Repris du site : https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/08/12/soutien-a-lukraine-resistante/#comment-68715
Après les « sommets » du président américain Trump avec Poutine (15 août) et les dirigeants européens (18 août), l’Ukraine est confrontée à la perspective immédiate d’un accord de « paix » injuste qui récompense l’agresseur russe. S’il est imposé à leur pays assiégé, cet « accord » Trump-Poutine trahira la lutte héroïque du peuple ukrainien contre l’invasion meurtrière de la Russie.
Les négociations au plus haut niveau entre les États-Unis, la Russie et les puissances européennes sur un éventuel accord se poursuivent, mais elles pourraient bien échouer en raison de la résistance obstinée de l’Ukraine à la politique d’apaisement de Trump envers Poutine.
Cependant, toute version du projet de « paix » actuel constituera une violation flagrante des droits démocratiques et nationaux de l’Ukraine. Elle légitimera :
* L’occupation violente par la Russie d’un cinquième du territoire ukrainien et l’échange avec la Russie de territoires et de populations actuellement sous administration ukrainienne
* La destruction des villes, des écoles, des hôpitaux, des infrastructures, de l’environnement et du patrimoine ukrainiens
* Le meurtre de dizaines de milliers de citoyen·nes ukrainien·nes et l’enlèvement de milliers d’enfants ukrainien·nes
* La russification génocidaire des territoires occupés, ainsi qu’une multitude d’autres crimes de guerre.
Il fera également peser la responsabilité de mettre fin à la guerre non pas sur l’agresseur russe, mais sur l’Ukraine, sa victime.
L’effervescence diplomatique qui a régné à la mi-août n’a pas dissuadé Poutine, qui est déterminé à obtenir le plus possible sur le champ de bataille et dans les négociations. Les attaques meurtrières par drones et missiles se sont intensifiées contre les villes et les infrastructures ukrainiennes, alors même que le ministre russe des Affaires étrangères Lavrov insiste sur le fait que la Russie doit jouer un rôle dans la garantie de la sécurité de l’Ukraine (et est soutenu en cela par J.D. Vance).
Un « accord » à ces conditions serait non seulement une catastrophe pour l’Ukraine, mais aussi un coup porté aux droits et libertés démocratiques partout dans le monde, au même titre que l’invasion génocidaire de Gaza par Israël.
Le Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine (ENSU) appelle donc les défenseurs·e des droits démocratiques à se mobiliser pour empêcher un accord de « paix » qui ne ferait qu’ouvrir la voie à de nouvelles agressions russes. Le peuple ukrainien doit connaître une nouvelle vague de solidarité comme celle qui a déferlé après l’invasion à grande échelle de la Russie en 2022, une vague suffisamment forte pour que les gouvernements – et les politiciens en période électorale – réfléchissent longuement avant d’abandonner l’Ukraine.
Politique à l’égard de l’Ukraine à ce jour : un soutien juste suffisant pour survivre
La situation dangereuse dans laquelle se trouve actuellement l’Ukraine est en grande partie le fait de Donald Trump, le « partenaire » (selon ses propres termes) de Vladimir Poutine. Mais les hésitations et les tergiversations de l’administration Biden et des principaux gouvernements et institutions européens qui se sont le plus vantés de « soutenir l’Ukraine » y ont également contribué.
Trump a directement saboté la résistance ukrainienne. L’aide militaire américaine, qui a toujours été un outil utile pour faire chanter Kiev, est désormais loin d’être garantie : même lorsqu’elle sera accordée, c’est l’Europe qui en assumera le coût. Le tapis rouge déroulé par Trump en Alaska pour le criminel de guerre Poutine a simplement favorisé son agressivité : la menace de sanctions a été rapidement oubliée, les « échanges de territoires » (impliquant des centaines de milliers d’êtres humains) ont été acceptés dans le cadre d’une « paix globale », l’exigence d’un cessez-le-feu avant les négociations a disparu, la perspective d’un retour à la normale dans les relations commerciales entre les États-Unis et la Russie a été évoquée, et toute perspective de justice pour les victimes de crimes de guerre s’est tout simplement évaporée.
Du côté européen, les trois dernières années ont été marquées par la réticence des grandes puissances, en particulier l’Allemagne et la France, à offenser « trop » la Russie : l’Ukraine aurait pu recevoir des missiles à plus longue portée, davantage d’avions et 300 milliards d’euros d’actifs russes gelés. La « flotte fantôme » russe, composée de pétroliers rouillés, aurait pu être poursuivie avec beaucoup plus de vigueur.
Le niveau global de soutien reçu par l’Ukraine après trois ans a été suffisant pour empêcher sa défaite, mais bien loin de ce qui était nécessaire pour gagner la guerre. Le gouvernement Zelensky n’a eu d’autre choix que d’exprimer sa gratitude pour ce qui lui a été donné, mais aussi d’implorer ses donateurs de tenir leurs promesses et de fournir ce qui manque encore.
Il est temps que l’Europe s’engage sérieusement
L’Europe doit désormais mettre fin à ses hésitations dans tous les domaines où ses principales puissances ont jusqu’à présent craint d’agir. Elles doivent d’abord prêter attention à Poutine lorsqu’il dit ce qu’il pense vraiment : « Je l’ai déjà dit, les Russes et les Ukrainien·nes forment un seul et même peuple. En ce sens, toute l’Ukraine nous appartient. Il existe une vieille règle selon laquelle tout endroit où un soldat russe pose le pied nous appartient. » (Forum économique international de Saint-Pétersbourg, 20 juin)
Elles doivent également cesser de croire que Trump peut être attiré du côté de l’Ukraine par des flatteries grossières et des offres de gains financiers. Personne, pas même Trump lui-même, ne peut dire quelle sera sa position sur l’Ukraine demain.
L’Union européenne et le Royaume-Uni doivent suivre l’exemple des pays nordiques et baltes, dont les dirigeants ont déclaré le 16 août : « Nous continuerons à armer l’Ukraine et à renforcer les défenses de l’Europe afin de dissuader toute nouvelle agression russe. Tant que la Russie continuera à tuer, nous continuerons à renforcer les sanctions et les mesures économiques plus larges afin de faire pression sur l’économie de guerre russe. Nous restons fermes dans notre soutien indéfectible à la souveraineté, à l’indépendance et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine. »
Pris au sérieux – et pour que Poutine comprenne que la résistance ukrainienne est réellement renforcée –, ces mots ne peuvent signifier qu’une chose :
* L’armement complet et rapide de l’Ukraine, en partie grâce à l’interdiction d’armer des États agresseurs comme Israël et l’Arabie saoudite. Plus vite et plus complètement l’Ukraine pourra développer sa propre industrie de défense et trouver des fournisseurs fiables, autres que les États-Unis, pour les équipements qu’elle ne peut encore fabriquer, mieux ce sera.
* Les avoirs russes gelés doivent être immédiatement transférés à l’Ukraine et les sanctions contre le régime de Poutine, les oligarques qui le soutiennent et les entreprises européennes directement ou indirectement impliquées dans son effort de guerre doivent être renforcées.
* Le calendrier de l’Union européenne pour éliminer sa dépendance vis-à-vis des exportations russes de combustibles fossiles doit être radicalement raccourci et toute entreprise qui fournit des services à ce commerce doit être sévèrement sanctionnée.
* Les poursuites pour crimes de guerre russes doivent être menées avec rigueur.
Solidarité avec l’Ukraine — aujourd’hui plus que jamais
L’ENSU estime que l’alternative à l’apaisement de l’agression réside dans le soutien au droit de l’Ukraine à l’autodétermination et à la légitime défense, au nom d’une Ukraine démocratique et unie, libérée de toute occupation.
La défense de l’Ukraine est également un combat contre l’agression autoritaire partout dans le monde. Le sort des peuples d’Europe et du monde entier, de la Palestine à l’Ukraine, est en jeu. Toute position prise par le mouvement syndical et la gauche qui aiderait Poutine (comme abandonner l’appel au retrait de toutes les forces russes d’Ukraine ou faire écho à sa demande de changement de régime à Kiev en pleine guerre) serait un coup de poignard dans le dos non seulement du peuple ukrainien, mais aussi des luttes sociales et nationales de tous les peuples.
L’ancien trésorier du Parti travailliste britannique, John McDonnell, a expliqué ce qui est en jeu : « C’est un moment critique pour l’avenir de l’Ukraine. Il ne peut y avoir de capitulation après tous les sacrifices consentis pour préserver la liberté. L’heure est à la solidarité maximale. »
Non à une paix impériale menant à de futures guerres !
Une paix réelle grâce à la défaite de Poutine et de Trump !
La paix grâce à la solidarité avec l’Ukraine et entre les peuples d’Europe et du monde !
L’Ukraine doit recevoir tout ce dont elle a besoin pour gagner !
Appel mondial : l’Ukraine doit recevoir tout ce dont elle a besoin pour obtenir une paix juste !
À l’initiative du Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine.
À l’attention de la Commission européenne, des gouvernements des États membres de l’Union européenne et du Royaume-Uni
Après les « sommets » du président américain Trump avec Poutine (15 août) et les dirigeants européens (18 août), l’Ukraine est confrontée à la perspective effrayante d’un accord de « paix » injuste qui récompense l’agresseur russe.
S’il est imposé à l’Ukraine, cet accord légitimera :
* L’occupation violente par la Russie d’un cinquième du territoire ukrainien et le transfert à la Russie de territoires et de populations actuellement sous administration ukrainienne
* La destruction des villes, des écoles, des hôpitaux, des infrastructures, de l’environnement et du patrimoine ukrainiens
* Le meurtre de dizaines de milliers de citoyen·nes ukrainien·nes et l’enlèvement de milliers d’enfants ukrainien·nes
* La russification génocidaire des territoires occupés, ainsi qu’une multitude d’autres crimes de guerre.
Il fera également peser la responsabilité de mettre fin à la guerre non pas sur l’agresseur russe, mais sur l’Ukraine, sa victime, alors même que le régime de Poutine intensifie ses bombardements sur les villes et les infrastructures ukrainiennes.
Nous, soussigné·es, appelons donc l’Union européenne, les gouvernements de ses États membres et du Royaume-Uni à apporter un soutien total et inconditionnel à l’Ukraine en prenant immédiatement les mesures suivantes :
* Mettre en œuvre un armement complet et rapide de l’Ukraine, en partie grâce à l’interdiction d’armer des États agresseurs comme Israël et l’Arabie saoudite.
* Aider l’Ukraine à développer sa propre industrie de défense et à trouver des fournisseurs fiables, autres que les États-Unis, pour les équipements qu’elle ne peut toujours pas fabriquer.
* Annuler (et pas seulement suspendre le remboursement) de la dette extérieure de l’État ukrainien.
* Transférer les avoirs russes gelés à l’Ukraine.
* Renforcer les sanctions contre le régime de Poutine et les oligarques qui le soutiennent, en particulier dans les secteurs bancaire et immobilier.
* Raccourcir le calendrier de l’Union européenne pour éliminer sa dépendance vis-à-vis des exportations de combustibles fossiles russes et imposer des sanctions sévères aux entreprises qui participent à ce commerce.
* Renforcer les efforts européens et mondiaux pour assurer le retour en toute sécurité de tous les enfants ukrainien·nes kidnappé·es, la libération et le retour en toute sécurité de tous et toutes les prisonnières civiles ukrainiennes et l’échange de prisonnier·es de guerre.
* Poursuivre rigoureusement les crimes de guerre russes.
* Soutenir les mouvements anti-guerre russes et les militant·es anti-guerre emprisonnés en Fédération de Russie et dans les territoires occupés.
Principaux signataires
Tanya Vyhovsky, Senator for the Vermont Progressive Party, Vermont State Senate (US)
Christopher Ford, Secretary, Ukraine Solidarity Campaign (England and Wales)
Julie Ward, former Member of the European Parliament, Labour Party (UK)
Graham Campbell, Glasgow City Councilor for the Scottish National Party (Scotland)
Simon Pirani, Honorary Professor, University of Durham (UK)
Bernard Dreano, Chairperson of the Centre of International Solidarity Studies and Initiatives (France)
Carmen Claudin, Senior Researcher, Barcelona Institute of International Affairs (Spanish State)
Szymon Martys, Interim Coordinator, European Network for Solidarity with Ukraine (Poland)
Alfons Bech, Trade Union Coordinator, European Network for Solidarity with Ukraine (Spanish State)
Howie Hawkins, Ukraine Solidarity Network (US)
Sacha Ismail, Trade Union Liaison Officer, Ukraine Solidarity Campaign (England and Wales)
Maryann Abbs, Ukraine solidarity and climate justice activist (Canada)
Serhiy Kasianov, Board Member , Harvard Aerospace and Defense Alumni Organisation, Professional Government Association of Ukraine
Dr James Doughney, Emeritus Professor, Victoria University, Melbourne (Australia)
Thomas Weyts, Coordinator, Belgian Committee of the European Network for Solidarity with Ukraine
David Acosta Guillerm, District councillor, Gràcia, Barcelona, for Barcelona en Comú (Spanish State)
Oksana Kozlova, Lecturer, School of Translation and Interpreting, Brussels Free University, European Network for Solidarity with Ukraine (Belgium)
John Andersson, Coordinator, Ukraine-Solidarity (Sweden)
Serhiy Onyshchenko, father, Ukrainian, Engineering Fellow at Exalate (Belgium)
Carme Sansa Albert, Catalan actor (Spanish State)
Frank Fourneau, Support Fund for Ukraine and Heart4Ukraine (Belgium)
Daniel Tanuro, ecosocialist writer and member of the Fourth International (Belgium)
Gauche anticapitaliste / SAP-Antikapitalisten (Belgium)
La pétition peut être signée ici.
European Network for Solidarity with Ukraine, 26 aout 2025
Traduit par DE