Commentaire de Robert
En ce 1er janvier 2026, nous n’utiliserons pas pour nos lecteurs un message de tradition, mais ce texte traduisant l’obstination d’une peuple en armes par la voix d’une poétesse casquée.
Si nous restons en vie…
A Koutcher *
Si nous restons en vie
j’essaierai pour la première fois
de planter une tige dans un champ
épargné par les mines
planter avec mes mains d’habitante des villes
qui n’a vu
ce que cache l’asphalte
qu’avec l’arrivée de la guerre
Si nous restons en vie
nous habiterons la terre
où chaque respiration donnée
nous ramène à
tout ce qui a été éprouvé
invisible et violent
la lune bleue résonnera à nos oreilles
chaque hiver la glace me coudra aux montagnes
et aux steppes en cartes tordues
cela en sera fini du romantisme
le romantisme a déserté le front
avec l’héroïsme
en me laissant brusquement
ta présence…
aux cheveux gris et pleine de passion
nous inviterons la Mort
à se réchauffer près du feu de bois
Elle nous battra avec ses bâtons
nous frotterons
ses mains glacées
si nous restons en vie
je subirai avec moins de douleur
la lumière douloureuse du printemps
qui me blesse
elle qui rejaillit chaque fois à la fin de l’hiver
de l’hiver que
je ne peux oublier
dans ce pays où aucun hiver ne s’oublie
*Koutcher est le nom de combattant du compagnon de
Yaryna Chornohuz.
Extrait de « C’est ainsi que nous demeurons libres »
Edition Le Tripode juillet 2025
