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France, Russie

La base navale de Toulon survolée par des drones « inconnus » pendant un exercice anti-drones… Guillaume Ancel

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Résumé de ce que dit l’IA sur l’auteur :

Guillaume Ancel se définit comme un observateur et un acteur engagé, marquant des positions tranchées sur la géopolitique, la défense et les partis politiques français. Il défend les droits du peuple ukrainien et rejette les partis de coloration extrémiste à gauche du type France Insoumise qui sont complaisant à l’égard du régime impérial de Poutine. Ancien officier, il se bat pour un renforcement de la défense européenne des démocraties contre les régimes autoritaires.

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24 octobre 2026

Les faits pourraient prêter à la plaisanterie si le contexte d’agression par la Russie de Poutine n’était pas aussi grave. En octobre, la Marine nationale française organisait un exercice d’entraînement autour de la très importante base navale de Toulon sur la mer Méditerranée.

Pour mémoire, sont stationnés dans la rade de Toulon et ses environs, le porte-avions Charles de Gaulle, des sous-marins nucléaires d’attaque (ceux-ci n’emportent pas de missiles nucléaires), des navires de guerre de premier ordre, des soutes à munitions, le centre d’entraînement des nageurs de combat et des installations de la délégation générale pour l’armement. Autrement dit, elle est la plus importante base navale française.

Et durant cet entraînement, qui comportait une importante activité de lutte contre les drones, le point faible de nombreuses armées depuis la transformation de la guerre en Ukraine, plusieurs drones « de grande taille et volant ensemble » – autant dire pas de drones d’amateur égarés par le vent – ont survolé au moins à quatre reprises la zone d’exercice…

La (seule) bonne nouvelle dans cette affaire est que les drones ont été détectés, même s’il semble que c’était l’objectif de ces vols, d’être détectés. Mais l’information la plus inquiétante est que ces drones n’ont pas été interceptés malgré l’ampleur des moyens réunis à cet effet. Ces drones ont même survolé le site du 54ème régiment d’artillerie situé à Hyères dans la région de Toulon, le régiment de l’armée de terre spécialisé… dans la défense anti-aérienne !

Des drones très probablement russes pour envoyer un message et une menace

La prudence et une certaine forme de déni poussent les autorités françaises à ne pas qualifier ces drones, cela constitue pourtant un « exercice » relativement aisé : plusieurs drones de grande taille volant ensemble demandent une maîtrise technologique qui n’est pas à la portée d’un groupe d’« ultras-n’importe quoi » qui aurait voulu défier les militaires français.

Ces drones n’étaient d’ailleurs pas équipés des balises obligatoires en France et surtout ils ont pénétré volontairement dans une zone interdite d’accès. Enfin, ces drones n’ont manifestement pas été perturbés par les brouilleurs spécialisés dont disposaient les marins. Ce qui veut dire qu’ils étaient « durcis », spécialement équipés pour résister à ces dispositifs capables de les déstabiliser…

Alors désolé de ne pas participer à cette tendance tragique qui consiste à ne pas nommer les choses : ces drones sont très probablement une provocation et un message russe destiné à un pays – la France – qui ose soutenir ouvertement la résistance ukrainienne. Certes, pour le confirmer, il aurait fallu en abattre un et c’est bien l’absence d’interception qui est désolante.

En effet, la violation de cet exercice militaire est la parfaite démonstration de l’incapacité actuelle de l’armée française à lutter efficacement contre des drones. Je dois modérer cependant cette critique par le fait qu’intercepter un drone « lourd » engendre un risque de dommages collatéraux avec la chute de ses débris et qu’il n’était pas facile dans ce contexte de prendre une telle décision. Néanmoins, d’après mes sources, ces drones ont aussi survolé des espaces maritimes où leur interception aurait été des plus pertinentes.

Les drones révolutionnent désormais la manière de conduire la guerre

Pour se rassurer, on pourra toujours se dire que la première armée du monde, celle des États-Unis d’Amérique, n’a pas mieux réussi dans sa guerre menée (sans intelligence humaine) contre l’Iran depuis février dernier. L’armée états-unienne vient de révéler que ses bases dans la région du Golfe ont été détruites à plus de 30% par les attaques successives de drones, saturantes et combinées à des missiles, conduites par les Iraniens et leurs alliés.

Ces derniers ont d’ailleurs largement bénéficié de l’expérience chèrement acquise par les Russes dans leur guerre contre l’Ukraine depuis presque cinq ans. Les Russes ont apporté les modifications technologiques et surtout tactiques qui ont fait la différence, en recherchant notamment la saturation des systèmes de défense et l’autonomisation des drones pour contourner les brouillages.

Notons au passage que les manœuvres d’Elon Musk consistant à restreindre l’accès à son réseau de satellites pour fragiliser la défense ukrainienne – sans pouvoir déterminer à ce stade s’il l’a fait dans le dos de «l’administration Trump », ce dont personnellement je doute – sont extrêmement graves, non seulement parce qu’elles ont augmenté le nombre de victimes ukrainiennes des attaques quotidiennes de la Russie, mais aussi parce qu’elles ralentissent la mise au point de drones d’interception pour contrer la nouvelle génération de drones russes propulsés par réacteur.

Il est probable aussi que la seule issue pour les armées occidentales dans ce contexte de « révolution » de la guerre est, d’une part, de travailler le plus étroitement possible avec les Ukrainiens pour disposer de systèmes efficaces contre ces armes redoutables que sont les drones, mais également de se réunir au niveau européen (et canadien) pour ne plus disperser les ressources disponibles.

Si nous ne voulons pas « terminer au tapis », il est plus nécessaire que jamais de se réveiller

Finalement, cet exercice militaire français aura peut-être joué un rôle très important dans la prise de conscience de notre société de la hauteur à laquelle nous sommes menacés par la Russie de Poutine. Cette intrusion par des drones russes était autant un défi qu’un message de menaces sur la fragilité de nos défenses actuelles.

Il faut regretter cependant que l’armée française se soit enfermée une fois encore dans sa culture du silence plutôt que de dire la vérité de ce qu’il s’est passé à Toulon en octobre. Ce sont en effet des journalistes (d’Ici, ex France3) qui ont révélé l’affaire qui sinon aurait terminé sous le tapis.

A l’aune de ces expériences, si nous ne voulons pas « terminer sous le tapis », il est plus nécessaire que jamais de se réveiller. L’ère du déni de la guerre et de la propagande des extrémistes qui essaient de nous faire croire que Poutine n’est pas une menace est finie.