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Russie

L’escalier vers l’enfer. Vladimir Pastoukhov : Ces gars-là ne parlent ni des «nazis ukrainiens », ni de la « mission de libération » du peuple russe

Mise à jour : 16-05-2026

J’ai toujours été fasciné par la formule des Strougatski tirée de leur roman « Difficile d’être un dieu », selon laquelle après les « gris » viennent toujours les « noirs ».

Intuitivement, tout en comprenant la justesse profonde des Strougatski, j’avais du mal à lui trouver une application « sur le moment » par rapport aux réalités russes. En observant le paysage qui m’entourait, je me posais sans cesse la question : mais où donc pourrait-il faire plus noir ? Et ce n’est qu’après coup que je comprenais que c’était encore une « période grise ».

En conséquence, j’avais beaucoup de mal à croire que l’environnement Z créé par Kirienko, dont nous avons dû observer l’essor fulgurant, la stagnation et, enfin, le fiasco total pendant quatre longues années de guerre, n’était qu’un paysage politique gris. Il s’est toutefois avéré que tout ce que nous avions vu n’était en réalité que les cinquante nuances de gris des stratégies politiques de l’administration présidentielle.

C’est ainsi que l’on s’amusait au Kremlin, et le véritable « stand-up noir » du régime ne nous attend apparemment vraiment que plus tard. Enfin, bien sûr, à moins que le théâtre ne fasse faillite pour des raisons indépendantes de sa volonté avant d’avoir monté son concert de gala final.

La publication de la BBC sur le financement, par des oligarques « proches du Kremlin », des activités de la soi-disant « communauté russe », avec le soutien méthodologique d’un consultant politique attitré, jette un certain éclairage sur une nouvelle noirceur russe à l’horizon. Il ne s’agit bien sûr pour l’instant que d’une ligne pointillée, mais elle est tracée dans une direction bien précise.

… Je me permets une petite digression. Quel abîme sépare le niveau de l’« expertise » du Kremlin d’hier et d’aujourd’hui : là où l’on voyait autrefois Pavlovski, on trouve désormais les Mikheev (des Mickey?). En vérité, dis-moi qui est ton conseiller, et je te dirai où se trouve ton fond…

Pour en revenir à la publication de la BBC, je remarquerai que le lien entre l’AP et les « communautés russes », qui était auparavant évident mais non prouvé, est un fait essentiel mettant en lumière une très forte tendance à une dérive contrôlée vers une sorte de version locale du nazisme.

Les « communautés russes » ne sont pas de simples stratagèmes politiques comme les « zetniki », mais un véritable mouvement, même s’il émane des couches les plus sombres et les plus ignobles de la société russe, qui alimentent depuis des siècles le mouvement noir russe. Le problème avec ce contingent, c’est qu’il est encore plus difficile de le « faire naître à nouveau » que les « zetniki ». Pour se débarrasser des SA de Röhm, Hitler a dû s’appuyer sur les SS. Ces types ne parlent pas d’« ukranacistes » ni de « mission libératrice » du peuple russe. Ils parlent de « pureté du sang » et d’« ennemis parmi nous ».

Ainsi, la prochaine étape du régime, s’il continue sur cette voie, mènera à la guerre civile, à la révolution culturelle et aux pogroms. Non pas parce que quelqu’un le souhaite, mais parce que c’est là où mène la logique interne de son évolution politique interne. Si tu montes systématiquement un escalier qui descend, tu finiras tôt ou tard en enfer…

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