Campagne pour la libération d’Azat Miftakhov
20 septembre 2026
Emprisonné en Russie depuis 2019, le mathématicien Azat Miftakhov est parvenu à résoudre une conjecture complexe depuis sa prison. Celle-ci est publiée par la « Revue de la filière mathématiques », un journal français
C’est un exploit intellectuel accompli dans l’isolement d’une prison russe. Le chercheur de 33 ans Azat Miftakhov, emprisonné depuis 2019 sur des « accusations largement perçues comme motivées par des considérations politiques » selon Amnesty International, a vu ses récents travaux publiés dans une revue française spécialisée, a indiqué jeudi son rédacteur en chef.
L’histoire débute fin 2025 grâce à un réseau de correspondance orchestré par l’association Solidarité FreeAzat. Bernard Randé, mathématicien et rédacteur en chef de la Revue de la filière mathématiques (RMS), soumet au détenu une « question ouverte », à savoir un problème mathématique jusqu’alors non résolu.

Azat Miftakhov, emprisonné depuis 2019 en Russie, voit son travail sur un problème mathématique publié par une revue française spécialisée.
Une lettre passée entre les mailles de la censure
L’envoi de la formule vers la prison relevait du défi. « Nous autres, mathématiciens, utilisons des symboles » cabalistiques » qui peuvent être interprétés comme chiffrés et les autorités pénitentiaires sont généralement attentives à ce genre de choses, mais la censure de la prison a laissé passer la lettre », a expliqué Bernard Randé.
Rédigée en russe, la résolution du problème est parvenue à la rédaction en mars dernier. Dans sa réponse, le scientifique confie toute son émotion. « Il écrit qu’il a été tellement heureux de pouvoir chercher dans sa prison et que son moral est au plus haut », rapporte Bernard Randé. Et ce, car la résolution de ce problème lui a « montré qu’il n’avait pas été entièrement détruit intellectuellement » et qu’« il voyait qu’on se souciait de lui » en sa qualité de chercheur. Cette performance s’est accomplie dans un dénuement matériel. En détention, « il n’a pas de revue, pas de table, pas de chaise, il doit travailler par terre avec du papier et un crayon », précise le rédacteur en chef.
Une alerte sur sa détention
Traduit puis relu par ses pairs, le travail d’Azat Miftakhov, intitulé « La conjecture de Chui dans un cadre hilbertien », a été officiellement publié dans le numéro de juillet de la revue RMS. La rédaction y a adossé un avertissement contextualisant les « circonstances particulières » dans lesquelles la démonstration a vu le jour.
La situation du chercheur s’est encore dégradée au printemps, lors de son transfert vers une colonie pénitentiaire située près du cercle polaire. Selon Amnesty International et l’ONG Memorial France, il y « aurait été torturé, notamment roué de coups, soumis à des décharges électriques et menacé de viol ».