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Russie, Ukraine

« Il n’y a pas d’autre solution : personne ne doit rester en vie en Ukraine »

Appel au génocide

Le titre d’un article publié ce mercredi par l’une des plus importantes agences de presse russes, Ria Novosti, semble relancer une rhétorique maximaliste aux relents génocidaires, quelques jours après les déclarations de Vladimir Poutine, affirmant que « toute l’Ukraine nous appartient ».

Par Guillaume Lancereau

Ce mercredi 30 juillet, l’agence de presse russe RiaNovosti a publié un article au titre explosif : «  Il n’y a pas d’autre solution  : personne ne doit rester en vie en Ukraine  », accompagné d’une iconographie laissant présager une catastrophe nucléaire.

Aussitôt, les réseaux sociaux se sont enflammés, criant à l’« appel au génocide ».

Le paratexte de l’article semble en effet donner corps aux visions les plus radicales véhiculées par certains comptes sur les réseaux sociaux et émissions de télévision russes. La représentation d’une faucheuse survolant des chars aux drapeaux ukrainiens en lambeaux, dans un paysage en feu, évoque non pas une guerre conventionnelle, mais une volonté d’extermination totale.

Son auteur, Kirill Strelnikov, est une figure peu connue. On lui doit une série de publications provocatrices sur les plateformes de propagande russes, à commencer par les déclinaisons régionales de Sputnik en Biélorussie, Abkhazie, Ossétie, Lituanie et Lettonie. Il s’agit d’un publicitaire de profession, «  copywriter  » et «  marketeur  » selon le site internet où il propose ses services. Il organise des séminaires et tient une chaîne Telegram sur les campagnes de communication et le «  marketing créatif  », promettant de stimuler la visibilité et les commandes des auteurs de chaînes YouTube.

L’argument de l’article repose sur une logique d’inversion propagandiste : loin de formuler un appel au massacre de l’ensemble de la population ukrainienne, Kirill Strelnikov accuse au contraire les pays occidentaux de pratiquer un jusqu’au-boutisme militariste sans se préoccuper des pertes humaines considérables subies par l’Ukraine. Cet imaginaire de mort totale, diffusé par une agence proche du pouvoir, n’est donc pas seulement une provocation ou un signal d’alarme qui devrait nous alerter sur l’évolution du discours russe vers une rhétorique d’anéantissement ; il vise surtout à rendre l’Europe et l’Occident responsables de toute escalade, alors que l’on observe des signaux nucléaires à la suite de l’ultimatum lancé par le président Trump.

L’un des motifs de cette obstination belliciste résiderait dans une véritable illusion d’optique, voire un mensonge organisé. L’Occident ferait planer l’idée que l’armée ukrainienne serait la «  meilleure du monde  » face à une armée russe impuissante et chaotique.

À ses yeux, il s’agit surtout d’une flatterie cynique grâce à laquelle les Occidentaux persuadent les Ukrainiens de lutter jusqu’au dernier, dans le seul but de continuer à utiliser l’Ukraine comme une sorte de polygone militaire permettant de tester, dans des conditions d’attrition bien réelle, l’efficacité de leur matériel et les stratégies de la guerre future. On ne niera pas que des responsables politiques, commandants militaires, experts et fabricants d’armes européens se soient à plusieurs reprises montrés satisfaits, en public ou en privé, de disposer d’un terrain d’expérimentation militaire grandeur nature en Ukraine — car on en apprend davantage sur un canon Caesar et un système HIMARS près de Pokrovsk face à des Russes que dans un exercice de l’OTAN près de Rovaniemi, face à des arbres.

Comme il est de coutume dans ce type de production propagandiste, le texte accumule les citations douteuses ou tronquées, tout en multipliant les marques de mépris à l’égard des Ukrainiens, faisant fi des aspirations d’un peuple à ne pas vivre sous le joug d’un régime sanguinaire.

Cette publication pourrait du même coup signaler un infléchissement de la position russe face à l’ultimatum lancé par Donald Trump à Vladimir Poutine réduisant de 50 jours à seulement 10-12 jours le délai pour conclure un accord de paix avec l’Ukraine, sous peine de graves sanctions économiques et de tarifs douaniers supplémentaires — la Russie ayant été pour le moment épargnée par la guerre commerciale du président, qui a toutefois ciblé l’Ukraine. La récente décision du gouvernement indien, qui a choisi cette semaine d’interrompre les achats de pétrole russe, pourrait effectivement conduire la Fédération de Russie à prendre davantage au sérieux les menaces du président états-unien, dont les tergiversations et rétractations des mois passés avaient entamé la crédibilité.

Les réactions typiquement agressives de l’ancien président russe, Dmitri Medvedev, qui a qualifié l’ultimatum de nouveau « pas vers la guerre… non pas avec l’Ukraine, mais avec l’Amérique elle-même », s’inscrivent, dans un autre registre, dans le même discours anti-occidental d’inspiration karaganovïenne.

Conformément au topos invariable de la propagande russe, les Ukrainiens apparaissent ici comme des pions manipulables et manipulés, menacés d’anéantissement par un Occident indifférent aux crimes de guerre et agressions qui frappent quotidiennement les populations civiles, et dont le seul but consisterait à ôter toute forme d’autonomie et de souveraineté à un pays aux portes de la Russie.

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