Commentaire de Robert :
Vladimir Pastukhov, en tant que représentant d’une opposition démocratique et libérale qui est loin d’être unifiée, tout au plus est-elle unie contre la dictature de Poutine, soulève ici la question du rapport du peuple russe à la Révolution. C’est la première fois que l’auteur parle de cette manière. Ce n’est pas du tout une vue de l’esprit déplacée et abstraite : certes, pour l’instant la dictature tient, mais dans les conditions d’un sabordage de l’économie réelle du pays, produite par le parasitisme complet de l’économie de guerre. Cet état n’est pas extensible à souhait. Lorsqu’un gouvernement en est au stade où il envoie sous les drapeaux le meurtrier d’une jeune fille de 17 ans avec un statu d’étudiant, cela donne la dimension de la crise de la dictature.
La Révolution, mais elle est là. En Russie non pour l’instant. Mais dans les balkans, ce sont la jeunesse et les travailleurs serbes qui la mène. La chaine s’est brisée dans son maillon le plus faible, la résistance à l’Empire.
Et voilà Lénine qui revient sous la plume de Pasthukov et qui souligne l’extrême faiblesse du régime dans la situation présente. Poutine ne peut que faire la guerre, il y est obligé, il doit garantir par la corruption la plus coûteuse la petite couche qui l’a soutenu dans l’aventure. Son ministre des affaires étrangères vient de déclarer hier face aux représentants ukrainiens: « vous n’êtes pas une Nation! Vous n’êtes pas un pays! » Il faudrait maintenant à Poutine une défaite significative de l’Ukraine pour se protéger, mais elle ne vient pas. Il n’y aura pas de solution intermédiaire. Certes, on peut tout à fait imaginer, qu’une partie de son oligarchie politique, voyant l’impasse actuelle, se livre à un complot pour ne pas tout perdre de ce qu’elle a tiré de l’économie de guerre et de la corruption facile. Ce serait alors quelque chose comme une « révolution » de palais, c’est-à-dire rien du point de vue de l’intérêt des masses et de la Révolution elle-même. Pasthukov pense en fonction de la mort biologique de Poutine, il se projette après. Mais peut être que c’est le régime lui-même qui est à l’agonie.
On attend avec impatience le prochain article de Vladimir…
Mise à jour : 15-07-2025 (19:17)
C’est difficile à croire, mais Poutine, avec une ténacité digne d’une meilleure cause, entraîne la Russie dans la révolution.
Non, bien sûr. Toutes les actions de son administration depuis 2013, et surtout depuis 2020, visent officiellement à empêcher la révolution et à assurer une transition harmonieuse du pouvoir et des biens du clan Poutine à la prochaine génération de dirigeants. Mais le résultat pourrait être tout autre.
La raison en est la guerre. Elle est devenue le principal instrument de mobilisation entre les mains de l’imperium de Poutine et était censée assurer la continuité du pouvoir à « 100 % » (doctrine de Sourkov). Mais elle s’est prolongée, et une overdose s’est produite. Quiconque avale un paquet entier de tranquillisants d’un coup risque toujours de ne pas se réveiller. Le régime de Poutine risque donc de s’endormir à jamais, bercé par un profond sommeil militariste.
Lénine a écrit un jour que pour qu’une révolution réussisse, il lui faut au moins une petite victoire quotidienne. En principe, il pourrait en dire autant de la contre-révolution. Poutine est assis sur l’aiguille de la victoire. Si elle se brise, le régime sera en difficulté. Si vous vouliez savoir à quoi ressemble l’aiguille de Koshchei, la voici. Si cette guerre pouvait durer éternellement, apportant chaque jour une petite victoire après l’autre, Poutine n’aurait aucun problème.
Mais ici, le premier problème saute aux yeux. Toute ressource est limitée, même celle de Poutine. Si la guerre dure trop longtemps, elle risque de se transformer d’un facteur stabilisateur en un facteur déstabilisateur (la mobilisation totale et le capitalisme militaire ne sont généralement pas du goût des peuples pieux). Autrement dit, Poutine doit encore remporter la victoire dans un délai raisonnable. Il est important de comprendre cela lorsqu’on construit des modèles d’évolution de la situation : Poutine est limité dans le temps. Il a besoin d’une victoire tangible, non pas générale, mais dans un avenir prévisible.
Le facteur temps limité change, sinon tout, du moins beaucoup. Tant que Poutine est vivant et au pouvoir, une « guerre sans issue victorieuse » n’est pas si dangereuse pour le régime. Laissons de côté les scénarios extrêmes de mobilisation totale sur fond d’épuisement catastrophique des ressources ou de sortie directe vers une poursuite nucléaire du conflit, qui sont possibles, mais moins probables que la longue et routinière guerre qui couve, et avec elle la Russie.
En zone rouge, il n’existe qu’un seul scénario possible : si Poutine meurt sans avoir remporté de victoire et sans mettre fin à la guerre. Autrement dit, si la guerre s’insinue dans la transition post-Poutine et devient un casse-tête non pas pour Poutine lui-même, mais pour ses successeurs. Dans ce cas, la situation évoluera, à mon avis, de manière non linéaire, y compris avec la perspective d’une révolution.
Nous sous-estimons le rôle de Poutine comme stabilisateur de régime. Il serait probablement possible de compenser sa perte en temps de paix, lorsque la « paix rapide » serait suffisante (rappelons-nous les « transitions » de dirigeant à dirigeant dans l’URSS d’après-guerre, qui ne furent pas sans heurts, mais globalement réussies). Cependant, dans le contexte d’une guerre en cours, cela me paraît irréaliste. Très probablement, dans ce cas, la situation « retombera » sur le modèle de la première guerre de Crimée, et le cercle vicieux de l’histoire, dont Vladimir Medinsky aime tant parler, se refermera.
L’héritier de Poutine « ne sera pas capable de gérer » la guerre, tout comme l’héritier de Nicolas Ier n’a pas pu la gérer (Alexandre II a été contraint de conclure une paix honteuse pour la Russie avec la coalition antirusse des puissances européennes qui soutenait la Turquie dans cette guerre, exactement un an après la mort de son inspirateur). Et puis tout reviendra comme d’habitude : la Russie oscillera un certain temps entre réformes profondes et révolution avant de choisir entre le feu et le feu. Mais c’est le sujet d’un autre article.