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Russie

L’impérial « tir contre soi-même ». Alexandre Adelfinsky: aucun « bloc hostile de l’OTAN » n’aurait pu trouver le moyen de s’y prendre aussi bien…

De jeunes membres de l’Empire défilent dans la neige.

Mise à jour : 20/07/2026

Commentaire de Jean Pierre :

L’auto-destruction de l’Empire est irrémédiable et vient de loin. C’est la voie du salut pour les générations à venir

Le fait que l’Empire russe se tire souvent et systématiquement dessus, que ce soit dans le pied ou dans la tête, est évident non seulement sous le régime de Poutine, mais aussi avant les bolcheviks, sous les tsars, lorsque les générations contestataires étaient pour ainsi dire délibérément et avec une diligence inébranlable endoctrinées par l’autocratie, ancrée dans les « valeurs fondamentales » de l’époque.

Prenons l’URSS, et plus particulièrement l’armée. Il est tout à fait logique que le système de gestion politique des simples soldats ait, à terme, produit un résultat diamétralement opposé ; la génération plus âgée s’en souvient bien, tant à titre personnel que par le biais des anecdotes « militaires » évocatrices – une variété particulière de folklore.

La lourdeur, la rigidité et la complexité de la structure lors d’opérations menées sur un territoire immense, multinational et aux modes de vie variés, caractérisé par un développement inégal selon les régions et, en moyenne, peu avancé, constituent l’une des raisons pour lesquelles les anciennes républiques de l’URSS ont accédé à l’indépendance avec tant d’enthousiasme et de satisfaction…

Les gens là-bas estimaient que le « chef collectif collectif » à Moscou traitait les « périphéries » d’une manière snobe, bâclée et impérialement offensante, et cela s’est manifesté non seulement sur le « citoyen », mais aussi dans l’environnement de l’armée.

Je me souviens encore très bien de ce qui s’est passé dans l’ancienne région de Gorki, lors de cet hiver rigoureux. Notre unité militaire avait rassemblé des jeunes venus de différentes régions aux climats variés, y compris un contingent d’Asie centrale ; les soldats voyaient donc pour la première fois de la neige leur arrivant au-dessus de la taille, et leur organisme n’avait jamais été confronté à de telles conditions auparavant.

Les jeunes hommes se sont retrouvés confrontés à une situation extrême pour eux. On ne pouvait pas les pousser d’un seul coup, en masse, hors des casernes pour les exposer à une température de moins quinze degrés – sans manteaux d’hiver ! – et encore moins les forcer à hurler des chants militaires. Cela ne renforçait certainement pas leur amour pour l’empire soviétique.

Cependant, avec une obstination maniaque, les officiers faisaient courir d’un bout à l’autre, au pas de parade, ces jeunes hommes engourdis par le froid ; quant aux chants… ils agissaient clairement « à l’envers », et aucun « bloc hostile de l’OTAN » n’aurait pu imaginer un tel coup de génie : :

Russie, ma bien-aimée,

Mes chers bouleaux, mes chers peupliers.

Tu es chère

Au soldat,

Ma chère terre russe ! –

Voilà, cher lecteur, un exemple de « programmation » de masse visant un résultat contraire !…

Lorsque, alors que je me tenais dans un autre rang, tout jeune simple soldat, j’ai vu et entendu ce spectacle, qui ressemblait à une diversion parfaitement orchestrée, une pensée m’a traversé l’esprit comme un éclair : l’URSS va inévitablement, bientôt, tomber ! C’est ce qui s’est produit peu après – et à juste titre !

L’Empire avait lui-même laissé entendre à ces soldats que si leurs régions ne devenaient pas des pays indépendants, toutes les générations de leurs descendants seraient impitoyablement déportées de leurs lieux de vie, si agréables pour eux, vers des régions perdues, glaciales, moralement atrophiées, imprégnées d’alcoolisme, où règne le chauvinisme quotidien russe le plus invétéré qui soit – sur des territoires justement étrangers et hostiles.

Les programmes d’« éducation idéologique », les mécanismes de leur élaboration, de leur validation et de leur mise en œuvre, ainsi que toutes les étapes de leur application sur le terrain, dans chaque lieu, dans chaque unité militaire isolée et oubliée de Dieu, ont contribué, parmi d’autres facteurs globaux, à ce que les gens fuient l’empire comme ils le pouvaient, et même s’ils ne le pouvaient pas, ils ont quand même fui et continueront de fuir.

La capacité des autorités autocratiques russes, soviétiques et actuelles, partisanes de la « Russie chauvine », à se tirer une balle dans le pied à tous les niveaux et à toutes les échelles, jusqu’à ce qui est décrit ici, est véritablement digne des manuels universitaires. Et au cours de ces années effroyables, l’empire organise quotidiennement des séances d’une telle auto-dénonciation parfaite que la « honte espagnole »(?) qu’il inspire s’accompagne d’un étrange sentiment mitigé… aussi étrange que cela puisse paraître… d’achèvement esthétique…

Et pourtant, dans ce chaudron infernal, se jouent les destins de millions d’individus et de peuples pour de nombreuses générations à venir. En vérité, on ne peut absolument rien ni personne faire confiance à l’empire ; il n’y a là aucun point d’ancrage acceptable pour l’« activité » impériale, et il faut un système dans lequel l’empire ne pourra plus tuer des gens !

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