La voix de l'opposition russe et de la résistance ukrainienne

Documents d'Histoire, Tchéquie, Ukraine

21 août Anniversaire de la mort de Trotsky (1940) et invasion militaire stalinienne de la Tchécoslovaquie (1968) par Karel Kostal

Manifestation à Paris des étudiants révolutionnaires : c’était notre jeunesse. Nous en étions. Pour reprendre le mot de l’historien trotskyste Pierre Broué : « Le printemps des peuples commençait à Prague ».

2 décembre 2022.

Commentaire de Robert :

Le site de Midi Insoumis vient de republier plusieurs articles de notre camarade Karel, par ailleurs membre fondateur du site samizdat2.org en 2023 (https://www.gauchemip.org/spip.php?article4557 ). Au moment où nous venons de célébrer le 86ème anniversaire de l’assassinat de Léon Trotsky, nous mettons en parallèle ce document historique avec la récente prise de position du président de la Tchéquie Petr Pavel. Ce dernier a déclaré : « L’invasion de la Tchécoslovaquie en 1968 a beaucoup en commun avec l’invasion de l’Ukraine il y a plus de quatre ans. Les deux sociétés traversaient une période d’espoir pour le libre développement, et toutes deux voulaient se libérer de l’influence excessive de l’Union soviétique, ou de la Russie. Dans les deux cas, Moscou a violé le droit international afin d’imposer sa sphère d’influence par la force. Les deux invasions étaient accompagnées d’une rhétorique trompeuse. Les deux étaient initialement prévus comme des opérations de blitz. » Gageons que les camarades insoumis qui animent leur site pluraliste sauront reconnaitre que dans cette guerre sanglante, contraire à toutes les règles du droit international, du régime impérial de Poutine contre le droit du peuple ukrainien à décider souverainement de son destin , il y a un agresseur et un agressé. De même que lors de l’occupation de la France par les hordes nazies, accueillies par le régime pétainiste, la résistance armée était, non seulement un droit mais un devoir. Les pacifistes à Vichy chantaient: »Maréchal, nous voilà! » 

Il est notable que l’effort destiné à rétablir pendant le « printemps de Prague » la vérité sur la vie et la mort de Léon Trotsky, fut une des raisons de l’invasion militaire soviétique du 21 août 1968.

Réponse à l’article 21 août 2011 : 71e anniversaire de la mort de Léon Trotsky

Depuis la nomination d’Alexander Dubcek à la tête du Parti communiste, le 5 janvier1968, pas un jour ne passe sans qu’une nouvelle étonnante jaillisse de la société en marche. La censure est abolie en mars 1968. Mieux, elle est « interdite » par la loi.

En liaison avec ce bouillonnement d’idées, un réexamen de l’histoire communiste tchécoslovaque et internationale s’impose rapidement. Aux thèmes classiques sur le dépérissement de l’Etat développés par Marx et sur la démocratie soviétique développés par Lénine, viennent bientôt se joindre les analyses des mots d’ordre mis en avant par Trotsky et par l’opposition de gauche dans les années 20 et 30. Les membres des services secrets de l’ambassade soviétique, qui portent sous les tempêtes de neige des lunettes de soleil pour passer inaperçus, sont déjà aux aguets et téléphonent à Moscou tous les jours.

Lubomir Sochor, spécialiste des conseils ouvriers, consacre dans l’hebdomadaire de l’Union des écrivains Literarni Listy un article à Isaac Deutcher, en réalité à Trotsky. Le quotidien des Jeunesses Communistes Mlada Fronta annonce la prochaine livraison d’extraits de La révolution inachevée de Deutscher, Literarni Listy publie un portrait de Trotsky, la première fois depuis vingt ans en Tchécoslovaquie, et la galerie, incomplète bien entendu, des dirigeants bolcheviques exécutés ou assassinés sur ordre de Staline. L’historien du mouvement ouvrier Vaclav Veber prépare une étude historique sur Trotsky dont la parution devra être interrompue en août. En avril, l’Académie des sciences, l’Union des écrivains et l’Union des artistes demandent la révision du procès de Zavis Kalandra. En juin, le quotidien du Parti communiste Rudé Pravo évoque ce militant trotskyste pendu en juin 1950, son oeuvre de journaliste et d’historien marxiste, sa brochure de 1936 contre les procès de Moscou, sa lutte contre le stalinisme, et demande qu’il lui soit rendu justice. L’Union des écrivains annonce la mise en chantier d’un large recueil des écrits de ce partisan de Trotsky, assassiné sur ordre des agents de Staline.

Le 25 juin 1968, une surprise attend les syndicalistes tchèques. Le journaliste Karel Skrabek, dans le quotidien des syndicats Prace, réclame l’ouverture d’une enquête sur les conditions dans lesquelles le gouvernement tchécoslovaque a pu donner asile à l’assassin de Trotsky dans les années 1960, à sa sortie des prisons mexicaines, et rappelle le rôle de Trotsky dans la révolution d’octobre et dans sa lutte contre la bureaucratie stalinienne. Plusieurs dizaines de milliers de citoyens apprennent ce jour-là le nom de Ramon Mercader en ouvrant ce journal syndical. La revue parisienne Quatrième Internationale commence à reprendre les informations qui arrivent de Prague. L’historien et militant Pierre Broué, qui vit à Grenoble, suit déjà les événements au jour le jour, il a son propre réseau de militants sur place qui l’informe, il commence à prendre des notes, son livre s’appellera « Le printemps des peuples commence à Prague », en référence à 1848. Il sera publié comme supplément de la La Vérité, 1969. Il circulera sous le manteau dans Prague occupée. De nos jours, cet ouvrage me guide.

En cet été 1968, le rétablissement de la vérité sur les procès politiques truqués de l’époque stalinienne est en cours, les victimes de la répression ont désormais la parole, dans la presse, à la radio, à la télévision, « le peuple tchèque exige la vérité et la justice », la censure a disparu. Les citoyens connaissent à présent les noms des assassins de Trotsky, et il est clair que bientôt ils pourront connaître ses idées. Voilà ce qui ne peut être, voilà ce qui ne sera pas. Au moment où ces premières informations sur le fondateur de l’Armée rouge paraissent en Tchécoslovaquie, les derniers préparatifs de l’intervention des armées du Pacte de Varsovie s’achèvent. Le hasard a voulu que l’intervention militaire pour empêcher la révolution politique en Tchécoslovaquie et la réhabilitation de Trotsky aura lieu le 21 août 1968, 28 ans après son assassinat, jour pour jour. Les moments de mes premières rencontres avec La révolution permanente, La révolution trahie, ne se sont jamais effacés de ma mémoire et il n’y a pas de jour encore où en rêvant à ce que nous avons été, je ne revoie en pensée le monde que nous imaginions. Hâtons-nous de transmettre.