Commentaire de Jean Pierre :
A. Nikulin interprète la profondeur des liens entre machisme et dictature à partir de ce que donne à voir le régime de Poutine.
Mise à jour : 04-11-2025
Il y a une catégorie d’hommes qui, afin de se prouver à eux-mêmes et aux autres qu’ils sont machos, qu’ils ont existé dans cette vie – doivent nécessairement dominer, mépriser quelqu’un.
Ils ne peuvent pas tenir tête aux forts, parce qu’en fait les faibles comprennent inconsciemment leur faiblesse, ce qui, bien sûr, ne provoque que colère, vanité brûlante et désir de trouver un plus faible, afin de l’intimider pour finalement s’élever à ses propres yeux.
C’est à partir de ceux-ci que les tortionnaires et les parfaits tyrans domestiques sont fabriqués, c’est ce que les enseignants des universités irakiennes ou syriennes ont donné aux militants comme épouses, c’est ce qu’ils aiment être en meute, Surmonter la complexité et l’arriération de chaque membre d’un groupe individuellement par le nombre et l’agressivité.
Dans une société saine, ils ont tendance à être balayés de l’arène des événements, formant des strates périphériques et marginales, se rassemblant dans des cultes, des sectes, des organisations politiques radicales et des clubs de survie. Être là, dans leur cercle, rêvant amèrement et désespérément des meilleurs moments pour eux et du pire pour la société quand ils se lèveront enfin. Et alors ils commenceront à régner dans la joie pour eux-mêmes et dans le chagrin pour les autres.
Dans une situation de crise des institutions publiques, ce sont précisément eux qui, en raison de leur cohésion, de leur énorme réserve d’énergie destructrice et d’agressivité, commencent périodiquement à dominer. Et à organiser autour d’eux précisément l’enfer auquel ils se sont préparés et qui bouillonne dans leur âme.
C’est alors que commence la recherche d’ennemis, le totalitarisme, les répressions, la persécution ostentatoire et la restriction des droits de ceux qu’ils parviennent à mettre à genoux. Soit en profitant de l’apathie paralysante de la société, soit en contaminant simplement une partie importante de celle-ci avec leurs idées destructrices.
Ils sentent parfaitement la faiblesse, tout comme ils savent qui, à un moment donné, peut être « abaissé » sans risque pour eux-mêmes, afin de s’élever ensuite en abaissant les autres.
C’est ainsi chez nous : ce sont précisément les groupes dispersés, conscients de leur propre faiblesse, qui ont été parmi les premières victimes autorisées. « Ici, ce n’est pas Gayrope ! ».*
Le problème est qu’une grande partie de l’énergie qui alimente les agresseurs repose sur la sublimation banale de leur propre incapacité en tant qu’hommes. Sur un freudisme simple et classique. Et lorsqu’ils doivent choisir entre se développer, grandir eux-mêmes ou opprimer, affaiblir les autres, y compris leurs éternelles partenaires-adversaires dans les relations intersexuelles, c’est-à-dire les femmes, la réponse est simple pour eux.
D’où cette multitude de nouvelles lois, de normes informelles, de sermons, d’exigences, dont l’essence même, sournoisement dissimulée derrière des citations bibliques et dostoïevskiennes déformées, est de « mettre les femmes au pas ». De recommencer à contrôler leurs corps et leurs âmes. De les rendre dépendantes.
`Et plus un prédicateur du « retour aux valeurs traditionnelles » se sent insignifiant, plus il veut enfoncer profondément dans le sol cette femme abstraite afin de se sentir, face à elle, comme un puissant tumulus, une montagne. Et pousser un soupir de joie – comme pour dire qu’il est un homme, un macho, un héros – enfin accompli. Enfin digne d’intérêt.
* Gayrope : Terme utilisé pour critiquer l’ Europe en la considérant comme trop tolérante et bienveillante envers les personnes LGBT+. Poutine prétend offrir une alternative globale à la « décadence de la Gayrope » ou « EuroSodom »