La voix de l'opposition russe et de la résistance ukrainienne

France, Israël, Russie

Le suicide du mouvement de gauche. Il n’y a aucune différence entre justifier le Hamas et justifier la « Grande Terreur »

Commentaire de Jean Pierre :

Lors de sa première lecture, ce texte de V. Pastukhov m’a laissé perplexe. Aurait-il sa place dans notre publication Samizdat2.org? tant il est volontairement sans nuance pour le spectre « de gauche .» . Mais quoi? Pour les Russes comme pour les Ukrainiens, Juifs ou non, faudrait-il déjà oublier  la « Grande Terreur » stalinienne, Khatyn et Babi Yar pour dire à quel registre noir appartiennent les attaques terroristes du 7 octobre 2023? Pastukhov prend le risque de nous le rappeler.

Ajout de Robert :

On peut sans doute en tant que militants français être choqués par la phrase : « Dans ce cas, il ne reste plus qu’à espérer que la « vague de droite » en Europe dure le plus longtemps possible ». Quelles informations  précises des opposants libéraux du type de Pastukhov ou de Nemets à la dictature de Poutine peuvent-ils avoir sur les positions de la gauche française en particulier. Rappelons que ces militants dans leurs articles font constamment référence aux Lumières et à la Révolution de 1789. Le regard qu’ils portent sur l’Europe est marqué par cette influence. Or aujourd’hui quelle image donne à l’international le courant à l’heure actuelle majoritaire de la gauche française, à savoir France Insoumise et son chef Jean Luc Mélenchon, qui affiche des positions ouvertement propoutinienne, alors que l’opposition démocratique russe, dont Pastukhov, approuve la résistance armée du peuple ukrainien ? En France et ailleurs, il y a une autre gauche cependant… mais elle ne peut pas s’imposer comme courant majoritaire.

Il n’est pas impossible d’écrire, mais il est presque impossible aujourd’hui d’écrire quelque chose qui ne soit pas banal, qui ne répète pas ce qui a déjà été dit par quelqu’un d’autre, qui dépasse le cadre d’une simple explosion émotionnelle. C’est certain : « tout a déjà été dit avant nous ». En somme, tel le Herostrate de notre époque, le Hamas a réussi : la date du 7 octobre 2023 restera à jamais gravée dans les annales de l’histoire, au même titre que la nuit de la Saint-Barthélemy, Khatyn et Babi Yar.


Mais il existe pour l’instant une différence essentielle : à l’époque, des centaines de milliers (voire des millions) de jeunes gens et jeunes filles au regard brûlant ne défilaient pas dans les rues d’Europe en scandant des slogans tels que « Non au génocide nazi » et « Ne touchez pas à l’Inquisition ». Aujourd’hui, ils le font.

Le 7 octobre 2023, l’une des attaques terroristes les plus violentes de l’histoire du monde civilisé a eu lieu, ramenant la société moderne à un niveau tribal où l’excision d’embryons non nés dans le ventre de leur mère et la consommation de parties du corps de leurs ennemis étaient la norme sociale. Paradoxalement, une partie importante du monde « civilisé » moderne, pratiquement tout son spectre « de gauche », a reconnu de facto cette pratique comme une « nouvelle norme », justifiant la cruauté sadique primitive du Hamas par l’existence d’un prédicat d’infraction (crime préalable) de la part de la victime.

Ainsi, le 7 octobre 2023 est devenu une double tragédie : la tragédie du peuple juif, qui a perdu une nouvelle fois des martyrs – des personnes qui n’étaient personnellement coupables de rien, torturés de manière atroce uniquement parce qu’ils avaient le malheur d’être nés juifs – et la tragédie de la famille européenne des peuples, qui a perdu du jour au lendemain l’idéologie de gauche, qui a tiré un trait définitif sur elle-même ce jour-là, au point de ressembler à la croix gammée nazie.

Le mouvement de gauche européen est mort le 7 octobre 2023. Sa réputation a subi un coup comparable à celui infligé auparavant par le stalinisme, le maoïsme ou les « Khmers rouges ». En substance, il n’y a aucune différence entre justifier le Hamas et justifier la « Grande Terreur », la « Révolution culturelle » ou le « génocide khmère rouge ». C’est la mort, ou du moins un profond sommeil léthargique, dans lequel l’idéologie de gauche semble s’être enfoncée pour longtemps. Et c’est, à mon avis, la principale conclusion du 7 octobre 2023. On a tiré sur les Juifs, on a touché l’Europe et, en partie, l’Amérique, qui ne se trouve pas aujourd’hui au même niveau que l’Europe uniquement grâce à Trump. Pour l’instant, du moins.

Aujourd’hui, en repensant à ce qui s’est passé au cours des deux dernières années et en le réévaluant avec un esprit plus clair, on en arrive inévitablement à la conclusion que tout ce qui s’est passé n’était pas un hasard et n’est pas du tout surprenant. Le mouvement de gauche s’est dirigé vers son suicide pendant plusieurs décennies, depuis le moment même où l’URSS s’est effondrée. Il existe un lien génétique direct entre le « corbinisme amusant » avec son antisémitisme quotidien sympathique et les manifestations anti-israéliennes massives d’aujourd’hui avec leur « antisémitisme idéologique » profondément structuré.

Il ne faut pas se bercer d’illusions en pensant qu’il ne s’agit pas d’antisémitisme, mais d’antisionisme. En disant « A », le mouvement de gauche ira non seulement jusqu’à « B », mais aussi jusqu’à « Z ». Quelle que soit la manière dont tout cela a commencé, cela se terminera, dans un avenir pas si lointain, par des pogroms juifs banals. Peut-être que cela dégrisera alors une partie des intellectuels de gauche et les obligera à faire demi-tour.

Dans ce cas, il ne reste plus qu’à espérer que la « vague de droite » en Europe dure le plus longtemps possible.

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