Jeune journaliste français (ses articles sont publiés sur le site : https://muckrack.com/clement-poursain/articles )
Une nouvelle menace plane dans le ciel ukrainien. Les drones Shahed –arme-kamikaze fétiche de Moscou– ne se contentent plus d’aller se faire exploser sur des cibles urbaines, nous apprend le magazine américain Forbes. Ils larguent désormais en chemin des mines antichars sur les routes, en plein cœur du territoire ukrainien, bouleversant les codes de la guerre et rendant chaque trajet potentiellement mortel. Largués quasiment chaque nuit par salves –parfois plus de 700 en une seule journée– les Shahed sont devenus le fléau principal des Ukrainiens, militaires comme civils.
Initialement conçus en Iran, ils sont désormais fabriqués à grande échelle dans l’usine géante d’Alabuga, à un millier de kilomètres à l’est de Moscou. Cette production massive a donné naissance à une myriade de versions différentes : guidage par satellite, antennes antibrouillage de plus en plus sophistiquées, cartes SIM ukrainiennes pour pilotage par les réseaux mobiles, caméras et, depuis peu, puces Nvidia américaines permettant l’identification autonome des cibles.
Mais c’est sur les têtes explosives que le plus gros du travail d’innovation semble se concentrer: munitions à fragmentation, incendiaires, thermobariques et même une version «napalm» dont le liquide s’enflammerait spontanément au contact, rendant toute extinction impossible. Désormais, des modèles ont été dotés de pods sous les ailes, des petites cassettes qui permettent de larguer des mines antichars PTM-3, redoutables munitions magnétiques.
La PTM-3 est une petite bombe dont le poids du dispositif complet ne dépasse pas les 9 kilos, conçue il y a plusieurs décennies pour être larguée par des systèmes automatisés. Son capteur magnétique peut faire exploser n’importe quel véhicule qui la frôle. Les forces ukrainiennes ne sont pas étrangères au largage de mines par des drones, mais elles utilisent des appareils FPV (en vue subjective) pour permettre aux pilotes de placer ces charges avec précision sur les routes utilisées par la logistique russe.
Guerre de masse, guerre d’attrition
La méthode des drones Shahed est bien plus rustique, presque aléatoire. Comme celle ci-dessous, des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent le largage de mines par paires au-dessus de la route. La Russie affirme ne cibler que des voies militaires, une explication qui ne convainc personne sur le terrain. La méthode de dispersion est imprécise et transforme chaque mine larguée en une menace pour les civils, les équipes de secours, ou même les tracteurs agricoles : un potentiel crime de guerre.
Une manière de procéder d’autant plus inquiétante que Moscou peut désormais lancer des milliers de drones en une nuit, ce qui pourrait rapidement saturer les grands axes du pays de charges explosives. Les équipes de déminage ukrainiennes, déjà surchargées, pourraient rapidement être submergées, provoquant des paralysies logistiques et une insécurité généralisée, même loin du front.
La stratégie du Kremlin est claire : user l’ennemi par la peur, par un harcèlement incessant, dans une guerre où les drones à 2.000 euros pièce sont plus faciles à produire en masse qu’un missile de croisière. En face, l’Ukraine riposte avec des drones intercepteurs comme le Sting, qui revendique 70% de réussite, ou des hélicoptères armés. Mais la cadence imposée par la Russie est difficile à tenir.
Au-delà de leur fonction de bombardiers improvisés, les nouveaux drones Shahed embarquent désormais de l’intelligence artificielle. Dotés de modules Nvidia Jetson, ils observent, analysent, décident –sans qu’aucune décision humaine ne rentre en compte. Loin d’être de simples bombes volantes, ils deviennent des chasseurs autonomes, susceptibles d’agir en essaims et de déjouer les contre-mesures électroniques déployées par Kiev.
Drones-kamikazes lancés par milliers, mines dispersées à la volée, essaims intelligents: la guerre en Ukraine continue de redéfinir la guerre moderne, chaque camp repoussant quasi quotidiennement les limites technologiques pour prendre l’ascendant sur l’adversaire.