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Russie, Ukraine

De la junte à l’effondrement de l’empire (1991-2026). Sur quoi repose l’empire ? Alexander Khots

Alexander Khots.

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Commentaire de Jean Pierre :

Alexander Khots passe en revue son itinéraire politique, ce qui fut aussi l’itinéraire de ses illusions jusqu’à ce qu’éclate l’annexion de la Crimée  annonciatrice de la guerre contre l’Ukraine. C’est aussi une façon de rappeler comment s’est forgée la conscience des militants regroupés autour de Kasparovru.org qui prônent le démantèlement de l’empire. Limpide.

27 août 2026

Le lendemain de l’apparition du GKChP à l’écran, je tapais sur ma machine à écrire les informations de « Radio Liberty », qui parvenaient à percer les brouilleurs désormais inopérants. La machine yougoslave, tout comme « Erika », « faisait quatre copies », et vers midi, je suis parti coller des tracts sur les poteaux et aux arrêts de bus.

Les nouvelles changeaient rapidement et devançaient l’« imprimerie clandestine », mais l’indignation face aux tentatives de nous ramener dans un « soviet » pur et dur était si forte qu’elle exigeait une implication personnelle. Je voulais d’une manière ou d’une autre exprimer ma haine envers les « putchistes » et leur stalinisme morne.

Certains s’approchaient et lisaient mes tracts, d’autres les arrachaient sous mes yeux. Dans la cour, des voix ivres hurlaient : « Hourra ! On a renversé Gorbatchev ! » Mais même dans ce moment d’incertitude totale, il me semblait qu’un retour à l’ancienne routine était impossible – même sous la forme de la « perestroïka », l’expérience de la liberté était irréversible.

Puis il y a eu la défense de la Maison Blanche, que j’ai suivie aux informations, Eltsine sur un char, la démolition de la statue de Dzerjinski à la Loubianka, le retour de Gorbatchev de Foros et l’interdiction du Parti communiste. L’effondrement de l’« Union soviétique », la liberté de la presse, la fin de la censure, la nouvelle constitution et l’ouverture des archives… Et aussi les funérailles de ces merveilleux jeunes gens qui ont trouvé la mort près de la Maison Blanche pour la liberté, contre la dictature.

On comprend aujourd’hui que bon nombre de ces espoirs étaient naïfs. La plupart des personnes aux opinions libérales ne comprenaient pas que le problème du destin historique ne résidait pas dans le « système soviétique », l’idéologie ou le « pouvoir du PCUS », mais dans la nature impériale de la Russie, condamnée à rester une dictature pour maintenir ses territoires par la force.

La majorité ne comprenait pas qu’il était impossible de lutter contre le « séparatisme » en Tchétchénie tout en construisant la démocratie à Moscou. Tôt ou tard, les libéraux du système exigeraientnt la « renaissance de l’armée russe ». Et le recours à la violence sonnera le glas de la démocratie.

L’empire repose sur une institution fondamentale de la violence et ne peut être rien d’autre qu’un État policier. C’est ce qui s’est produit en Russie, qui a traversé une phase de liberté éphémère et temporaire avant de revenir à sa forme habituelle de dictature.

Je ne regrette pas ces illusions, car elles ont permis d’avancer dans la bonne direction. Le « putinisme » est apparu plus tard, et non au moment du coup d’État du Comité d’urgence. Mais, quoi qu’il en soit, l’empire était voué à un effondrement historique. Le coup d’État du Comité d’urgence, qui tentait de prolonger l’existence de l’empire soviétique, a échoué. Le régime des héritiers du Comité d’urgence, qui tentent d’empêcher l’effondrement de la Russie, échouera lui aussi. (On peut « geler » un marécage, mais il restera un marécage).

Un prédateur incapable de « digérer » les morceaux de sa « proie » meurt d’impuissance, car il sait mordre, mais n’est pas capable de mâcher ni de digérer.

Une bonne métaphore pour la Russie : la peau de chagrin. L’empire perd des pans entiers de ses immenses territoires – de la Finlande et de la Pologne aux « républiques soviétiques ». Ses forces, son influence et ses ressources de survie ne cessent de s’amenuiser…

Le soutien constant à la perestroïka de Gorbatchev, puis à Eltsine et à la souveraineté russe, tout cela nous a conduits à la poursuite de l’effondrement. Aujourd’hui, le monstre impérial a de nouveau « merdé », il est tombé dans le « piège de la guerre » avec l’Europe et se trouve au bord d’une nouvelle catastrophe – qui, je l’espère, sera définitive (avec la perte de ses armes nucléaires, de son messianisme et de son idéologie fasciste d’exclusivité).

À première vue, le « putinisme » à maturité correspond au stade final de l’impérialisme russe. Il s’agit de la dernière phase de l’effondrement, après quoi les efforts des « élites » se concentreront sur le développement des « vestiges » de la grandeur passée.

Il y a encore une chose que l’on comprend au moment de l’effondrement.

Sur quoi repose un empire ? Pas seulement sur la force de l’appareil répressif ou sur la propagande. Ce qui est bien plus important, c’est que la majorité nationale soit la bénéficiaire de la « verticale » impériale.

Des millions de « simples Russes » (fonctionnaires, appareil du pouvoir, millions d’agents des forces de l’ordre, criminels, monopoles, hommes d’affaires et employés du secteur public) vivent du pillage des régions périphériques. Le culte de la verticalité de la violence est le principal ciment de la Russie. Depuis des siècles, l’empire construit son mode de vie militariste dans le but de s’emparer des ressources et de les conserver. L’idée sacrée de « l’unité des territoires » (y compris pour de nombreux libéraux) n’est qu’une condition préalable au pillage impérial.

Il ne peut y avoir de Maïdan dans l’empire, car les Russes ne protesteront jamais contre le fait de percevoir une rente lucrative. La majorité des Russes sont les bénéficiaires du système impérial.

On ne peut les arracher de force né la mangeoire impériale qu’en brisant la mangeoire elle-même. Bien sûr, ceux qui s’y « nourrissent » ne détruiront jamais la mangeoire. Mais cela ne signifie pas que la mangeoire soit éternelle et qu’il n’y ait personne pour lui donner un coup de pied.