23 octobre 2026
Ancien dissident soviétique et historien, Alexandre Skobov, 68 ans, condamné en mars 2025 à seize ans de réclusion pour ses prises de position politiques, est aujourd’hui incarcéré à la prison de haute sécurité d’Elets (région de Lipetsk). Informé de l’actualité essentiellement par les lettres de ses amis, privé d’Internet, Skobov continue pourtant à intervenir dans les débats politiques en appelant les pays européens à opposer une résistance militaire résolue à la Russie. Desk Russie, qui a déjà publié ses lettres et ses articles, présente sa nouvelle lettre.
Malgré les conditions de détention et les sanctions disciplinaires répétées, Skobov, souffrant de multiples maladies chroniques, ne perd rien de sa combativité ni de son humour. Le 13 août, il a été placé pour 10 jours au mitard sur la base d’un rapport mensonger. Le 28 août, la justice russe lui a infligé une amende pour « exhibition de symboles interdits », car, devant sept membres du personnel pénitentiaire, il a lancé : « Gloire à l’Ukraine, gloire aux héros ! » Les gardiens ont affirmé l’avoir averti à onze reprises du caractère « terroriste » de ces paroles. Skobov a assuré qu’il continuerait à les prononcer. Membre du Conseil du Forum de la Russie libre, fondé en 2016 par Garry Kasparov, Skobov appartient à cette minorité de l’opposition russe qui se revendique du « parti de la victoire de l’Ukraine ». Derrière les barreaux, il continue de défendre cette ligne sans la moindre concession.
Dans un appel adressé le 11 octobre au peuple américain et au Congrès des États-Unis, le Forum a dénoncé l’accord annoncé entre Donald Trump et Vladimir Poutine sur les livraisons de diesel russe, qui affaiblit de facto les sanctions américaines et européennes. Selon les auteurs de cet appel, l’accord procurerait au Kremlin de nouvelles ressources pour financer sa guerre contre l’Ukraine et menacerait également la sécurité des États-Unis. Ils exhortent le Congrès à empêcher tout allègement des sanctions et à renforcer la pression économique sur Moscou.
De son côté, Alexandre Skobov s’oppose tout aussi fermement à une éventuelle levée des sanctions en échange de la libération de prisonniers politiques russes.
Lettre d’Alexandre Skobov du 4 octobre 2026, depuis sa prison
« Je suis parfaitement conscient que, si la perspective d’un accord avantageux pour ces vampires se profile, prévoyant la levée ne serait-ce que d’une partie des sanctions américaines, ils pourront tranquillement faire fi de toutes les formalités “juridiques”. On ne nous demandera tout simplement pas notre “consentement librement donné”. On nous embarquera dans un avion, et voilà tout. Cela s’est déjà produit, et plus d’une fois. Mais je veux au moins que ma position soit clairement consignée.
Je suis catégoriquement opposé à tout accord qui impliquerait un quelconque assouplissement des sanctions avant le “gel” complet des opérations militaires. Et je ne donnerai pas mon consentement à devenir une monnaie d’échange dans une telle transaction. Il ne s’agit pas de prendre des postures symboliques de “belles âmes” soucieuses de leur pureté morale. Les sanctions ont un impact réel sur la situation au front. Les assouplir, c’est apporter une aide directe à l’agresseur. La résistance à cet agresseur doit primer sur la libération des prisonniers politiques.
Personne n’a le droit d’exiger quoi que ce soit des otages. Je ne condamne pas ceux qui sont prêts à accepter de devenir une monnaie d’échange dans cette transaction. En revanche, je condamne ceux qui chercheront à pousser les otages à donner leur consentement. Et moi, je ne suis pas un otage. Je suis un acteur à part entière, autonome et toujours capable d’agir. Je suis allé volontairement en prison pour peser sur la situation en faveur de la victime de l’agression, et non l’inverse.
J’espère néanmoins très sincèrement qu’on ne laissera tout simplement pas Trump mener à bien cette transaction indigne. Après tout, les Midterms [élections au Congrès et en partie au Sénat, NDLR] approchent à grands pas. Mais si jamais cette affaire devait connaître des développements concrets, je ne veux pas que mon nom figure sur les listes de personnes concernées par les négociations. Je veux que ma position soit portée à la connaissance de la partie américaine. Et, bien entendu, à celle de l’auteur de cette initiative, le lauréat du prix Nobel [Dmitri Mouratov, NDLR].
C’est déjà la deuxième fois qu’il me déçoit profondément. La première, c’était en août 2024, quand il a cosigné une “lettre des quatre” adressée aux prisonniers politiques [leur proposant de déposer des demandes de grâce, NDLR]. »
Traduit du russe par Desk Russie