16 octobre
Commentaire de Karel :
Sur la proportionnalité au recours à la force contre les étudiants par la police, à Tirana, la capitale albanaise.
À Tirana, la capitale albanaise, la police a interpellé 55 personnes, dont deux mineurs, à la suite d’affrontements massifs survenus lors de manifestations antigouvernementales le 14 octobre. Des poursuites pénales ont été engagées contre 98 autres participants. Selon la police, 51 agents ont été blessés.
Les manifestations étudiantes ont débuté le mardi 13 octobre. Les organisateurs dénoncent les frais de scolarité élevés, les mauvaises conditions universitaires, la corruption et le manque de perspectives d’emploi. Les manifestants exigent la démission du gouvernement du Premier ministre Edi Rama, rapporte Radio Free Europe/Radio Liberty.
Le 14 octobre, des dizaines de milliers de manifestants ont défilé dans les rues de Tirana. Des affrontements ont éclaté près du ministère de l’Éducation, où les manifestants ont lancé des pierres, des projectiles métalliques, des feux d’artifice et des cocktails Molotov sur les forces de l’ordre. La police a riposté avec des canons à eau et des gaz lacrymogènes.
Lors des troubles, des bâtiments abritant les ministères de l’Éducation et de la Justice, le Parlement, des banques et des entreprises ont été endommagés. Des manifestants ont incendié plusieurs bâtiments, dont une agence de la banque Raiffeisen et les bureaux du Collège d’Europe, une initiative conjointe de l’Albanie et de l’Union européenne.
Vingt-trois policiers, cinq manifestants et un passant ont été conduits à l’hôpital universitaire Mère Teresa à la suite des affrontements.
Les manifestants exigent la démission du gouvernement.
Les organisateurs affirment ne plus se limiter aux revendications de réforme de l’éducation. La militante Arvina Lleshi a déclaré à Radio Free Europe que l’objectif principal du mouvement est la démission du gouvernement d’Edi Rama.
Ces manifestations s’inscrivent dans le cadre du mouvement antigouvernemental plus large « Révolution des Flamants roses », né en mai dernier suite à un projet de construction d’un complexe touristique haut de gamme dans la zone côtière protégée de Zvernets. Par la suite, les participants au mouvement ont commencé à protester contre la corruption, les inégalités économiques et les politiques gouvernementales.
Le Premier ministre Edi Rama a écarté toute possibilité de démission. Dans une déclaration à Reuters, il a affirmé qu’il ne permettrait pas que la violence entrave l’adhésion de l’Albanie à l’Union européenne. Rama a par la suite accusé l’opposition d’avoir orchestré les troubles.
La délégation de l’UE en Albanie a condamné les violences et les destructions de biens publics et privés.
La police est accusée d’avoir fait usage d’une force excessive.
Suite aux affrontements du 13 octobre, les autorités ont ouvert une enquête sur les agissements de la police. Cette enquête a été déclenchée par la diffusion d’une vidéo montrant un manifestant de 19 ans avec une jambe cassée. Les circonstances de sa blessure restent à déterminer.
Quatre policiers et le chef d’un commissariat de Tirana ont été suspendus de leurs fonctions. Le médiateur albanais a également ouvert une enquête sur la proportionnalité du recours à la force.
Les manifestations se poursuivent le 15 octobre. Les participants défilent dans la capitale et appellent les étudiants d’autres villes à rejoindre le mouvement. Des images d’agences de presse montrent certains manifestants forçant des barrages routiers lors de leur marche.