La voix de l'opposition russe et de la résistance ukrainienne

États-Unis, Iran

En quoi Trump a raison. Vladimir Pastukhov : Mais même une affaire mal engagée doit être menée à son terme

Commentaire de Jean Pierre :

Pastukhov estime qu’une défaite dans le Golfe serait une défaite collective de l’Occident….

Mise à jour : 04-12-2026

Dans la nuit de Pâques orthodoxe, les espoirs d’un règlement « à moindre coût » (avec un budget minimal) de l’un des conflits les plus explosifs de notre époque se sont envolés (avec tout le respect dû à la tragédie de la guerre russo-ukrainienne, qui a été et reste un conflit périphérique tant pour l’Occident que pour l’Orient).

C’est un moment important où il est utile de souligner une fois de plus la différence fondamentale entre la « guerre de Poutine » et la « guerre de Trump ».

Non seulement la guerre de Poutine n’était pas existentielle pour la Russie, mais elle constitue aussi, dans une large mesure, un crime contre les intérêts nationaux de la Russie elle-même, pour laquelle l’Ukraine ne représentait aucune menace existentielle.

La guerre de Trump est en réalité une réponse à une menace existentielle pour l’ensemble de la civilisation occidentale (et Israël, avec ses intérêts particuliers, n’a, avec tout le respect que je lui dois, absolument rien à voir avec cela).

La possession d’armes nucléaires par l’Iran transforme automatiquement ce pays en « maître du Golfe » et, par conséquent, en élément essentiel de l’axe anti-occidental « Pékin-Téhéran-Moscou ». Ignorer cette menace serait un crime envers les intérêts nationaux de l’Occident collectif.

Malgré toutes mes critiques à l’égard de Trump (et elles sont nombreuses), le principal responsable de l’échec de la politique de la coalition occidentale au Proche-Orient est précisément « l’Europe collective », qui s’est enlisée dans ses problèmes internes et a négligé la menace mondiale.

La pratique, comme l’a dit un philosophe praticien du siècle dernier, est le critère de la vérité.* Les actions de l’Iran au cours de la guerre avec les États-Unis, sa capacité, même aujourd’hui, à bloquer le détroit d’Ormuz et à faire chanter l’humanité par la menace d’une récession mondiale ne laissent aucun doute sur le modus operandi qui dominera la région si l’Iran venait à acquérir la souveraineté nucléaire.

C’est pourquoi les principales questions que l’on aimerait poser à Trump sont principalement de nature tactique et liées au fait qu’il a déclenché cette guerre en héros du mème de Lavrov, devenu mondialement célèbre, sur les journalistes négligents. J’omets délibérément les détails tant du mème que des griefs concrets – ils ont tous été longuement disséqués par les analystes et se résument au fait que la guerre a été planifiée et lancée comme une aventure présomptueuse.

Mais sur le plan stratégique, hélas et à mon grand regret, Trump avait et a toujours raison sur le fond : la possession d’armes nucléaires par l’Iran est inacceptable et devait être empêchée par tous les moyens, y compris militaires, si les autres ne fonctionnaient pas. Et sur cette question stratégique, l’Europe se retrouve aujourd’hui non pas de l’autre côté des barricades (ce qui aurait été un moindre mal), mais coincée entre les barricades.

L’affaire a été mal engagée : dans la précipitation et sans talent politique. Mais même une affaire mal engagée doit être menée à son terme. C’est là tout le problème : une défaite dans le Golfe (et c’est précisément l’issue la plus probable) ne sera pas seulement une défaite personnelle de Trump, ni même de l’Amérique, comme beaucoup le souhaiteraient, mais deviendra une défaite collective de l’Occident, avec des conséquences de grande envergure.

Vladimir Pastoukhov

* Hu Fuming ? Auteur d’un célèbre article critiquant l’héritage de la Révolution culturelle chinoise initiée par Mao.

https://www.kasparovru.com/material.php?id=69DB7383B3407