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« Aucun de nous ne déposera les armes », poème de Yaryna Chornohuz

La poétesse casquée Yaryna Chornohuz.

Commentaire de Robert

Nous publions ce texte de la poétesse casquée Yaryna Chornohuz. Force puissante du cheval ailé de Pégase chantant sous les drones et les balles, affirmant les forces de la vie contre la barbarie impériale. Caporal-chef des Forces armées, pilote de drone, médecin de guerre, elle a reçu, en 2024, le prix Taras Chevtchenko, la plus haute récompense littéraire ukrainienne, pour son recueil de poésie. Les éditions Tripode viennent de publier en langue française son recueil « C’est ainsi que nous demeurons libres ».

(VIEILLESSE)

selon les lois de la nature, le temps ensevelit dans le sable ceux qui sont tombés au combat

tu luttes avec le sable au milieu du désert

tes pieds sont trop lourds et trop petits pour ce désert

tes souvenirs sont comme une dune pour ce désert

l’après-vie ressemble trop au point à la fin d’une phrase.

ce même point dans lequel un dieu ancien, dit-on,

pouvait faire entrer toute une civilisation

avec la terre, le ciel et l’air…

ici les gens—les combattants — perdent leur vie en un instant,

ils tombent des arbres comme les feuilles mortes en automne

il y a des arbres qui, en automne, deviennent non pas jaunes

mais rouges…

absente, la guerre suscite le désir de mourir jeune au combat

présente, elle fait germer la pensée qu’il serait quand même pas mal de se voir vieillir…

la vieillesse est quelque chose que nous ne connaîtrons probablement jamais,

bien que pendant la guerre même les enfants deviennent vieux

la vieillesse est remplacée pour nous par l’après-vie

dont le principe est de vivre sans se soucier si on vivra jusqu’au mois prochain

que cette époque était obstinée dans sa haine envers la vieillesse

que cette vieillesse est maintenant désirée pour certains de nous

rencontrer la mort dans une maison qui n’a pas été frappée par un obus comme on rencontre un ancien ami

qui est vieux comme toi…

mais chaque automne certaines feuilles doivent tomber

pour que l’herbe les couvre

pour qu’un pied la piétine

liberté, tu es belle tout de même