahir » l’Ukraine sur des questions territoriales et de sécurité, tandis que le chancelier allemand Friedrich Merz exhortait le président ukrainien à la « plus grande prudence », ajoutant : « Ils jouent un jeu, avec vous comme avec nous », faisant référence aux négociateurs américains, au promoteur immobilier milliardaire Steven Witkoff et au gendre de Trump, Jared Kushner.