La voix de l'opposition russe et de la résistance ukrainienne

Russie

Poutine et ses complices ont fait surface de cette « salade d’olivier » fermentée – Alexander Adelfinsky

Stalinistes, peinture de Vasya Lozhkin

Mise à jour : 11-06-2026

Commentaire de Jean Pierre :

Si dans les rangs des militants de l’Opposition russe la question : « Comment en sommes-nous arrivés là ? » est récurrente, voire obsédante, tant il semble essentiel de pourvoir nommer les obstacles qui rendraient impossible le dépassement du «rashisme » poutinien. Pour autant cet essai recourant à la thèse d’un processus socioculturel pluriséculaire mérite d’être mise en question car elle ne saurait rendre compte entre autre des massacres de Boucha et de Marioupol, expressions du fascisme en actes.

Dans un camp de concentration raciste, où toute dissidence est réprimée avec violence et où toute forme de vie est broyée sous terre, il est naïf et vain d’exiger systématiquement des prisonniers qu’ils se soulèvent par les armes et remportent la victoire. Surtout quand on sait qu’avant ce camp, malgré une infime brèche accordée à une prétendue « liberté », un hyper-camp bien plus vaste – l’URSS – avait perpétré des atrocités similaires. Il est essentiel de se souvenir que le Goulag soviétique a été précédé par la « prison des nations » : l’Empire russe.

Malheureusement, cette expérience n’a fait l’objet d’aucune réflexion approfondie et la population, sans même avoir le temps de s’en remettre, a été ballottée de gardien en gardien, passant ainsi de main en main. De plus, à chaque fois, le phénomène était enveloppé d’une imagerie poétique, déformant dangereusement diverses idéologies, la culture, la littérature, la vie quotidienne et, d’une manière générale, le système éducatif « sous l’empire », quel que soit son nom officiel.

Pendant des siècles, des êtres humains ont été créés avec pour objectif principal une seule direction d’existence encouragée : vivre sous l’autorité d’un chef, se dissolvant complètement dans ses désirs, et leur développement spirituel, social et professionnel était identifié au service d’un agitateur suprême, que ce soit en croix, en tunique ou en veste bureaucratique.

Le système était conçu pour une seule voie de « développement », ou presque : pour le citoyen lambda, devenir superviseur, ou bien serviteur idéologique ou subordonné de première ligne. Un principe de survie connexe a engendré la réaction d’autoconservation consistant à se désolidariser de ses actions, en somme à céder aux exigences des plus démunis dans l’espoir de s’en sortir. Vous en conviendrez, un tel contexte historique n’améliore ni le climat moral ni la santé mentale de la population.

C’est de ce terreau fertile qu’ont émergé Poutine et ses complices. Leur histoire, si l’on considère leur contexte socioculturel, montre qu’ils n’ont pas dégénéré dans un environnement qui leur était hostile, mais bien dans un environnement, soulignons-le, fertile : l’histoire et, comme on dit, le terreau du peuple les avaient préparés à ce fléau. Dans le système impérial moderne, les monstres que nous connaissons auraient pu être remplacés par d’autres de leur espèce, car l’atmosphère même les appelait, les nourrissait et les prospérait ; après tout, il y avait bien des gens à qui puiser !

Par conséquent, chaque jour d’agression russe en Ukraine, ce n’est pas Poutine lui-même qui, en donnant des ordres criminels, appuie sur des boutons précis ; ce n’est pas lui qui, concrètement, tire les coups de feu et lance les missiles. Ce sont les enfants et petits-enfants de ceux qui, à l’échelle mondiale, ont façonné le paysage social traditionnel autour du « leader » — ceux qui, franchement, n’ont pas réussi à s’intégrer socialement, alors qu’ils en avaient le potentiel.

Il existe une théorie selon laquelle le peuple russe, inconsciemment, écarte et propulse au pouvoir ceux qu’il préférerait voir aussi loin que possible, à la distance la plus sûre possible. Pourtant, ceux qui les ont écartés restent en arrière, tout en bas, errant comme des zombies vers les bureaux de recrutement militaire, tirant sur les civils ukrainiens et les défenseurs du sol ukrainien. Ainsi, la théorie du peuple « poussant » des dirigeants dégénérés du « bas » vers le « haut » paraît bien dérisoire comparée aux crimes de ce qu’on appelle la « base ». Ici, tout est mélangé, tout est confus !

Si l’histoire avait pris un autre tournant, les « Russes ordinaires » d’aujourd’hui auraient pu donner des ordres tout aussi criminels, mais ne les auraient pas exécutés. Poutine aurait pu échouer à devenir président, sombrer dans l’alcoolisme à la retraite et devenir un simple tueur à gages au service du « peuple », tandis qu’un autre chef de bandits aurait trôné au sommet de l’empire. Hélas, nous parlons d’un phénomène systémique, où chacun a du sang sur les mains, ou du moins en porte l’odeur, à des degrés divers : fournir des munitions est une complicité directe, tandis que les fabriquer relève d’une complicité plus indirecte, mais reste une forme de complicité. Cependant, la fabrication de munitions implique bien plus, et cela implique d’autres niveaux d’implication, se fondant dans la triste banalité du quotidien.

Où se trouve ici le facteur qui caractérise les différentes strates de la population russe, compte tenu de son implication multiforme dans les crimes de guerre internationaux ? Il est au cœur même du problème : la mentalité impériale, la perception déformée et chargée d’émotion des événements marquants du passé et leur interprétation comme un impératif : « on peut recommencer ». Une reconnaissance lucide des processus historiques est alors remplacée par un appel constant à agir de la manière la plus erronée et manifestement néfaste, foulant ainsi une fois de plus aux pieds les « traditions » expansionnistes et les « liens » toxiques et agressifs.

Des mains sanguinaires et malfaisantes s’empareront sans cesse des armes, et la botte raciste piétinera et profanera obstinément les territoires étrangers, à moins que les fondements – la façon de penser et de ressentir, le système d’évaluations et de réactions sociales – ne soient changés et reconfigurés dans leur intégralité et pour toujours. Ici, nous ne pouvons nous reposer sur des « dégels » et des « perestroïkas », nous ne pouvons considérer le transitoire comme définitif, car toute restructuration de l’empire ou de ce qu’il en reste attirera régulièrement des hordes de nouveaux agresseurs !

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