Date : 10 décembre 2025
Malgré l’approche pragmatique des négociateurs de Donald Trump sur un dossier diplomatique aussi sensible que la fin de la guerre en Ukraine et leur volonté de rétablir les relations avec la Russie de Poutine, le plan en cours d’élaboration pourrait constituer la base d’un véritable accord de paix, rapporte le Washington Post. Ses principales dispositions comprennent un modèle coréen pour la séparation des belligérants, la protection de la souveraineté et de la sécurité de l’Ukraine, son adhésion à l’UE dès 2027, la restitution de la centrale nucléaire de Zaporijia et la relance économique grâce à des fonds américains, européens et russes gelés.
« Voici une description simple de ce à quoi devrait ressembler la paix en Ukraine : un État souverain, ses frontières protégées par des garanties de sécurité internationales, membre de l’Union européenne et une économie en reconstruction grâce à des investissements massifs des États-Unis et de l’Europe », écrit David Ignatius, chroniqueur de politique étrangère au Washington Post, citant des négociateurs. « Malgré la politique de négociation agressive du président Donald Trump et son inexplicable sympathie pour l’agresseur russe, un tel accord, d’après ce que j’entends des responsables américains, ukrainiens et européens, semble de plus en plus réalisable. »
Un responsable ukrainien a indiqué à Ignatius que trois documents sont actuellement en discussion : un plan de paix, des garanties de sécurité et un plan de relance économique. Ces documents sont susceptibles d’évoluer ; l’Ukraine et ses alliés européens prévoient notamment d’en présenter certains mercredi. Ignatius reprend les principaux points abordés, tels qu’exposés cette semaine par des responsables ukrainiens et américains.
- L’Ukraine rejoindra l’UE dès 2027. Washington estime pouvoir surmonter l’opposition de la Hongrie, dont le gouvernement s’y oppose catégoriquement. L’adhésion à l’UE favorisera le commerce, les investissements et la lutte contre la corruption.
- Les États-Unis fourniront à l’Ukraine des garanties de sécurité similaires à celles prévues par l’article 5 de la Charte de l’OTAN. Kiev exige que les États-Unis signent un tel accord et le ratifient au Congrès ; les pays européens apporteront leurs propres garanties. La nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine remet sérieusement en question la capacité de Washington à fournir une assistance militaire en Europe en cas de nouvelle attaque de Poutine. Cependant, l’équipe de Trump assure que les États-Unis sont prêts à continuer de fournir à l’Ukraine des renseignements, condition indispensable à la garantie de sa sécurité.
- La Russie n’aura pas de droit de veto sur la souveraineté de l’Ukraine. Cependant, la taille des forces armées ukrainiennes fait toujours l’objet de discussions. Kiev rejette toute limitation constitutionnelle formelle, contrairement à ce qu’affirme Moscou. Néanmoins, les autorités estiment que l’Ukraine pourrait renforcer ses défenses en déployant des forces supplémentaires, telles que la Garde nationale.
- La zone démilitarisée le long de la ligne de cessez-le-feu sera similaire à celle qui sépare la Corée du Nord et la Corée du Sud. Elle fera l’objet d’une surveillance étroite et, au-delà, s’étendra une zone plus profonde où l’utilisation d’armes lourdes sera interdite.
- La question territoriale demeure l’une des plus litigieuses. Kiev refuse de céder à la Russie les zones non occupées du Donbass. L’équipe de Trump soutient que si la guerre se poursuit, une part importante de ces territoires pourrait être perdue et qu’il est préférable de faire des concessions dès maintenant pour éviter des pertes humaines. Elle a proposé plusieurs solutions, dont la démilitarisation des zones cédées à la Russie et une approche inspirée du modèle coréen concernant les territoires occupés : la Corée du Sud revendique toujours son droit légitime sur l’ensemble de la péninsule, et la Corée du Nord maintient sa position.
- La centrale nucléaire de Zaporijia est en cours de restitution à l’Ukraine. Certains responsables ukrainiens se félicitent de la proposition américaine de la restituer.
- L’administration Trump entend promouvoir l’investissement et le développement économique en Ukraine. Une partie des réserves russes gelées en Europe pourrait être utilisée à cette fin. Des responsables américains sont en discussion avec Larry Fink, PDG de BlackRock, le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, afin de relancer le projet de création d’un Fonds de développement pour l’Ukraine. Ce fonds visait à mobiliser 400 milliards de dollars pour la reconstruction, et la Banque mondiale devait y participer.