30 novembre
Des citoyens ukrainiens originaires des territoires occupés par la Russie, n’ayant pas passé le processus de sélection, sont détenus depuis des mois dans un hôtel de Taganrog (oblast de Rostov). C’est ce qu’a révélé le projet de défense des droits humains « Soutien aux prisonniers politiques. Mémorial », citant ses propres sources. Les militants des droits humains dénoncent cette pratique comme illégale, selon Current Time.
Selon des militants des droits humains, les Ukrainiens sont détenus dans un centre d’hébergement temporaire pour réfugiés (CET) situé dans l’enceinte de l’hôtel Taganrog, au 161 rue Dzerjinski. Leurs papiers d’identité et leurs téléphones portables leur sont confisqués.
Certains y sont détenus pendant plusieurs mois, voire un an. Des militants des droits humains rapportent que les personnes détenues dans ces centres d’hébergement temporaire sont régulièrement informées des accusations criminelles portées contre elles, notamment d’espionnage. Selon eux, elles sont ensuite transférées dans un centre de détention provisoire à Rostov, dans la province de Donetsk. Des prisonniers de guerre ukrainiens détenus dans ce centre ont fait état de tortures.
Un militant russe des droits de l’homme, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a confirmé à The Insider être au courant de la détention d’Ukrainiens dans un hôtel de Taganrog depuis l’automne 2023. À cette époque, a-t-il précisé, un Ukrainien, précédemment détenu dans la soi-disant « RPD », y était retenu prisonnier. Après sa libération, il a tenté de franchir le point de contrôle de la région de Rostov, mais a échoué au contrôle, ce qui a entraîné sa détention et son placement dans un centre d’hébergement temporaire à l’hôtel de Taganrog jusqu’à l’été 2024.
Des membres de l’initiative humanitaire ukrainienne « Recherche. Captivité » ont signalé que les autorités russes avaient mis en place un système de prisons secrètes pour les civils ukrainiens et les prisonniers de guerre. Nikolaï Polozov, avocat et cofondateur de l’initiative, l’a expliqué à Current Time : on pensait auparavant que les prisonniers ukrainiens étaient détenus dans des installations russes utilisant l’infrastructure du Service pénitentiaire fédéral (FSIN). Cependant, des militants des droits humains ont découvert par la suite l’existence de centres de détention temporaires pour « personnes arrêtées pour opposition à une opération militaire spéciale ». Ce statut accordé aux Ukrainiens détenus est illégal : une telle notion n’existe pas dans la législation russe. « Sans statut, ces personnes n’ont aucune garantie légale. Il n’y a aucun contrôle judiciaire, pas même la possibilité de correspondre. Elles sont détenues au secret, sans aucun contact avec l’extérieur », a expliqué M. Polozov.
Les militants des droits de l’homme soulignent que la détention d’Ukrainiens sans statut légal constitue une violation du droit international humanitaire : la troisième Convention de Genève, qui protège les droits des prisonniers de guerre, et la quatrième Convention de Genève, qui protège les droits des civils.