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Russie, Ukraine

Le « Ruban jaune » dénonce des « patrouilles médiatiques » russes sur les territoires occupés

15 mai 2026

Moscou met en place des « patrouilles médiatiques » d’élèves pour traquer les publications pro-ukrainiennes sur les réseaux sociaux dans les zones occupées. Le mouvement « Ruban jaune » dénonce un système de délation numérique inspiré de l’époque stalinienne.

Selon les informations fournies par « Ruban jaune » un mouvement de résistance actif dans les territoires occupés, le gouvernement de la Fédération de Russie a approuvé un plan visant à créer des « cyber-milices ». La mission principale de ces «patrouilles en ligne» sera de surveiller les réseaux sociaux des jeunes.

« Ces nouvelles structures seront composées d’élèves issus de collèges et d’écoles techniques. Ils assureront un suivi régulier des pages des élèves et des jeunes sur les réseaux sociaux ». L’objectif de cette analyse est de repérer ce que l’on appelle les « contenus destructeurs ».

Le projet s’inscrit dans une perspective à long terme : il est prévu de l’étendre avec un plan de développement allant jusqu’en 2030. Comme le soulignent les représentants du mouvement de résistance « Ruban jaune », cette initiative rétablit en réalité le système de délation qui avait prospéré sous Staline, et l’enrichit d’outils de surveillance numérique.

Les stratégies visant à instaurer un contrôle total sur la population dans les territoires ukrainiens temporairement occupés ont commencé à être mises en œuvre dès les premiers jours de l’arrivée des envahisseurs sur le sol ukrainien, en 2014. Selon de nombreux témoignages, dès les premiers jours de l’occupation, les Russes recherchent les personnes qui affichent clairement une position pro-ukrainienne. Ils s’intéressent à celles dont des proches ont servi ou servent dans l’armée ukrainienne, ainsi qu’à celles qui promeuvent la langue et la culture ukrainiennes.

En particulier, Sevil Velieva, militante du mouvement « Ruban jaune », a été arrêtée en 2024 pour avoir pris des photos de symboles ukrainiens dans la ville occupée de Melitopol : les services secrets russes ont pu la localiser en déterminant la géolocalisation des clichés et en visionnant les enregistrements des caméras de surveillance. L’écrivain ukrainien pour enfants Volodymyr Vakulenko a été torturé et par les occupants à Izium, simplement pour avoir fait du bénévolat en faveur de l’armée ukrainienne.

Il y a quelques semaines, le mouvement « Ruban jaune » s’est retrouvé au cœur d’un scandale médiatique. Le Kyiv Independent a publié une enquête sur les activités des mouvements de résistance dans les territoires occupés : « Ruban jaune » et « Zla Mavka »(Méchante sorcière). Ces révélations ont suscité un vif débat sur les réseaux sociaux, portant notamment sur la sécurité de ce type d’actions de protestation sous l’occupation, la responsabilité des donateurs et des sous-traitants, ainsi que le travail des journalistes.

Selon une enquête de Kyiv Independent, le mouvement de résistance « Ruban jaune » et le mouvement de guérilla féminin « Zla Mavka » bénéficient du soutien de la société britannique IN2, basée à Dubaï. De son côté, IN2 a bénéficié d’un financement de la part des gouvernements britannique et canadien. Les auteurs ont conclu que les militants avaient été encouragés à manifester leur résistance, sans tenir compte des avertissements concernant les dangers encourus.

La société IN2 a souligné qu’elle « rejette catégoriquement toute affirmation selon laquelle les activités du programme auraient pu entraîner l’arrestation, la torture ou la mort de militants du mouvement « Ruban jaune ».

La chercheuse ukrainienne Hanna Shelest, directrice des programmes de sécurité du Conseil de politique étrangère « Prisme ukrainien » et présidente du conseil de surveillance de l’Institut ukrainien, elle aussi, a vivement critiqué l’article de Kyiv Independent. Depuis 2022, elle a apporté son aide au mouvement « Ruban jaune » – en mobilisant des ressources, une expertise et des financements –, mais elle affirme n’avoir exercé aucune influence sur les activités opérationnelles et n’avoir eu aucun contact direct avec les militants.

Selon elle, cet article s’appuie sur des sources douteuses, contient des informations déformées concernant le financement, des insinuations infondées quant à une implication dans la mort ou la torture de militants, ainsi que des manipulations concernant certains cas particuliers. Elle souligne également que les membres du mouvement de résistance agissent de leur plein gré et « peuvent décider eux-mêmes s’ils souhaitent ou non rejoindre le mouvement de résistance ».

En revanche, Andriy Dikhtyarenko, rédacteur en chef du journal « Realna Gazeta », qui traite des problèmes liés à l’occupation, est convaincu que les actions de résistance civile menées dans les territoires occupés revêtent une importance particulière pour les Ukrainiens qui y vivent, car elles les aident à préserver leur identité, leur dignité et leur sentiment d’appartenance à l’Ukraine. M. Dikhtyarenko a lui-même participé aux manifestations à Louhansk en 2014.

Tout de même, le mouvement de résistance sur les territoires occupés « Ruban jaune » reste actif. Il recueille des témoignages sur les mesures coercitives prises par les occupants à l’encontre de la population civile, rend compte des modifications apportées par les envahisseurs aux programmes scolaires et explique aux habitants de ces régions comment leurs enfants peuvent s’inscrire en toute sécurité dans les universités ukrainiennes.

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