29 juin 2026
Se retrouvant, pour l’instant au sens figuré, pris entre deux feux dans le conflit entre deux voisins rivaux, le dirigeant biélorusse Alexandre Loukachenko s’est rendu en urgence à Pékin pour obtenir du soutien. Sur place, le président chinois Xi Jinping l’a assuré du soutien de la Chine à la Biélorussie dans la préservation de sa souveraineté nationale, de son indépendance et de son intégrité territoriale, a rapporté lundi le ministère chinois des Affaires étrangères ( cité par Reuters).
La visite à Pékin est intervenue après que Loukachenko, à la demande de Volodymyr Zelensky, a été contraint de désactiver les systèmes de relais installés au Bélarus, qui permettaient à l’armée russe de tirer des drones sur l’Ukraine. Après avoir déclaré avoir rencontré les représentants de Zelensky à Minsk et s’être entendu avec eux sur le fait que le Bélarus ne devait pas être entraîné dans le conflit, Loukachenko s’est ensuite rendu à Moscou pour une rencontre avec Poutine. Selon certaines sources, ils devaient aborder les questions clés de la coopération bélarusse-russe, ainsi que la situation régionale et internationale.
« Il semble clair ce qui est arrivé à Loukachenko », écrit Tatiana Rybakova, chroniqueuse au Moscow Times. « Après avoir passé deux jours à écouter [Poutine] vanter ses victoires et brandir des menaces contre la neutralité, il s’est rendu chez Xi pour se plaindre et demander sa protection. Heureusement, les Chinois ont leurs propres intérêts en Biélorussie. »
À Pékin, Loukachenko a déclaré que les relations entre la Chine et le Bélarus atteignaient un « sommet historique ». Xi, de son côté, a souligné que la Chine et le Bélarus « devraient maintenir leur coordination stratégique, promouvoir le développement continu de relations bilatérales de haut niveau et apporter des avantages encore plus importants aux peuples de leurs pays ».
Loukachenko a annoncé la fermeture des réseaux de relais après que Zelensky lui ait donné une semaine pour le faire. « Sinon, nous le ferons », a ajouté le président ukrainien. Loukachenko a également demandé à l’ambassadeur de Russie à Minsk, Boris Gryzlov, de ne pas entraîner le Bélarus dans le conflit. Or, c’est Gryzlov qui, ces derniers mois, a transmis aux dirigeants bélarusses les exigences de Moscou : fournir à l’armée russe une base arrière pour une attaque contre l’Ukraine par le nord ou pour des opérations contre les pays de l’OTAN, selon le Wall Street Journal, qui cite d’anciens et actuels responsables russes et européens.
En annonçant sa rencontre avec les représentants de Zelensky la semaine dernière, Loukachenko a créé un contexte dans lequel sa décision de couper les émetteurs apparaissait moins comme le résultat de pressions de Zelensky que comme sa propre démarche – et logique – pour mettre en œuvre la stratégie qu’il a choisie afin d’empêcher le Bélarus d’être entraîné dans la guerre, selon le politologue Abbas Gallyamov : « Puisque nous avons décidé de ne pas combattre, alors nous ne combattrons pas. »
« Les critiques adressées à Gryzlov constituent assurément une mesure radicale et très désagréable pour la Russie : il semble qu’elle ne puisse pas gérer seule la situation en Ukraine et qu’elle cherche des alliés, mais ces derniers refusent, soit parce qu’ils sont de mauvais alliés, soit parce que la guerre est véritablement inutile », note Gallyamov. Il ajoute :
Loukachenko est considéré comme un excellent indicateur de la conjoncture, capable de percevoir les changements de cap plus rapidement que la plupart. Ses actions récentes démontrent à quel point les perspectives de la Russie sont désormais moins prometteuses.