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Russie

Un tribunal « russe » condamne une Ukrainienne à 12,5 ans de prison pour patriotisme

Yulia Stanika au tribunal.

La Russie affirme que les dons aux défenseurs de son pays constituent des « crimes » visant la « sécurité » de la Fédération de Russie.

Un tribunal d’exception de l’oblast de Kherson occupé a condamné Yulia Stanika à douze ans et demi de prison pour avoir fait des dons aux forces armées ukrainiennes défendant son pays. Comme c’est de plus en plus souvent le cas, l’État agresseur a utilisé la nationalité russe qu’il a forcée cette Ukrainienne de 30 ans à prendre comme prétexte pour l’accuser de « trahison d’État » pour être restée fidèle à ses convictions patriotiques.

La Russie impose un quasi-black-out sur les informations concernant les territoires occupés, et on ignore la date exacte de l’arrestation de Yulia Stanika. En septembre 2025, il a été annoncé qu’elle allait être jugée, les « autorités » d’occupation affirmant avoir « découvert » sur son téléphone portable des preuves de dons aux forces armées ukrainiennes. Ces dons auraient été effectués entre septembre 2023 et janvier 2024.

On ignore encore comment de tels dons sont, en réalité, découverts, mais tous ces « procès » visent sans aucun doute à avertir les autres Ukrainiens d’une surveillance et d’une répression maximales pour le moindre acte de patriotisme.

L’information suivante était, comme d’habitude, que Stankina avait été déclarée « coupable » de trahison, en vertu de l’article 275 du code pénal russe, par le « tribunal régional de Kherson » d’occupation. 

Ces pseudo-procès sont totalement illégaux, la Russie violant le droit international en imposant sa législation sur le territoire ukrainien occupé. Cependant, de nombreux autres motifs d’inquiétude subsistent. On ignore tout des « juges » qui ont prononcé la sentence, si Stanika a bénéficié d’une assistance juridique et, en réalité, où s’est tenu ce « procès », par opposition à cette unique « audience » au cours de laquelle Stanika, détenue dans une cage pour les besoins de la propagande, a été condamnée à douze ans et demi de détention dans une colonie pénitentiaire à régime moyen, suivis de deux ans de liberté surveillée.

Le rapport du « procureur » d’occupation du 24 octobre 2024 affirme que Stanika a été « reconnue coupable en vertu de l’article 275 du code pénal russe, pour avoir fourni une aide financière à un État étranger [sic !] pour des activités dirigées contre la sécurité de la Fédération de Russie ».

Le prétendu « crime », consistant en plusieurs virements bancaires vers un « compte bancaire étranger » entre septembre 2023 et janvier 2024, avait été découvert et examiné par les services de renseignement britanniques (FSB).

Tous ces « procès », même ceux qui se tiennent devant les tribunaux russes, se déroulent à huis clos ; or, le rapport du 24 octobre mentionnait effectivement ce secret, affirmant qu’il était dû à des informations qui constitueraient un « secret d’État ».

Puisqu’il n’est pas allégué qu’elle ait « reconnu les faits », elle pourrait très bien interjeter appel.

De telles condamnations pour dons deviennent extrêmement fréquentes. Les victimes sont généralement accusées de « trahison », sauf lorsque l’argent était destiné à soutenir le régiment Azov des forces armées ukrainiennes, ou d’autres unités militaires que l’État agresseur qualifie, de façon incroyable, d’« organisations terroristes ». Dans ces cas-là, la personne est accusée de « financement du terrorisme » pour avoir fait un don aux défenseurs de l’Ukraine.

Il est malheureusement fréquent que l’on ignore même le nom de la victime. À Melitopol, ville occupée, par exemple, un retraité anonyme (né en 1960) a été condamné à 14 ans de prison, à compter du 21 octobre 2025, pour des dons s’élevant à seulement 4 500 roubles (environ 48 euros) aux forces armées ukrainiennes. En mars 2025, une femme de 63 ans, également originaire de Melitopol, a été accusée de « trahison » pour des virements bancaires d’un montant équivalent à environ 50 euros.

Bien que le montant des dons rende ces amendes exorbitantes encore plus monstrueuses, il convient de rappeler que, dans les conditions actuelles, il ne s’agirait pas nécessairement de petites sommes pour les donateurs.

C’est aussi un antidote révélateur à toutes les affirmations de la propagande russe selon lesquelles ces dons aux forces armées ukrainiennes se poursuivent, malgré le danger important auquel est confronté chaque Ukrainien capturé.

https://khpg.org/en/1608815210