22 octobre 2026
Commentaire de Jean Pierre :
Devant les atrocités indéfiniment répétées, A.Adelfinsky ne renonce pas : « Il est nécessaire de comprendre en profondeur à la fois le résultat actuel et les processus systémiques d’auto-reproduction d’une telle folie de masse criminelle ».
Photo d’un enfant tué dans une poussette. Des bâtiments simples, datant encore de l’époque soviétique, rasés jusqu’au sol. Paysage apocalyptique d’une énième localité détruite par les russes– j’écris « localité » car on ne peut rien y distinguer, tout ayant été rasé. Des réalités, comme dans les films sur l’invasion d’Hitler. Cela a été créé par l’armée russe.
C’est ce qu’a ordonné son commandant en chef, ce scélérat. Il est devenu un Hitler des temps modernes, car la « mesure de l’hitlérisme » varie selon les époques. Il a entassé des systèmes de défense antiaérienne autour de sa résidence de Valdai ; ses autres résidences sont protégées, chacune disposant d’un bunker. Il existe également de simples abris souterrains destinés à protéger Poutine, de véritables villes à plusieurs niveaux. Il veut survivre en tuant chaque jour, depuis de nombreuses années.
Se sent-il désolé pour quelqu’un en principe ? Quand il a fait exploser les maisons des Russes pour enfin arriver au pouvoir. Quand il a ordonné à Medvedev de tuer en Géorgie, quand il a envoyé l’armée tuer en Tchétchénie, et n’importe où et n’importe qui. Quand il a tué Nemtsov et Navalny. Quand il a envahi l’Ukraine… Quand… Il y a trop de ces « quand ». Un jour, il a dit qu’un homme resté trop longtemps au pouvoir finissait inévitablement par perdre la raison. Il avait vu juste. Mais il est resté là à attendre que cela arrive, et c’est ce qui s’est produit.
Ou peut-être y avait-il déjà une folie discrète ? Mais nous pensons plus largement. Sans les mêmes complices, il n’aurait pas pu commettre un seul crime. Et d’où viennent les complices, ils ne venaient pas d’autres planètes, n’est-ce pas ? Ils font partie du peuple. Ce même peuple qui les a élevés et qui les a bénis pour ces meurtres systématiques et barbares. Ce peuple qui contemple l’aigle héraldique de l’État avec respect et fierté, sans voir que cette poule impériale est couverte du sang des autres peuples asservis et de son propre peuple.
Auto-réduction. L’empire se vante de lui-même, la population invente la « grandeur » du système impérial, élève des vauriens et envoie dans l’armée de nouveaux « nos garçons », endoctrinés jusqu’à la moelle, qui ont tué des gens dans de nombreux endroits comme Boutcha, et qui tirent aujourd’hui – et sont prêts à tirer. Pour quoi faire ? Pour l’argent et les « valeurs » (skrep), pour cet « esprit de front » qui sent l’enfer des atrocités russes
L’enfer a été évoqué lorsqu’on leur a parlé des conquêtes impériales dans les leçons d’histoire et dans les familles. Toutes ces atrocités ont été évoquées pendant des centaines d’années précédentes. Guerre caucasienne. Général Zass. Des auls brûlés, qui n’ont jamais eu le temps de comprendre pourquoi ils étaient comme ça. Le cuir chevelu de bébé. Et un empire qui brille quelque part où se trouvent le tsar et le « monde russe ». Voilà à quoi cela ressemble dans la pratique : ses fanfaronnades ne sont soit que des mensonges, soit de véritables crimes.
Poutine s’en moque. Et ses complices, qu’ils soient haut placés ou simples soldats, s’en soucient-ils ? Manifestement non, leur humanité a été anéantie. Dans les crèches de l’empire, on est censé parler de « valeurs traditionnelles » – de fausses valeurs, d’anti-valeurs consistant à faire porter un uniforme militaire aux enfants, à jouer aux « héros de l’opération militaire spéciale », et cela doit être inculqué dès le berceau.
Quand il finira par descendre aux enfers, il n’est pas certain que des opposants prendront sa place. Il semble qu’il n’y ait nulle part où les trouver dans cet entourage. En cherchant à comprendre comment, au fil du temps, l’empire engendre des impérialistes, on se rend compte que le mouvement est pris dans un cercle vicieux et que la population elle-même, contaminée par l’impérialisme, reproduit cette réalité dans laquelle, au final, émerge un énième « tsar » atteint de la folie typique du « monde russe ».
Il faut mettre fin à ce cercle vicieux, sinon le malheur nous guette. Il est nécessaire de comprendre en profondeur à la fois le résultat actuel et les processus systémiques d’auto-reproduction d’une telle folie de masse criminelle. Et les mesures doivent être à la fois radicales et constantes. Jusqu’à ce que la sinistre drogue impériale s’évapore – individuelle et collective.