La voix de l'opposition russe et de la résistance ukrainienne

Russie

Roskomnadzor a commencé à exiger des opérateurs de télécommunications les adresses IP des Russes afin de bloquer les VPN

26 mai 2026

L’agence de surveillance des télécommunications (Roskomnadzor) a exigé de plus de 1 300 opérateurs de télécommunications qu’ils lui fournissent les adresses IP de leurs abonnés, a-t- elle indiqué au journal Izvestia.

Ces demandes, envoyées en mars, ont déjà valu des amendes à 85 entreprises de télécommunications au 21 mai pour non-respect de leur obligation de communication. Roskomnadzor a souligné que, conformément à la loi sur les communications, les entreprises sont tenues de fournir les adresses IP. Cette obligation est nécessaire « pour lutter contre les menaces pesant sur la sécurité du segment russe d’Internet » et se prémunir contre les attaques, a précisé l’agence.

La surveillance des adresses IP permet d’identifier et de localiser les sources de trafic malveillant et de prévenir le spam, selon Denis Kuskov, PDG de TelecomDaily. De plus, ces données permettent de déterminer si un utilisateur utilise un VPN, a ajouté une source proche d’un opérateur. Les opérateurs sont également tenus de communiquer à Roskomnadzor les données relatives aux utilisateurs dont les adresses IP sont allouées à l’utilisation simultanée des protocoles IPv4 et IPv6 et qui utilisent des services payants de contournement des blocages, a indiqué Leonid Konik, associé chez ComNews Research.

Le non-respect des exigences de Roskomnadzor peut constituer plusieurs infractions administratives, explique Yaroslav Shitzle, représentant du cabinet d’avocats Rustam Kurmaev & Partners. L’amende pour un premier manquement à l’obligation de fournir des informations peut atteindre 500 000 roubles, et en cas de récidive, la sanction s’élève à 1 million de roubles.

Par ailleurs, selon Konik, l’équipement spécialisé nécessaire pour notifier rapidement les changements d’adresse IP est très coûteux. Une source d’Izvestia, spécialiste du marché des télécommunications, a ajouté que, pour répondre à ces exigences, cette charge de travail représente un coût particulièrement important pour les petits opérateurs.

Pour les abonnés disposant d’une adresse IP dynamique, ce qui représente la grande majorité, les changements d’adresse IP sont monnaie courante, explique Oleg Yablokov, expert en communications sans fil chez NTI. « D’après une étude sectorielle, entre 25 % et près de 60 % des adresses IP modifient régulièrement leurs paramètres clés, ce qui les rend instables à tout moment. Un grand opérateur national peut ainsi enregistrer des centaines de milliers de changements de ce type par jour », précise-t-il.

La collecte d’un ensemble de données aussi volumineux et évoluant aussi rapidement entraînera des coûts supplémentaires pour les opérateurs, une hausse des tarifs et la création d’une nouvelle faille de sécurité, explique Konik. En cas de fuite de la base de données d’adresses IP, les conséquences pourraient être graves, a-t-il averti.

Les autorités russes ont intensifié leur répression contre les services VPN, dans un contexte de blocage des services étrangers et des deux applications de messagerie les plus populaires en Russie, WhatsApp et Telegram. Fin mars, le ministre du Développement numérique, Maksut Shadayev, a annoncé que son ministère avait pour mission de réduire l’utilisation des VPN dans le pays. Le ministère a également exigé des opérateurs qu’ils n’étendent pas leurs canaux de communication à l’Europe afin de limiter le trafic international, qu’ils instaurent une taxe pour le trafic international dépassant 15 Go et qu’ils empêchent les utilisateurs de VPN d’accéder aux sites web russes. Selon des sources de Forbes, Vladimir Poutine  aurait exigé des restrictions sur l’utilisation des VPN en Russie  dans un « ordre confidentiel ». Le Kremlin a nié avoir connaissance d’un tel document.

https://ru.themoscowtimes.com/2026/05/26/roskomnadzor-nachal-trebovat-u-operatorov-svyazi-ip-adresa-rossiyan-dlya-blokirovok-vpn-a196222