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Pologne, Ukraine

« Ukraine Recovery Conference » en Pologne : la reconstruction des médias ukrainiens enfin à l’agenda principal de la conférence

Longtemps absente des discussions sur la reconstruction de l’Ukraine, la question des médias a enfin été intégrée à l’agenda principal de la Conférence sur la reconstruction de l’Ukraine – Ukraine Recovery Conference (URC) –, organisée à Gdansk, en Pologne, les 25 et 26 juin. Invitée à intervenir lors d’un débat sur la reconstruction face à la désinformation russe et organisatrice d’une table ronde sur le rôle du journalisme dans ce processus, Reporters sans frontières (RSF) salue la reconnaissance du journalisme indépendant comme un acteur clef de l’avenir de l’Ukraine. Il doit bénéficier d’un soutien financier durable.

La reconstruction des médias fait son entrée à l’agenda principal de l’URC, la conférence internationale annuelle réunissant gouvernements, institutions financières internationales, entreprises, collectivités locales et organisations de la société civile afin de coordonner le soutien à la reconstruction de l’Ukraine. Pour la première fois depuis son lancement en 2022, après l’invasion russe à grande échelle, l’événement, organisé cette année par l’Ukraine et la Pologne, a accueilli deux discussions consacrées au rôle du journalisme dans la reconstruction du pays.

La première, « Reconstruction sous pression : préserver la confiance, les médias et la transparence face à la guerre cognitive russe », a porté sur les enjeux de désinformation russe et la réponse de la presse indépendante. Elle a notamment réuni, aux côtés de RSF, plusieurs responsables politiques dont la vice-Première ministre et ministre ukrainienne de la Culture, Tetyana Berezhna, et la députée à la tête de la commission parlementaire ukrainienne sur les crimes russes commis contre les médias en Ukraine, Yevheniia Kravchuk, ainsi que la commissaire européenne chargée de l’Innovation, de la Recherche et des Startups Ekaterina Zaharieva, illustrant la reconnaissance de cet enjeu.

Cette séquence a été suivie par une seconde table ronde organisée par RSF avec ses partenaires ukrainiens – l’Institute of Mass Information (IMI), Recovery Window et DII-Ukraine – consacrée aux défis des médias ukrainiens après plus de quatre ans de guerre totale russe. En présence notamment de représentants de l’UNESCO, du ministère ukrainien de la Culture, ainsi que de Taavi Linnamäe, représentant d’EstDev, l’agence gouvernementale de coopération et humanitaire d’Estonie, qui accueillera la prochaine Ukraine Recovery Conference en 2027 –, elle a replacé le journalisme indépendant au cœur des enjeux de transparence, de redevabilité et d’intégration de l’Ukraine à l’Union européenne (UE). Sans médias indépendants, nationaux comme locaux, il ne peut y avoir ni suivi indépendant de la reconstruction, ni contrôle de l’action publique, ni documentation des crimes de guerre russes.

« Aux côtés de ses partenaires ukrainiens et internationaux, RSF plaide depuis plusieurs années pour que les médias ukrainiens soient pleinement intégrés à l’agenda de la reconstruction du pays. À Gdansk, en Pologne, une étape importante a été franchie : pour la première fois, cette question figure à deux reprises à l’agenda principal de l’URC, avec la présence de représentants politiques et des médias de premier plan. La prise de conscience est là et il faut continuer. Pour garantir la résilience et la réforme du secteur, un engagement financier durable de la communauté internationale et des autorités ukrainiennes est indispensable. L’International Fund for the Reconstruction of Ukrainian Media (IFRUM) est autant un outil au service de cette nécessité qu’une plateforme de plaidoyer commune qui permet de parler d’une même voix, comme démontré à Gdansk ».

Thibaut Bruttin

Directeur général de RSF

Des besoins considérables

Cette reconnaissance intervient alors que le paysage médiatique du pays traverse une crise sans précédent. Selon l’organisation ukrainienne partenaire de RSF, l’IMI, au moins 337 médias ont cessé leurs activités depuis 2022. Ils font face à des bombardements quotidiens, à des campagnes de désinformation du Kremlin et leurs besoins économiques sont considérables. Une étude menée par RSF et le think tank spécialisé sur les médias The Fix en 2024 les estimait à 96 millions de dollars sur trois ans, avant même l’arrêt de l’aide internationale états-unienne en janvier 2025 qui a encore davantage fragilisé le secteur.

Pour répondre à ces défis, RSF et huit médias et organisations ukrainiennes – l’IMI, le Lviv Media Forum (LMF), la Media Development Foundation (MDF), DII-Ukraine, Recovery Window, Detector Media, l’Association of Independent Regional Press Publishers of Ukraine (AIRPPU) et Suspilne – ont lancé l’International Fund for the Reconstruction of Ukrainian Media (IFRUM). Il vise à trouver des stratégies de financement innovantes pour le secteur. En 2026, 22 médias ukrainiens ont bénéficié d’un financement via un premier soutien donné par RSF par la délégation de l’UE.

L’Ukraine occupe la 55e place dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2026.

Transmis par Entre les lignes entre les mots

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