Commentaire de Robert :
Très clairement une partie de l’extrême gauche européenne, ce qui n’est pas pour déplaire au mouvement France Insoumise propoutinien de Jean Luc Mélenchon, cherche à isoler à l’International le combat magnifique des organisations de la gauche démocratique ukrainienne. Le fer de lance de ce mouvement c’est le « Mouvement social » (Sotsialnyi Rukh) qui résiste sur les deux fronts qui ne peuvent être séparés : contre l’impérialisme russe qui s’obstine à annexer l’Ukraine et contre les politiques néolibérales nationales qui protège les fortunes des oligarques tout en faisant porter au prolétariat tout le poids de l’effort de guerre. La position pacifiste d’une partie de la gauche européenne est inopportune dans la guerre impériale actuelle contre le droit des nations et des peuples à disposer d’eux-mêmes. De même dans la seconde guerre mondiale les pacifistes mettaient un point d’égalité entre l’agresseur – le Reich hitlérien – et Churchill, au moment où le peuple britannique était sous les bombes. C’est un bilan politique que les organisations de la IVème Internationale n’ont jamais regardé en face, alors que Léon Trotsky lui-même avait clairement condamné le pacifisme et préconisé la PMP (Politique militaire du prolétariat), dans les mois qui ont précédé son assassinat en août 1940. En refusant de se faire isoler et en s’adressant à la conférence internationale des « antimilitaristes » pacifistes, le Mouvement social (Sotsialnyi Rukh) ne cherche t’il pas les moyens de construire un nouveau Zimmerwald ?
20 juin 2026
Le 20 juin, la coalition « Stop the War » (StW) organise à Londres une grande conférence internationale contre la guerre. En janvier dernier, la Campagne de solidarité avec l’Ukraine avait écrit à Lindsey German, coordinatrice de StW, pour souligner que tout débat crédible sur la guerre devait inclure les personnes directement touchées par l’invasion non provoquée de la Russie — en particulier les syndicalistes ukrainien·nes et les organisations de gauche démocratique. Nous avons proposé notre aide pour organiser cette participation. Nous avons reçu une réponse provisoire le 28 janvier indiquant que les décisions n’avaient pas encore été prises – aucun·e intervenant·e ukrainien·ne n’avait été invité·e.
Afin de veiller à ce que ces voix ne soient pas exclues, nous publions une lettre ouverte percutante adressée à la conférence par Snizhana Oleksun, présidente du Conseil de l’organisation socialiste démocratique ukrainienne « Mouvement social » (Sotsialnyi Rukh). Snizhana est enseignante et militante syndicale à Kryvyi Rih, une grande ville industrielle d’Ukraine. Son message nous parvient directement depuis les premières lignes de la résistance à l’impérialisme russe et de la lutte pour la justice sociale. Nous distribuerons cette lettre ouverte aux participant·es à la conférence.
Comme l’indique la lettre : « Nos voix — celles de ceux qui résistent à l’impérialisme, qui luttent pour la justice sociale et qui vivent cette guerre — sont absentes. » Nous invitons les lecteurs/lectrices à diffuser largement ce message afin que celles et ceux qui subissent les conséquences de cette guerre ne soient pas réduit·es au silence par leur exclusion de cette conférence.
Lettre ouverte à la conférence internationale contre la guerre, Snizhana Oleksun
Conseil du Mouvement social (Sotsialnyi Rukh)
Nous sommes réuni·es aujourd’hui à Londres alors que l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie continue de ravager des villes, des lieux de travail et des communautés. Chaque jour apporte son lot de nouvelles frappes de missiles sur des habitations, des écoles, des hôpitaux, des dépôts ferroviaires et des infrastructures énergétiques. Des millions de travailleurs/travailleuses sont déplacé·es des milliers ont été tué·es sur leur lieu de travail ; des régions entières sont confrontées à l’occupation, à la répression et à une « russification » forcée.
Pourtant, aucun·e socialiste, syndicaliste, féministe ou militant LGBTQ+ ukrainien·ne n’a été invité·e à prendre la parole lors de cette conférence. Nos voix — celles de ceux qui résistent à l’impérialisme, qui luttent pour la justice sociale et qui vivent cette guerre — sont absentes.
Baisser les armes, c’est notre défaite
L’appel lancé lors de la conférence exhorte les personnes à « baisser les armes et augmenter nos salaires ». Pour les travailleurs et travailleuses ukrainiennes, ce n’est pas une option. Si nous baissons les armes, nous sommes vaincu·es. L’occupation n’apporte pas la paix — elle apporte l’occupation, les fosses communes, les enlèvements d’enfants, les déportations et la destruction des syndicats indépendants et de la société civile.
Une politique de paix qui oublie celles et ceux qui sont attaqué·es n’est pas du tout une politique de paix.
Une résistance populaire — et une lutte pour la justice sociale
Cette guerre revêt le caractère d’une guerre populaire. Plus d’un million d’Ukrainien·nes servent dans les forces de défense ; des millions d’autres assurent le fonctionnement du pays : cheminot·es, infirmier·es, travailleurs et travailleuses du secteur de l’énergie, enseignant·es, bénévoles. Chaque jour, des travailleurs/travailleuses nous contactent au sujet des drones qu’elles et ils doivent financer par le biais de campagnes de financement participatif, de collègues tué·es au travail, de salaires impayés et des pressions écrasantes de la guerre.
Les socialistes démocrates et les syndicalistes ukrainien·nes mènent un combat sur deux fronts :
- Contre l’impérialisme russe, qui cherche à rayer notre pays de la carte et à écraser nos mouvements.
- Contre les politiques néolibérales nationales, qui affaiblissent les droits du travail, privatisent les biens publics et sapent l’effort de guerre en faisant peser le fardeau sur les citoyen·nes ordinaires tandis que la fortune des oligarques reste intacte.
Nous rejetons à la fois l’impérialisme et l’austérité. Nous luttons pour une Ukraine libre, démocratique et socialement juste.
À la gauche internationale et au mouvement pacifiste
À quoi ressemble la véritable solidarité ?
Nous appelons toutes les personnes présentes à la conférence aujourd’hui à :
- Se tenir aux côtés des travailleurs/ytravailleuses, des syndicats et des mouvements sociaux ukrainien·nes qui résistent à l’invasion et luttent pour les droits démocratiques.
- Soutenir l’aide militaire et humanitaire qui permet à l’Ukraine de survivre et de défendre sa population.
- S’opposer aux réformes néolibérales qui sapent les droits du travail et les protections sociales en temps de guerre.
- Exiger une paix juste — une paix décidée par les Ukrainien·nes, et non imposée par Trump, Poutine et les accords entre grandes puissances qui récompensent l’agression.
L’extrême droite au Royaume-Uni, aux États-Unis et ailleurs défend Poutine. Une défaite de l’Ukraine renforcerait les forces fascistes et autoritaires partout dans le monde.
La résistance de l’Ukraine — la survie de notre mouvement syndical — soutient les luttes pour la démocratie et la justice sociale à travers le monde.
N’excluez pas les voix ukrainiennes.
Ne qualifiez pas l’occupation de « paix ».
Soutenez l’Ukraine. Soutenez les travailleurs et les travailleuses ukrainiennes.
Transmis par Entre les lignes entre les mots :
traduit par DE