La voix de l'opposition russe et de la résistance ukrainienne

Russie

Chacun est libre de choisir ceux qu’il considère comme « les siens », Alexandre Khot

Alexandre Khots.

« Avec mon peuple… » (Lev Schlosberg* et Thomas Mann).

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* Lev Schlosberg : Opposant politique russe, militant des droits de l’homme et membre du parti Yabloko qui vient d’être condamné pour « discréditation » de l’armée russe et diffusion de « fausses informations » depuis 2022.

19 août 2026

Beaucoup citent Akhmatova de manière grandiloquente à propos de la condamnation de Lev Shlosberg, sans comprendre le sens véritable de ce vers d’Akhmatova.

« J’étais alors avec mon peuple, là où mon peuple se trouvait malheureusement. »(1)

Thomas Mann aurait-il pu écrire quelque chose de similaire à propos du « peuple » du Troisième Reich pendant la guerre ? Bien sûr que non. Mann a préféré se tenir à l’écart du « peuple » ayant prêté serment au Führer, non seulement pour dire tout ce qu’il pensait de la dignité des Allemands, mais aussi pour appeler à la défaite de ce « peuple ».

Être « avec mon peuple » pendant les années d’agression, en faire un fétiche, c’est partager la responsabilité du choix impérialiste de la majorité poutinienne (qui a soutenu à 98 % l’annexion de la Crimée).

Pour Lev Schlossberg, tout cela est vrai : il est la chair de la chair de cette « majorité » impérialiste qui refuse de considérer l’Ukraine comme une victime de l’agression (en disant que « la victime ne résiste pas », et que par conséquent l’Ukraine n’est pas une victime, mais un participant à part entière au conflit). Schlosberg n’appellera jamais à la défaite du « peuple russe » et de son empire criminel.

Il peut à juste titre citer Akhmatova, en se référant à lui-même. Mais il faut comprendre qu’être « avec mon peuple » dans sa folie impérialiste n’est pas une prouesse, mais une honte. Aucun « courage personnel » n’y changera rien.

Le véritable courage ne consiste pas à faire écho au peuple, mais à se ranger du bon côté de l’Histoire, qui (sous nos yeux) rend son verdict sur les pays et les peuples.

On ne peut que répéter que la seule mission de la véritable opposition russe (qui souhaite un avenir normal au peuple) ne peut être que d’aider l’Ukraine à anéantir le « Reich » de Poutine – avec la « majorité » impérialiste de Poutine.

Comme l’a fait remarquer le philosophe Merab Mamardashvili, « si mon peuple élit comme président (…), alors je serai contre mon peuple ». Il ne s’agit pas d’un nom précis, mais du droit de chacun à critiquer le choix national – et même à agir en faveur de la défaite militaire de « mon peuple ».

Aujourd’hui, malheureusement, « être avec mon peuple » pour un homme politique russe signifie être un impérialiste, un fanatique de la Russie « grande » et « indivisible », considérer le peuple comme une victime du « méchant Poutine », et non comme le complice d’une guerre criminelle.

Chacun peut choisir qui il considère comme « les siens ». Mais il ne faut pas prétendre qu’être aux côtés du peuple dans ses crimes est une sorte de prouesse ou une prise de position morale.

P.S. Le « tribunal » a condamné Schlossberg à 11 ans de prison, peine qu’il ne purgera bien sûr pas, car le régime n’a pas les ressources nécessaires pour survivre ne serait-ce que deux ou trois ans.

(1)Anna Akhmatova (1899-1966): poétesse très célèbre avant la révolution russe et mise à l’écart dès 1922 par le régime issu d’Octobre 1917