Trois femmes qui ont disparu en mars 2024, ainsi que Tetiana Strifanova, enlevée par le FSB en février 2025, sont détenues au secret, sans statut juridique ni inculpation.
La Russie cible de plus en plus les femmes dans le cadre de ses poursuites et « procès » à motivation politique, avec un nombre effrayant de cas de ce type en Crimée occupée qui rappellent davantage des disparitions forcées que des arrestations. Trois femmes – Elvira Aboiazova, Larysa Haidai et Tetiana Pavlenko (Symonenko) – viennent d’être « retrouvées » dans la prison préventive n°2 de Simferopol occupée, 18 mois après avoir été enlevées et avoir disparu. Le Centre de ressources des Tatars de Crimée (CTRC) a maintenant appris qu’une quatrième femme, Tetiana Shtrifanova, qui a disparu le 12 février 2025, est également emprisonnée dans le même SIZO contrôlé par le FSB russe. Rien n’indique que des accusations officielles aient été portées contre l’une de ces femmes, qui sont toutes détenues illégalement au secret et, presque certainement, privées de l’accès à un·e avocat·e indépendant·e. Le FSB russe est connu pour utiliser ces périodes pour tenter d’obtenir des « aveux » par la torture, les menaces et d’autres formes de contrainte.
Le CTRC a appris la disparition de Larysa Haidai le 27 mars 2024 et celle de Tetiana Pavlenko (Symoenko) et Elvira Aboiazova le lendemain, il y a un an. Ce n’est toutefois que le 4 août 2025 que le groupe de défense des droits humains a pu confirmer que les trois femmes étaient emprisonnées au SIZO n°2. Cette information provient clairement des propres sources du CTRC, car il n’y a toujours pas eu de confirmation officielle de la détention de ces femmes, ni des raisons de leur détention. Ces trois femmes sont donc détenues depuis plus de 16 mois sans aucune information sur les charges qui pèsent contre elles et sans savoir si elles bénéficient d’un statut procédural officiel.
Le 8 août, le CTRC a signalé que Tetiana Shtrifanova (née le 28 octobre 1980) de Yevpatoria était également emprisonnée au SIZO n°2. On en sait davantage sur son arrestation par le FSB vers 8 heures du matin le 12 février 2025, car elle a d’abord été arrêtée dans la rue avec sa sœur, Inna Strifanova. Les deux femmes ont été emmenées dans le bâtiment que le FSB utilise comme quartier général dans la ville occupée de Sébastopol. Après avoir été interrogée, Inna Strifanova a été libérée, tandis que Tetiana est restée détenue par le FSB. Bien qu’il soit clair qu’elle ait été arrêtée par le FSB, ce dernier a refusé de fournir des informations sur le lieu où elle se trouvait ou sur son statut juridique. En rapportant la situation, Eskender Bariev, directeur du CTRC, a noté que les forces d’occupation refusaient toutefois d’engager des poursuites pour privation illégale de liberté, affirmant qu’il n’y avait « aucune indication d’un crime ».
Bien que la Russie ait introduit les disparitions forcées en Crimée lors de son invasion en 2014, le nombre d’enlèvements et le niveau d’anarchie manifeste ont fortement augmenté depuis son invasion à grande échelle de l’Ukraine. Le FSB dissimule le sort de plusieurs hommes et femmes enlevées fin 2023 et 2024, ainsi que d’au moins cinq personnes, outre Tetiana Shtrifanova, enlevée en 2025. Si, avant 2022, ce sont principalement des hommes qui étaient visés, un nombre croissant de femmes ont été enlevées et condamnées par la suite à des peines d’emprisonnement horribles pour des accusations fallacieuses. Serhiy Hrishchenkov, spécialiste en informatique âgé de 58 ans, originaire de Sébastopol occupée, est détenu au secret depuis que le FSB a fait irruption dans son appartement le 6 mai 2025 et l’a emmené. La Russie semble avoir l’intention de « juger » l’Ukrainien pour « trahison », mais refuse de fournir toute information sur le lieu où il est détenu. On ignore également où se trouvent Natalia Poliukh (née en 1975) et son mari Oleh Platonov (né en 1963), qui ont été enlevé·es le 9 avril 2025 et dont le jeune fils a été placé en famille d’accueil. Le CTRC a précédemment signalé que Susana Izmailova avait été emmenée le 25 mars 2025 par le FSB, qui a procédé à une perquisition à son domicile dans le village de Sofiivka (région de Simferopol). Tamara Chernukha (née en 1963), ambulancière à Chornomorske, a disparu le 5 février 2025. Le FSB russe et la « police » de Crimée occupée savent clairement où elle se trouve, mais refusent de le dire. Lera Dzhemilova a été arrêtée par le FSB le 21 mai 2024, la Russie prévoyant probablement également de l’accuser de « trahison ». On est sans nouvelles d’Anatoliy Kobzar, 45 ans, depuis le 5 mars 2024, mais il est clair que le FSB est derrière sa disparition.
Le CTRC rapporte qu’au moins 26 femmes originaires de Crimée occupée ou illégalement enlevées et détenues là-bas sont actuellement captives en Russie.
Repris au site Entre les lignes entre les mots :