Date : 29 novembre 2025
Un plan de paix américain pour l’Ukraine, qui la couperait de fait des territoires occupés par la Russie, aurait des conséquences économiques importantes pour l’Europe.
Un tel scénario engendre une incertitude prolongée qui pèsera sur l’économie européenne pendant des années, écrit Reuters.
Toutes les options de cessez-le-feu qui ont émergé au cours des deux dernières semaines — tant de la part de l’administration américaine que des parties européennes — supposent que Kiev accepte de maintenir au moins temporairement le contrôle russe sur tout ou partie des deux régions annexées, le Donbass et Louhansk.
Après la paix, la question demeure de savoir si le président Vladimir Poutine acceptera que les réserves gelées de la Russie – quelque 300 milliards de dollars aux États-Unis, au Japon, au Royaume-Uni et en Europe – puissent être utilisées pour la reconstruction de l’Ukraine, comme l’ont exigé les gouvernements de l’UE. Il est peu probable que cela se produise.
L’Union européenne examine une option soutenue par le chancelier allemand Friedrich Merz : utiliser au moins les actifs des banques centrales de l’UE, estimés à environ 210 milliards de dollars, comme garantie pour un « prêt de réparation » à l’Ukraine. Toutefois, pour que ces fonds constituent réellement une compensation pour l’agression, les dirigeants européens doivent agir beaucoup plus rapidement.
La Banque mondiale estimait le coût de la reconstruction de l’Ukraine à 524 milliards de dollars sur les dix prochaines années. Ce chiffre avoisine désormais les 600 milliards de dollars, selon un responsable européen. À moins que la Russie ne cède au moins la moitié de cette somme via ses réserves gelées, les alliés de l’Ukraine devront supporter la majeure partie du fardeau financier.
La Banque mondiale estime que la reconstruction devrait être financée par une combinaison de fonds provenant de gouvernements étrangers, d’organisations internationales et d’investisseurs privés. Toutefois, sans un règlement définitif du statut des territoires, l’Ukraine ne pourra pas compter sur l’afflux significatif de capitaux privés nécessaire à la reconstruction de son économie. Même si les parties s’accordent sur un statu quo précaire, la crainte d’une reprise des combats et d’une nouvelle invasion russe continuera de dissuader les investisseurs pendant longtemps.
L’économie ukrainienne a fait preuve de résilience depuis le début de la guerre à grande échelle en 2022, mais selon le FMI, le PIB du pays cette année sera encore inférieur d’environ 20 % à son niveau de 2021. À cette époque, le Donbass et Louhansk représentaient environ 15 % de la production, selon la Banque mondiale ; la reprise sera donc naturellement retardée.
Parmi les plus de 5 millions de réfugiés ukrainiens ayant trouvé refuge en Europe, dont environ 75 % sont des femmes et des enfants, certains pourraient décider de rentrer chez eux, même en cas de cessez-le-feu fragile. Ce retour stimulerait la croissance économique du pays en augmentant sa main-d’œuvre. L’Allemagne a accueilli 1,3 million de réfugiés depuis le début du conflit, et la Pologne plus d’un million.
Parallèlement, l’UE devra continuer d’aider l’Ukraine à former les rapatriés et à veiller à leur bien-être pendant leur adaptation aux exigences de la reconstruction. Un soutien similaire sera nécessaire pour les quelque 200 000 militaires qui retourneront à la vie civile si l’effectif des forces armées ukrainiennes est fixé à 800 000 hommes, comme le propose l’UE.
Comme indiqué, la Haute Représentante de l’Union européenne, Kaia Kallas, a déclaré qu’une paix conclue trop hâtivement pourrait être désavantageuse pour l’Ukraine et mettre en péril la souveraineté de Kiev. Elle a souligné que lorsque les négociations sont menées trop rapidement et sous pression, le risque augmente de voir des conditions essentielles – territoriales, politiques et sécuritaires – être manipulées en faveur de l’ennemi.