Kevin B. Anderson
19 avril 2026
Résumé : La défaite d’Orbán est celle d’un modèle « positif » pour le fascisme mondial et l’extrême droite
La défaite écrasante, le 13 avril, de Viktor Orbán, le président néofasciste de la Hongrie, constitue bien plus qu’un événement local, voire européen, car non seulement Vladimir Poutine, mais aussi Donald Trump ont ouvertement soutenu Orbán et ont donc été associés à sa défaite. C’est d’autant plus vrai que le candidat vainqueur, Peter Magyar, n’est absolument pas une personnalité de gauche, comme l’ont montré sa conversation téléphonique chaleureuse, quelques jours seulement après l’élection, avec le dirigeant israélien génocidaire Benjamin Netanyahu, ou sa promesse de poursuivre la plupart des politiques anti-immigré·es d’Orban.
Tout d’abord, et c’est le plus important, la Hongrie d’Orbán a représenté une sorte de modèle du nouveau fascisme à l’échelle mondiale.
Certes, il a poursuivi (et parfois radicalisé) les attaques de longue date de la droite contre les communautés immigrées, féministes et LGBTQ, ainsi que contre les intellectuel·les, les médias indépendants et les universités. Mais Orbán a également innové au sein de la droite. Il a joué un rôle non négligeable dans l’orchestration d’un rapprochement de la droite mondiale avec la Russie de Poutine, comme en témoigne notamment son hostilité envers l’Ukraine. En cela, Orbán a parfois devancé d’autres dirigeant·es et mouvements d’extrême droite. Mais ce qui distinguait véritablement le régime d’Orbán, c’est que son populisme était plus qu’une simple rhétorique. Plutôt que de se contenter d’expulser les immigré·es, en particulier ceux issus de pays à majorité musulmane, et de promettre que cela créerait des emplois pour les Hongrois·es « de souche » (comme l’a fait Trump), Orbán a en réalité alloué des sommes importantes à l’aide sociale et économique à la population. Il a cherché à encourager les familles nombreuses afin d’augmenter le taux de natalité des Hongrois·es « de souche », en offrant des aides substantielles aux familles ayant trois enfants ou plus, etc. Il a même fait des ouvertures à la minorité rom par le biais de politiques visant à réduire le chômage des jeunes, bien qu’avec un succès mitigé, car ces politiques ont également suscité du ressentiment en décourageant l’accès à l’enseignement supérieur. Combiné à d’autres formes de dépenses sociales massives en matière d’éducation et de santé destinées aux travailleurs/travailleuses, le modèle Orbán était celui d’un ordre social d’extrême droite mais post-néolibéral.
Deuxièmement, tout cela a attiré l’attention, notamment aux États-Unis.
Le Comité d’action politique conservateur (CPAC), devenu un pôle idéologique majeur du Parti républicain trumpiste, a accueilli Orbán à plusieurs reprises lors de ses réunions aux États-Unis. De plus, le CPAC a organisé l’une de ses réunions en Hongrie en 2022, ce qui semble être une anomalie pour une organisation de droite prônant le « America first ». Enfin, Trump a envoyé nul autre que le vice-président américain JD Vance faire campagne pour Orban à l’approche des élections de 2026. Orban a également suscité une admiration similaire de la part d’autres mouvements d’extrême droite et fascistes à travers le monde. En bref, la Hongrie d’Orban était un exemple parfois mythique, mais, en termes politiques et idéologiques, positif pour une grande partie de ce secteur.
Troisièmement, non seulement le régime d’Orbán en Hongrie, mais aussi la plupart des autres modèles d’extrême droite et néofascistes,
des États-Unis à la Turquie et de l’Inde à l’Argentine et (anciennement) au Brésil, sont arrivés au pouvoir en affirmant qu’ils seraient capables de renverser la stagnation et/ou le déclin du niveau de vie de la population. Pendant plus d’une décennie, le régime d’Orbán a prétendu avoir résolu, ou du moins commencé à résoudre, ces problèmes, et ce avec un soutien populaire écrasant pour ce qu’il qualifiait fièrement de « démocratie illibérale ». Au contraire, comme le notent de nombreuses et nombreux observateurs/observatrices de gauche, Orbán n’a pas été capable d’y parvenir à long terme, pas plus que ne l’avaient été le néolibéralisme « classique » ou, auparavant, le keynésianisme. Les féministes notent également que les femmes hongroises n’ont pas adhéré à ses politiques natalistes ; bien au contraire.
En somme, la chute d’Orban représente une cuisante défaite idéologique pour les mouvements et partis néofascistes et d’extrême droite à l’échelle mondiale. Ce secteur manque aujourd’hui plus que jamais d’un modèle positif – même pour ses fidèles partisan·es – capable d’offrir autre chose qu’une politique de haine fondée sur la xénophobie, l’islamophobie, la misogynie, l’hétérosexisme et le militarisme.
Note :
Parmi les ouvrages rédigés par Kevin B. Anderson, on peut citer *Marx at the Margins: On Nationalism, Ethnicity, and Non-Western Societies* et *Lenin, Hegel, and Western Marxism* [Marx aux antipodes. Nations, ethnicité et sociétés non occidentales]. Parmi les ouvrages qu’il a édités, on peut citer The Power of Negativity de Raya Dunayevskaya (avec Peter Hudis), Karl Marx (avec Bertell Ollman), The Rosa Luxemburg Reader (avec P. Hudis) et The Dunayevskaya-Marcuse-Fromm Correspondence (avec Russell Rockwell).
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