La voix de l'opposition russe et de la résistance ukrainienne

États-Unis, Russie

Un cadeau pour Poutine ? Pourquoi Trump a-t-il eu besoin d’un délai de 50 jours ?

La « déclaration majeure » annoncée par le président américain Donald Trump sur la Russie a suscité un enthousiasme croissant sur le marché boursier russe. Les propos de déception à l’égard de Poutine sont restés lettre morte, Trump lui ayant offert 50 jours de guerre supplémentaires sans menace de sanctions américaines plus sévères. Trump a également réussi à économiser sur les livraisons d’armes à l’Ukraine. Les livraisons directes sont interrompues, et les équipements et munitions promis seront financés par les membres européens de l’OTAN.

Le président américain Donald Trump a fait une déclaration « importante » sur la Russie, annoncée le 10 juillet. Si l’on omet les mots concernant les émotions – mécontentement et déception à l’égard de Poutine – ressenties par Trump, l’essentiel se résume au report de 50 jours du durcissement des sanctions contre les acheteurs de produits russes (principalement des hydrocarbures). L’aide militaire directe à l’Ukraine, financée par le budget américain, est suspendue. La tâche incombe désormais aux membres européens de l’OTAN, qui commanderont de nouvelles commandes aux usines militaires américaines et achèteront des équipements et des munitions aux États-Unis en échange de ceux qu’ils fourniront à l’armée ukrainienne.

Le marché russe a réagi à cette déclaration par une croissance rapide. L’indice MICEX a gagné 2,7 % en fin de journée, et l’indice RTS a gagné un peu plus de 2 %. Le rouble s’est encore renforcé, face au yuan, au dollar et à l’euro. Et cette réaction est plus que justifiée. Vladimir Poutine a d’ailleurs reçu carte blanche du président américain pour poursuivre la guerre jusqu’à début septembre sans menace de sanctions plus sévères de la part des États-Unis. Ce qui adviendra après les 50 jours accordés par Trump pour conclure un accord de paix, si la guerre ne cesse pas d’ici là, est formulé de manière vague. La Russie et ses partenaires commerciaux sont menacés de droits de douane « très sévères », peut-être à 100 %.

Il est possible que si cette menace avait été proférée il y a six mois, beaucoup l’auraient prise au sérieux. Mais l’histoire des nombreuses mesures prises par l’administration Trump plaide plutôt en faveur de ceux qui doutent de l’efficacité des mesures que Washington menace désormais de prendre contre le Kremlin.

La « guerre commerciale » avec ses voisins les plus proches, le Canada et le Mexique, annoncée en février, devait débuter début mars. Cependant, l’introduction de droits de douane de 25 % a été reportée à plusieurs reprises et leur montant a été modifié arbitrairement. À ce jour, les Mexicains sont confrontés à des droits de douane de 30 % pour avoir mal protégé leur frontière avec les États-Unis contre la drogue et l’immigration clandestine, tandis que Trump menace d’appliquer des droits de douane de 35 % aux marchandises des Canadiens récalcitrants. Et tout cela à partir du 1er août.

Sans en finir avec ses voisins, le président américain a fixé fin mars le 2 avril comme « Jour de la libération » et imposé des droits de douane à 185 pays et territoires à compter de cette date. Ces droits sont restés en vigueur quelques heures, puis ont été reportés aux premiers jours de juillet. Durant les trois mois impartis, le seul pays à avoir conclu un accord commercial complet avec les États-Unis a été la Grande-Bretagne. L’administration américaine a fixé une nouvelle date limite pour tous les autres : le 1er août.

La situation la plus grave a été celle de la Chine, dont les dirigeants n’ont pas du tout été impressionnés par les droits de douane de 145 % imposés par Trump. Les restrictions sur les exportations de terres rares et d’aimants fabriqués à partir de ces métaux, annoncées en réponse, ont mis au bord du gouffre plusieurs industries clés de haute technologie avec les États-Unis (et pas seulement), notamment la production automobile. Après plusieurs mois de négociations commerciales avec Pékin, peu réjouissantes pour Washington, une trêve a été conclue, qui expire dans la première quinzaine d’août.

Ce seul fait remet en question la menace de Trump d’imposer des droits de douane de 100 % aux partenaires commerciaux de la Russie en septembre. D’ici là, les États-Unis et la Chine prévoient de parvenir à un compromis et de conclure un accord commercial mutuel. Et personne ne risque de détruire les accords conclus avec tant de difficultés afin de priver la Russie des revenus de ses exportations pétrolières. Il en va de même pour l’accord commercial entre les États-Unis et l’Inde, qui, selon des responsables de l’administration américaine, est presque prêt à être signé.

Toutefois, tout cela ne signifie nullement qu’un accord de cessez-le-feu en Ukraine ne sera pas conclu avant l’expiration du délai de 50 jours imparti par Trump. La guerre et les sanctions déjà en vigueur ont fait leur effet : une crise structurelle de l’économie russe a commencé et se développe rapidement. La prolongation des opérations militaires actives, qui nécessitent un apport toujours croissant de ressources matérielles et humaines, accélère le développement des phénomènes de crise et les rend irréversibles. Cela est compris tant par le bloc économique du gouvernement que par le monde des affaires et par la communauté des experts, très fidèle à Poutine.

Dans ces conditions, la Russie n’est pas en mesure de rivaliser avec l’Europe, qui commence à peine à s’armer, sans porter un sérieux coup au niveau de vie de la majorité de la population. C’est apparemment ce sur quoi Donald Trump fonde ses espoirs. Il suffit de faire durer le temps, et rien ne sera nécessaire, tout s’arrangera. Tôt ou tard, la guerre prendra fin de toute façon, et Trump aura une raison de dire que c’est lui a mis fin à cette guerre.

https://www-svoboda-org.translate.goog/a/podarok-dlya-putina-zachem-trampu-ponadobilisj-50-dney-otsrochki/33474664.html?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr