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Russie

Échange, marchandage, salut ? Sur les prisonniers politiques, par Alexandre Podrabinek

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6 octobre 2026

Commentaire de Karel :

Nous sommes ravis de retrouver Alexandre Podrabinek.

Né en 1953 à Moscou, dès le début des années 1970, il s’est engagé dans le mouvement démocratique en URSS. Il fut l’un des initiateurs de la Commission de travail du Groupe Helsinki de Moscou chargée d’enquêter sur l’instrumentalisation de la psychiatrie à des fins politiques. Condamné à deux reprises, il purgea cinq ans de prison, d’exil et de travaux forcés. Après la chute de l’URSS, il fut rédacteur en chef de l’hebdomadaire Express-Chronicle, chroniqueur pour Novaya Gazeta et journaliste radio pour RFI, Polskie Radio et Echo du Caucase. Il est l’auteur des ouvrages Punitive Medicine, From the Yellow Silence et Dissident.

 Viasna, Вясна (Printemps) est le centre bélarusse de défense des droits de l’homme.

Fait médical : si un patient n’est pas traité par médicaments pendant une durée suffisante ou à des doses trop faibles, l’effet de ce traitement sera contraire à celui recherché : le médicament cessera de fonctionner, la maladie s’aggravera et un traitement encore plus puissant devra être prescrit.

Un phénomène similaire se produit en politique, notamment avec la libération de prisonniers politiques en échange d’un allègement des sanctions. Libérer de petits groupes de prisonniers de cette manière ne résout pas le problème dans son ensemble ; pire encore, cela l’aggrave. La dictature obtient des avantages sous forme d’allègement des sanctions ou de retour de ses espions et meurtriers capturés en Occident, mais en contrepartie, elle abandonne de nombreuses personnes innocentes. Pendant ce temps, rien ne l’empêche d’accumuler davantage de ces mêmes innocents et de perpétuer son trafic d’êtres humains.

C’est précisément ce qui se passe au Bélarus. Selon le centre bélarusse de défense des droits humains Viasna, 123 prisonniers politiques ont été libérés dans le cadre d’échanges de prisonniers en 2025, tandis qu’au moins 1 254 personnes ont été condamnées pour des infractions politiques. En mars dernier, 250 personnes ont été graciées en échange de la levée des restrictions américaines imposées à plusieurs banques et entreprises bélarusses, mais entre mars et septembre de cette même année, 224 nouveaux prisonniers politiques ont été incarcérés au Bélarus. Le nombre total de personnes emprisonnées « pour des raisons politiques » ne diminue pas, tandis que les sanctions sont de plus en plus fragiles et inefficaces.