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Russie

Les directeurs d’agences gouvernementales régionales sont limogés pour avoir échoué à envoyer leurs employés au front

« Ils sont en train d’être sanctionnés. »

13 avril 2026

Dans les régions russes, les dirigeants d’organismes publics et subventionnés commencent à être sanctionnés pour ne pas avoir atteint leurs objectifs de recrutement de volontaires pour la guerre contre l’Ukraine. Comme l’a expliqué à « Gazeta.Ru » un recruteur chargé de recruter des militaires sous contrat pour l’une des entreprises publiques, les directeurs des succursales reçoivent des quotas de la direction (de 10 à 40 personnes par mois) et sont tenus de les respecter sous peine de licenciement. « Périodiquement, les directeurs ou les responsables des services du personnel sont convoqués à une réunion où ils rendent compte des résultats. Les organisations les moins performantes reçoivent une « marque noire ». Trois marques noires entraînent un licenciement automatique. D’abord celui du numéro deux, puis celui du directeur lui-même si le problème n’est pas résolu », a expliqué l’interlocuteur du journal.

D’après lui, les candidats sont recherchés par tous les moyens possibles : services des ressources humaines, sites d’emploi, annonces en ligne et contacts personnels. Dans certains cas, des employés sont envoyés en mission dans d’autres régions pour repérer des soldats contractuels potentiels parmi leurs contacts. Au départ, on leur promettait environ 25 000 roubles par volontaire recruté, mais, selon le recruteur, les intermédiaires gagnent désormais bien plus. Il a également évoqué un marché des intermédiaires florissant, où agences de recrutement et réseaux entiers se font concurrence pour « fournir » des soldats contractuels. Parallèlement, affirme le recruteur, le nombre de personnes prêtes à partir à la guerre diminue : « tous ceux qui voulaient partir sont déjà partis », et une part importante de ceux qui restent échouent à l’examen médical.

Parmi les régions russes, les autorités de la région de Riazan ont été les premières à imposer publiquement aux entreprises et aux administrations locales le recrutement de soldats sous contrat. Selon un décret du gouverneur Pavel Malkov, les entreprises de 150 à 300 employés doivent envoyer deux personnes au front, celles de 300 à 500 employés doivent en envoyer trois, et celles de 500 employés ou plus, cinq. Cette obligation est en vigueur du 20 mars au 20 septembre 2026.

Le recours à l’enrôlement forcé est motivé par une pénurie croissante de volontaires. Selon des sources de Bloomberg ayant eu accès aux données des services de renseignement occidentaux, en 2026, l’afflux de soldats contractuels ne compensait plus les pertes au front : en janvier, on a dénombré 9 000 recrues de moins que de morts et de blessés. En décembre, Michael Kofman, chercheur principal à la Fondation Carnegie, estimait les pertes mensuelles irremplaçables de la Russie à 25 000 hommes, et le rythme de recrutement à 30 000-35 000 soldats contractuels par mois, ce qui l’empêchait de constituer des forces suffisantes pour une offensive.

https://ru.themoscowtimes.com/2026/04/13/poluchayut-chernuyu-metku-rukovoditelei-gosstruktur-vregionah-nachali-uvolnyat-zaproval-plana-pootpravke-sotrudnikov-navoinu-a192506