7 mai 2026
L’administration présidentielle a commencé à élaborer une stratégie pour présenter aux Russes une éventuelle fin de la guerre avec l’Ukraine comme une « victoire », écrit le Dossier Center. Il s’agit notamment de mettre au point un ensemble d’arguments de propagande destinés à justifier la signature d’un accord de paix, malgré les pertes considérables et l’absence de résultats significatifs après plus de quatre années de combats.
À la fin de l’hiver, les subordonnés du premier chef d’état-major adjoint, Sergueï Kirienko, ont assisté à une présentation dont le message était : « Il faut savoir s’arrêter. » Ce document indiquait que la poursuite de l’opération « SVO » nécessiterait une mobilisation générale et un passage immédiat à un état de guerre, ce qui entraînerait un épuisement des ressources, une hausse des impôts, un déclin de l’activité économique, une augmentation des attaques de drones et une aggravation de la crise démographique.
Selon une source de Dossier proche de l’administration présidentielle, le Kremlin est très préoccupé par la situation sur le front et dans l’économie, c’est pourquoi les responsables du bloc politique ont reçu pour mission de « préparer le cadre médiatique d’une éventuelle fin de la guerre ».
À cette fin, les autorités souhaitent modifier l’interprétation des objectifs de l’« Organisation de volontaires soviétiques » (SVO). L’accent est mis sur le Donbass, dont la Russie réclame depuis longtemps, sans succès, la reddition à l’Ukraine. Le contrôle de cette région, ainsi que de la majeure partie des régions de Zaporijia et de Kherson, devrait devenir l’argument principal auprès de la population, remplaçant les revendications antérieures de prise de Kiev et de changement de gouvernement dans le pays voisin. Le simple fait d’une action militaire et la mort de soldats ukrainiens seraient présentés comme une « dénazification », tandis que l’idée de s’emparer de la capitale serait déclarée n’avoir jamais fait partie des véritables plans du Kremlin.
Les auteurs de la présentation reconnaissent que la fin de la guerre sans victoire décisive pourrait irriter le pays, notamment les citoyens radicalisés. Le Kremlin considère les blogueurs et les « patriotes de salon » obsédés par la prise de Kiev comme particulièrement problématiques.
Pour neutraliser ce groupe, l’administration présidentielle propose d’organiser une « rééducation émotionnelle » à leur intention. Il est prévu d’amener progressivement les blogueurs fidèles à l’idée de la fin de la guerre, tandis que ceux qui resteront réfractaires seront écartés de la sphère publique, qualifiés de « patriotes », marginalisés et intimidés par des accusations de « discrédit » envers l’armée.
Une section distincte est consacrée aux « anciens combattants du district militaire central ». L’administration présidentielle estime qu’ils ont le droit d’exprimer leur mécontentement et propose de réorienter leur attention vers d’autres projets, allant de la reconstruction des territoires occupés au service dans l’Afrika Korps.
Selon ce plan, les médias mettront en avant des histoires de « réinsertion réussie » d’anciens militaires : comment des « héros du district militaire soviétique » créent des entreprises, achètent des maisons, s’inscrivent à l’université et deviennent des « membres respectés de la société ». Parallèlement, des exemples négatifs seront également présentés : ceux qui se sont tués à la tâche à cause de l’alcool, se sont suicidés ou ont fini en prison après leur retour du front.
Pour le reste de la population, lasse de la guerre, de la dégradation de l’économie et des restrictions, le Kremlin souhaite instaurer un sentiment de « normalisation » progressive. Concrètement, il propose d’organiser des tables rondes sur l’avenir du pays après la « victoire » et de mieux faire connaître les succès des entreprises russes malgré les sanctions. Par ailleurs, l’administration présidentielle prévoit un « dégel contrôlé » de la culture : un assouplissement de la censure dans le cinéma et la littérature, et la réintroduction de l’humour politique à la télévision. Cependant, la présentation ne fait aucune mention de la levée du blocage d’Internet.
Comme le souligne ce Dossier, il est difficile de savoir si le président Vladimir Poutine soutiendra ce scénario. Toutefois, la préparation même de tels documents témoigne de la volonté croissante du Kremlin de mettre fin à la guerre, face à l’aggravation des difficultés économiques, à la lassitude de la population et à l’impossibilité de poursuivre le conflit sans une mobilisation massive.