Refat Chubarov
Vice-président de la Cour suprême de la république autonome de Crimée entre 1995 et 1998, il siège en tant que député à la Rada de 1998 à 2007 et depuis 2015[1], et a présidé la commission de concours pour l’élection du directeur du Bureau national anti-corruption d’Ukraine du 9 janvier au 16 avril 2015. Il devient président du Congrès mondial des Tatars de Crimée à partir de 2009. Depuis novembre 2013, il préside le Majlis des Tatars de Crimée. – Wikipedia
31 mai 2026
Le Kremlin semble avoir enfin compris qu’il ne pourra pas conserver la Crimée par la force. Il mise donc sur autre chose : l’expansion de la colonisation de la péninsule par sa propre population. Autrement dit, par les Russes.
Dans le même temps, l’ampleur des déplacements de population survenus durant les douze années d’occupation, estimés par les experts à environ un million de personnes et qui, jusqu’à récemment, paraissait sans précédent, n’est plus perçue par le Kremlin comme une garantie suffisante pour conserver la Crimée. Dans le contexte de la guerre prolongée contre l’Ukraine, Moscou semble se préparer à des scénarios plus difficiles, où le contrôle de la péninsule pourrait dépendre du nombre de citoyens russes installés illégalement en territoire ukrainien occupé.
C’est dans ce contexte qu’il convient d’interpréter la rencontre entre le chef de l’administration d’occupation russe de Crimée, Sergueï Aksionov, et la direction de l’« Institut de développement “DOM.RF” ». Derrière un agenda en apparence bureaucratique se cache un objectif bien plus pragmatique : accélérer et institutionnaliser le déplacement illégal de Russes en Crimée, instrumentalisant ainsi les ressources humaines pour consolider l’occupation.
L’Institut de développement DOM.RF n’est pas seulement une structure financière et de construction, mais un des mécanismes clés de la politique de logement de l’État russe. Il met en œuvre des programmes de prêts hypothécaires à taux préférentiels, des subventions, la distribution de terrains et le lancement de grands projets de construction. L’implication de cette ressource en Crimée occupée indique que Moscou mise sur une forte augmentation de la population dans la péninsule.
Dans le même temps, il ne faut pas oublier que, parallèlement à la colonisation de la Crimée par « leur propre peuple », Moscou mène une politique ciblée de persécution et de répression visant à expulser le peuple autochtone tatar de Crimée de la péninsule.
L’installation des « leurs » et le déplacement des « étrangers » : voilà l’essence de la politique d’occupation russe en Crimée.
En réalité, il s’agit d’une tentative de consolider la nouvelle réalité démographique artificiellement créée par les occupants au cours des douze années écoulées depuis l’annexion de la Crimée, en attirant des centaines de milliers de nouveaux colons supplémentaires directement liés à l’État russe par le biais du logement, des prêts, de l’emploi et des obligations sociales. Ce n’est pas un simple déplacement de population, mais la formation délibérée d’une « cinquième colonne » qui aura objectivement intérêt à préserver le statu quo.
Cette politique poursuit un objectif on ne peut plus clair : compliquer, voire rendre aussi douloureuse que possible, toute perspective de désoccupation de la Crimée. Plus le nombre de personnes réinstallées sur la péninsule en provenance de Russie et intégrées à ses mécanismes économiques et militaires est élevé, plus le Kremlin estime avoir de chances de conserver son contrôle sur la Crimée.
Le Kremlin passe donc à la phase suivante de sa stratégie en Crimée : de la conquête militaire et de la colonisation initiale à un remodelage démographique et ethnique de grande ampleur de la péninsule. Dans cette stratégie, le territoire devient une arme aussi importante que les chars et les missiles.
Que devons-nous faire ?
Il est impératif de continuer à documenter chaque décision et chaque action des occupants russes, qui entraînent une modification artificielle de la composition démographique des territoires occupés, ce qui constitue un crime de guerre international. Parallèlement, nous ne pouvons nous permettre de tarder à intégrer dans la législation ukrainienne actuelle des normes et des dispositions permettant de punir toute personne s’étant installée ou susceptible de s’installer illégalement en Crimée occupée.
Dans le même temps, la peine minimale pour ces criminels – et tout citoyen russe, étranger ou apatride installé en Crimée depuis le 27 février 2014 ou qui s’y installera jusqu’à la fin de l’occupation russe de la Crimée est assurément un criminel – devrait être l’expulsion d’Ukraine. En conséquence, nous devons dès à présent prévoir dans la législation les mécanismes juridiques nécessaires à la mise en œuvre d’une telle norme.
Si nous ne nous préparons pas maintenant, la vie nous le fera payer plus cher…
https://espreso.tv/poglyad-yak-okupanti-zaselyayut-krim-svoimi