10 septembre 2025 :
Repris du site Entre les lignes entre les mots : Poutine poursuit ce que Staline n’a pas terminé
La Russie révoque la citoyenneté d’un prisonnier politique tatare de Crimée, rendant ainsi permanente son expulsion de la Crimée occupée
Ayant échoué à terroriser les Tatars de Crimée pour les pousser à quitter la Crimée occupée, la Russie pourrait désormais envisager de recourir à des poursuites pénales fabriquées de toutes pièces.
La Russie a révoqué la citoyenneté d’Ekrem Mamedov, ce qui signifie que, même après avoir purgé une peine illégale de 8,5 ans, le Tatar de Crimée ne pourra pas retourner en Crimée tant que celle-ci restera sous occupation russe. La Russie menace déjà deux autres prisonniers politiques tatars de Crimée d’expulsion vers l’Ouzbékistan, et il y a de fortes raisons de craindre qu’elle utilise ces méthodes contre d’autres prisonniers politiques de Crimée, emprisonnés pour leur position civique ou leur indépendance religieuse. C’est cinquante ans après la déportation de l’ensemble du peuple tatar de Crimée de sa patrie en 1944 que les Tatars de Crimée ont enfin pu revenir. La répression exercée par la Russie depuis son invasion en 2014 et la déportation effective des prisonniers politiques vers la Fédération de Russie semblaient déjà être une répétition amère de ce crime des plus terribles, mais il semble maintenant que cela aille encore plus loin.
Ekrem Mamedov est un homme d’affaires de 39 ans originaire de Simferopol. Il est marié et père de six jeunes enfants qui ont vu leur père emmené après que des agents des forces de l’ordre russes armés ont fait irruption chez eux à l’aube du 18 juillet 2024.
Zarema Barieva, du Centre de ressources des Tatars de Crimée (CTRC), rapporte que les accusations portées contre Mambetov ont été fabriquées de toutes pièces. Elles ont été étayées, selon elle, par de faux témoins. Dans la grande majorité des cas rapportés ici, l’identité de ces « témoins » est gardée secrète, ce qui montre qu’il n’y a aucune raison de croire qu’ils seraient en danger si leur identité était révélée. Les « tribunaux » russes et d’occupation bloquent systématiquement les questions de la défense visant à démontrer que ces prétendus « témoins secrets » mentent.
Le FSB a affirmé que certains transferts d’argent effectués par Mambetov en 2020 dans le cadre de ses activités commerciales avaient servi à « financer les activités d’une formation armée illégale », prétendument affiliée à l’« État islamique » et active en Syrie.
Vivant en Crimée jusqu’en 2014, ils n’avaient aucune idée, note sèchement Zarema Barieva, que chaque deuxième maison était un foyer de « terroristes » ou d’« extrémistes » de divers types, allant des membres présumés de l’organisation musulmane pacifique Hizb ut-Tahrir, légale en Ukraine, aux Témoins de Jéhovah. Même si la Russie ne violait pas le droit international en appliquant sa législation sur le territoire occupé, il y aurait d’autres raisons d’être sceptique, notamment les tentatives répétées de la Russie de calomnier des dirigeants tatars de Crimée de renommée mondiale, comme Mustafa Dzhemilev, en essayant de manière absurde de les associer aux terroristes de l’« État islamique ».
Mamedov a été accusé d’« incitation à des activités terroristes » en vertu de l’article 205.1 § 1 du code pénal russe. Il a été condamné par un « tribunal » d’occupation le 23 octobre 2024 à huit ans et demi d’emprisonnement dans un établissement pénitentiaire de haute sécurité, dont les deux premières années dans une prison, la pire des institutions pénales russes. Il est emprisonné en Russie depuis avril 2025 et a appris, alors qu’il se trouvait dans la tristement célèbre prison de Vladimir en Russie, qu’une « décision » avait été prise le 26 mai 2025 de le déchoir de sa citoyenneté. La Russie a rendu impossible la vie sur le territoire occupé, l’accès aux soins médicaux pour la famille, etc., sans la citoyenneté russe. Elle utilise désormais cette citoyenneté comme une arme supplémentaire, et il est probable qu’il ne pourra tout simplement pas retourner chez lui et retrouver sa famille après sa peine.
Comme indiqué, la Russie menace également au moins deux prisonniers politiques tatars de Crimée, Nasrulla Seidaliev et Lenur Seidametov, d’expulsion après leurs condamnations illégales. Elle utilise le fait que les deux hommes sont nés en Ouzbékistan (comme beaucoup de descendants des Tatars de Crimée victimes de la déportation de 1944) comme prétexte pour les envoyer dans un pays auquel ils n’ont aucun attachement.
Plus de détails ici : La Russie menace les prisonniers politiques tatars de Crimée d’expulsion vers l’Ouzbékistan
Source :
https://khpg.org/en/1608814983
traduit par DE